Baz'art : Des films, des livres...

jeudi 17 octobre

Festival Lumière : No de Pablo Larraín , Chili, États-Unis , 2012

nogael

No, de Pablo Larrain,  est le dernier volet d'une trilogie. Après Tony Manero en 2008 et Santiago 73, post mortem en 2010, Pablo Larraín clôt sa trilogie sur la dictature de Pinochet avec un dernier opus consacré au référendum qui a entraîné la chute du régime en 1988.

 No a le  grand mérite de  poser la question de la place croissante de la communication' dans la vie publique en général et dans la politique en particulier ...

Le film se déroule en 1988, et si en France à cette époque on se souvient plus de la campagne des présidentielles françaises de 88 et le "force tranquille" de Mitterrand concocté par Séguéla, ), où on ignorait un peu tout ce qui se passait de l'autre coté du globe, au Chili plus précisement, là où Pinochet était sommé par les autorités internationales de légitimer son régime par le biais d'un référendeum.

J'adore le point de vue de départ du film, celui de nous montrer à quel point la publicité peut être utilisée à des fins politiques, comme enjeu de démocratie.

Résultat de recherche d'images pour "no pablo larrain"

Dans No, on suit les pérégrinations d'un publicitaire en vogue, qui, dans les faits, était visiblement la combinaison de diffférents publiciitaires  incarné par l'épatant Gabriel Garcia Benal. Ce pubard va ici décider d' appliquer ses méthodes publicitaires quotidiennes pour faire gagner le « Non » face à Pinochet.

Sa stratégie ? : la vision d’un avenir meilleur, l’assurance du bonheur avec ce slogan : « Alegria viene (Happiness is coming) ».

Il avait compris  plus que quiconque comment utiliser le système néolibéral mis en place par la dictature pour mieux se l’approprier et en faire une promesse électorale.

Le film revient donc avec  grande minutie mais sans didactisme aucun sur le calendrier du référendum, la réalisation des formats publicitaires de 15 minutes, les intimidations et les menaces dont ont fait l’objet chacun des instigateurs de cette campagne du « No », la ferveur du peuple qui a conduit à une manifestation durement réprimée, l’indifférence du gouvernement en place avant qu’il se mette en ordre de bataille du fait du succès progressif de ce rejet du référendum…

Les premières minutes du film peuvent certes un peu décontenancer par la forme choisie par le cinéaste :  en effet, comme pour livrer un témoignage d’archive, Pablo Larraín a utilisé le même format que les images réalisées dans les années 80, ce qui donne à l’image un côté un peu frelaté, mais passé un petit temps d'acclimation, cela donne au film une authenticité pas toujours présente dans les chroniques d'époque.

Par ailleurs, le gros  travail fait  sur les décors et les costumes ajoute au réalisme du passé.

Par ailleurs le récit utilise très intelligement le ressort de la publicité pour dépeindre les tendances socio-culturelles de la fin des années 80, de la promotion des premiers fours micro-ondes aux campagnes télévisées pour les boissons au cola.

Bref, entre un scénario très intelligement construit et une mise en scène qui distille à la fois tension, intensité dramatique et pointes d'humour bievnaillantes,  le film se voit avec un vrai et grand plaisir et ce No constitue un vrai bonheur de cinéma qu'il ne faut paslaisser passer...

En résumé, personne ne peut dire No à ce film.

 

NO Bande Annonce du film avec Gael García Bernal (2013)

Film projeté dans le cadre  Invitation à Gael García Bernal


Icone Billet 17ACHAT ve 18 17h - UGC Astoria
En présence de Gael García Bernal

Icone Billet 17ACHAT  sa 19 10h45 - Comœdia
En présence de Gael García Bernal

Posté par Bazaart à 16:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


Festival Lumière/ Marco Bellechio/ Master class du 16 octobre 2019

 IMG_20191016_145210

À l’occasion de la sortie en France du sublime "Le Traitre", qui était en compétition à Cannes (quel dommage que le film n'ait rien reçu en palmarès, tant il nous a ébloui, on reviendra dessus prochainement), le cinéaste italien Marco Bellocchio a donné,  hier à la Comédie Odéon ,une longue Master class  à laquelle on a eu la chance d'assister .

Marco BELLOCCHIO  a ainsi dialogué pendant une heure avec l'impeccable Didier Allouch  sur son parcours, sur sa manière de concevoir le cinéma, sur le concept de cinéma engagé, sur la place de l’histoire dans ses films, avec de nombreuses références à ses films les plus marquants, notamment dans le terrifiant et poignant "Vincere" en 2009 ou l'extraordinaire Buongiorno, notte  réalisé en 2003. 

Buongiorno,notte

Au cours d'un  passionnant échange,  au cours duquel le cinéaste de 80 ans est paru particulièrement en verve, tous les grands films du maestro ont été abordés, jamais se départir de son humilité légendaire , de son tout premier  Les Poings dans les poches (1965), en passant par Le Saut dans le vide (1980) ou Le Diable au corps (1986), adaptation sulfureuse  de Radiguet qui avait bien scandalisé à l'époque pour une scène de sexe non simulée .

 Car tout au long de cette oeuvre  subversive et engagée,  qui a pu soulèver tour à tour enthousiasme et  quelques controverses,  se dégage ce que Thierry Frémeaux, qui a lancé les hostilités, a appelé " a body a work" à savoir une cohérence totale qui relie un film à un autre.

Certes,  ces derniers films, notamment Vincere  sur Mussolini ou Buongiorno, notte  qui parle de l'enlèvement d'Aldo Mauro par les brigades rouges,  sans oublier Le Traitre qui relate l'histoire de Tommaso Buscetta, premier grand repenti de la mafia, ont tendance à plus aborder l'histoire souvent délicate de l'Italie que ses premiers films, qui étaient d'ordre plus intimes et autobiographiques. 

Mais Bellochio a une constante :  cette volonté, toujours ancrée en lui, de sonder avant tout la sphère familiale et à troquer l'intime et la psyché,  même chez les gens qui ont marqué -en bien ou en mal- l'histoire .

Si Marco a semblé s'amuser de la remarque de Didier Allouch sur le fait qu'il peut être considéré comme  un cinéma féministe ( "ma, c'est bien la première fois qu'on me sort cela et il aura fallu attendre  80 ans"), il reconnait que certains de ses films notamment le très beau "Fais de beaux rêves"  montre parfaitement combien la  figure de la mère peut être omniprésente  dans son cinéma. 

Celui qui se définit comme un révolutionnaire modéré  a également confié, lors de cette master class, être farouchement  contre la violence, mais en opposition aussi avec ce qu'il appelle "l'autorité des pères", cette obéissance presque innée à une autorité patriarcale, expliquant cette insoumission naturelle par le fait d'avoir très peu connu son père .

Un de ses partis pris, lorsqu'il tourne un film, c'est d'éviter le réalisme souvent pesant,  et d'enrober d' un peu de mystère ses oeuvres, notamment les faits historiques.

Il affirme n'être surtout pas un historien et revendique son besoin de faire appel à son imagination et sa créativité, et surtout tenter de sortir le plus possible des sentiers battus .  

On comprend dès lors à ses propos pourquoi et comment toute l'oeuvre de Bellochio  cherche en fait l'équilibre entre le poids terrible de l'histoire et l'élan poétique du cinéma..

bellochio1

 C'est ainsi notamment que dans le Traitre,  "Les membres de Cosa Nostra ne sont pas filmés sous un jour romantique ni réaliste . Je sentais qu'il fallait éviter les conventions du genre et insister sur le coté Commedia dell'arte" du proces.

Interrogé sur l'émergence d'un Luca Marinelli qui joue dans Martin Eden de Pietro Marcello sorti hier en salles , Bellochio a  évoqué avec gourmandise  l’arrivée de cette nouvelle génération d’acteurs en Italie qui donne pas mal d'espoir en l'avenir,  contrairement à la situation politique mondiale, qu'il juge particulièrement désespérante.

Devant son enthousiasme et son regard qui semble toujours acéré, on n'a qu'une envie: que Marco reprenne au plus vite sa caméra et nous donne des nouvelles de son Italie, même la plus désperante, le plus rapidement possible! 

 

IMG_20191016_162340

 

 #MASTERCLASS ou plutôt selon la préférence de Thierry fremaux "conversations autour du cinéma " du grand réalisateur italien #marcobellochio animé par @CanalDidier @ComedieOdeon @FestLumiere pic.twitter.com/huSruQfsqZ

Le grand Atlas des rois de France : un beau livre royal!!

 

IMG_20191014_125041

 

En introduction de ce beau livre, il est annoncé que le grand Atlas des rois de France réalise la synthèse des récents changements de perspective dans la façon d'écrire et de raconter l'histoire des rois de France. 
Cette nouvelle histoire met en lumière les rois à l'aune de la société de leur temps et les caractéristiques de la royauté.

L'histoire des rois de France commence avec les Francs et loin des chronologies, des successions de dates auxquelles les rois ont régné, l'Atlas s'intéresse aux croyances et aux moeurs des Francs ou à la façon dont les Mérovingiens dominent la Gaule. On croise des noms connus (Clovis) et d'autres moins connus (comme les petits fils de Clovis Chelpéric et Sigebert ou bien encore Frédégonde).

IMG_20191014_131714

L'histoire des rois de France dans cet atlas est aussi une histoire des religions (comment le christianisme s'est installé en France, comment le protestantisme a été combattu..), une histoire culturelle (orfèvrerie, architecture, littérature...) et sociale (place et rôle des différents corps).
Elle en est d'autant plus vivante ! 

IMG_20191014_131828

Enfin cette façon de raconter l'histoire des rois de France met particulièrement en avant les héritages toujours présents : l'impôt, l'identité forte de la Bretagne ou du Pays Basque, la Reine Margot qui est devenue un mythe , les châteaux de la Loire .....
Même si vous êtes fâché avec l'histoire des rois de France, ouvrez ce grand Atlas  pour la découvrir d'un autre oeil ! 

IMG_20191014_131828

 

Le Grand Atlas des rois de France Des Mérovingiens aux Bourbons

 Editions GLENAT/Co édition ATLAS
Disponible le 16 octobre 2019

Posté par chocoladdict69 à 10:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Un monde plus grand (critique): un film ample et romanesque sur une initiation singulière

 

affiche-fabienne-v15-rvb-web_new-logo2

Depuis son premier long métrage, Frankie, ou dans son très beau et trop méconnu second film, Pieds nus sur les limaces sans oublier son dernier en date, Sky  la cinéaste  (et romancière également à qui on doit le beau “Un Jardin sur le ventre” , courronné du Prix Françoise Sagan 2011), Fabienne Berthaud s'intéresse de près aux personnages  de femmes  brisées, en s'efforçant à leur trouver un rayon de lumière au cœur des situations les plus brutales ou désespérées. 

C'est encore le cas de  son  nouveau film "Un monde plus grand ", qui sort en salles le 30 octobre prochain. Pour une fois, la réalisatrice n'a pas choisi Diane Kruger pour le rôle principal de son film, mais une autre actrice franco étrangère, Cécile de France. 

Un monde plus grand est adapté du livre de Corine Sombrun   "Mon inititation chez les chamanes" ( un livre disponible en poche chez Pocket, complément idéal du film)  .umpg_grab002-00101228

Le scénario  retrace le parcours de Corine, une  jeune femme  ingénieur du son complètement détruite par la mort de son mari après des années de maladie et qui part pour la Mongolie enregistrer des sons et chants traditionnels suite à un deuil.

Corinne va alors apprendre qu'elle a recu un don rare de transe chamanique et qu'elle doit le développer en étant intitiée aux rites chamaniques, ce que va accepter, à la grande incompréhension de ses proches restés en France, la jeune femme.

Ce long métrage est donc le récit du séjour dans les tréfonds de la jungle amazonienne que va entreprendre cette femme qui va peu à peu décider de suivre un enseignement chamanique et des expériences totalement bouleversantes. 

On va la voir apprendre peu à peu à s'approprier ce pouvoir  déstabilisant et tous les rites de passage vers l'au delà.

umpg_grab006-00172463

Fabienne Berthaud  a tenu à ce que le spectateur vive une expérience physique, qu’il ressente plutôt qu’il ne voit les choses, d'où une volonté de privilégier les scènes très sensorielles aux grandes explications psychologiques et aux séquences trop bavardes. 

Elle opte ainsi pour un lyrisme et un sens du romanesque, sans doute plus prononcé que dans ses précédents films.

Elle  accompagne le parcours iniatique, singulier  et profondément spirituel de Corinne, en magnifiant le potentiel sublime des paysages, composés de montagnes et forêts d'une beauté à couper le souffle, un peu à la manière du cinéma d'une Naomi Kawaze, à qui on pense parfois. 

La nature, dans toute son immensité,  semble posséder un pouvoir mystique et mystérieux, qui fait perdre tout repère temporel, épouse le cheminement personnel de l'héroïne qui s'y sent à la fois perdue et envoutée.umpg_ph10

 Loin de "rendez vous en terre inconnue", à qui le scénario pourrait faire penser, sur le papier, "Un monde plus grand" est avant tout le vibrant portrait de femme tout à la fois tragique et lumineux, à qui Cécile de France prête son côté à la fois carré et presque parfois animal.

Une oeuvre qui donne envie de croire à ce qui n'est pas tangible à travers cette jolie rencontre avec un peuple et une terre dont la spiritualité ne peut que toucher au coeur.

Bref, le livre/ témoignage de Corine Sombrun a une adaptation cinématographie largement réussie avec ce beau  film de Fabienne Berthaud à voir sur nos écrans le 30 octobre .

 

A noter que le film sera projeté en avant première le lundi 21 octobre au cinéma de Lyon Lumière Terreaux

Posté par Bazaart à 08:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Un couple irréprochable/ Alafair Burke est aux affaires!!

 

couple

"Elle savait que ton père avait une femme et un fils. Et aujourd'hui elle invente un crime monstrueux, par intérêt ou pour se venger, parce que ton père voulait dénoncer les pratiques malhonnêtes de la société pour laquelle elle travaille. Au lieu de l'aider, elle a décidé de le calomnier."

 Un couple new-yorkais traverse une épreuve douloureuse, à la  suite d'une dénonciation de plainte sexuelle d'une collaboratrice envers le mari.  Une jeune femme, qui accusait le mari de harcèlements sexuels, est portée disparue. 

Pour Angela, il est totalement impossible qu'Alex ait commis ce dont on l'a accusé. Puis le temps passe, les faits s'accumulent, et les questionnements surviennent. La donne se complique lorsqu'on sait qu'elle a  également des secrets inavouables à cacher et doit se protéger pour ne pas qu'ils explosent à la face du monde  . 

Comment  démêler le vrai du faux dans cette histoire ?

  Secrets inavouables de famille  vengeance, on dit, accusations tous les ingrédients du thriller domestique sont au rendez vous.

On le sait, la tendance actuelle du polar qui marche pour le thriller domestique  est évidente.

Des  individus  ordinaires, parfois mal dans leur peau,  et qui cachent quelques secrets qui font face à un mal insidieux, celui qui se cache dans le salon des voisins ou qui se glisse jusque dans leur vie de famille.

Les éditeurs jouent souvent sur ce créneau- ici encore,  la couverture met en avant une porte qui cache des  secrets forcément dissimulés , mais tous les thriller domestiques ne se valent pas .

En la matière "Un couple irréprochable", qui vient de sortir aux éditions Presse de la Cité, truste le haut du panier .

Il faut savoir que l'auteur, Alafair Burke est la fille du grand romancier James Lee Burke, et surtout qu'elle est la procureure adjointe spécialisée dans les affaires de violences conjugales.

On sent donc une maîtrise totale des procédures légales  et apporte la crédibilité judiciaire qui manquent parfois à ce genre de thriller domestique. 

Cet aspect très documenté  transcende l'impression de départ de  "déja-vu". 

Et elle a sûrement hérité de son paternel de son sens du story telling qui sait ménager des rebondissements inattendus. Un excellent polar ! 

 

 Un couple irréprochable d'Alafair Burke - Editions Presse de la Cité

Posté par Bazaart à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,