Baz'art : Des films, des livres...

vendredi 22 mars

Dernier amour : quand le film en costume sied bien à Benoit Jacquot...

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Depuis le magnifique  "Trois Cœurs" sorti il y a déjà cinq ans, on pensait avoir perdu totalement Benoit Jacquot, qui pourtant continuait d'aligner les longs métrages tous les ans de manière assez métronomique , le pire étant sans doute ses deux derniers longs métrages,  le totalement abscons "A Jamais" et le catastrophique "Eva").

 Heureusement, après trois expériences  plutôt réussies dans le film historique ("Sade", "Les adieux à la reine" et "Journal d’une Femme de Chambre")., Benoit Jacquot a eu la bonne idée de revenir à nouveau aux drames en costumes avec ce "Dernier amour" inspiré des Mémoires de Casanova, que celui ci a rédigé de 1789 jusqu'à sa mort.

Une mort proche d'advenir,  au moment où le film commence quand Casanova/ Lindon vient chuchoter à une jeune fan ses confidences sur son passé, et notamment le souvenir d'un amour sans retour pour une prostituée, la Charpillon, qui s'était donnée à tous les hommes, sauf Casanova en personne .

 Le grand amant, séducteur invértéré, le charmeur qui jamais ne succombe, qui devient le jouet, la marionnette d'une prostituée a priori innocente,  c'est tout l'intérêt de cette histoire qui a intéressé Jacquot et que celui ci parvient à rendre assez captivant dans son nouveau long métrage.

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 Accompagné à l'écriture par LA spécialiste française  de Casanova,  la romancière  Chantal Thomas, avec qui Benoit Jacquot a déjà travaillé notamment pour les adieux à la reine, il réussit largement, avec des moyens visiblement assez limités de reconstituer un XVIIe siècle, ses bals, ses frasques, ses maisons de passe,   dans une ambiance fin de siècle et crépusculaire assez étonnante et envoûtante. 

Dans un formalisme plutôt épuré et sobre, mais jamais ennuyeux, Benoit Jacquot s’interroge à travers son Casanova en souffrance, sur notre rapport aux femmes et à l’amour,  et sur la notion de  passion, ce qui la caractérise et la différencie du désir  et de la pulsion sexuelle..

 On est au départ un peu réticent à l'idée de voir le corps massif et la diction si contemporaine  de Lindon habiter les costumes  de ce dandy italien, efféminé et délicat que Donald Sutherland notamment avait jadis porté  sur grand écran,  mais sincèrement,  Vincent L interprète avec  un vrai brio ce dragueur invétéré. .et puis définitivement Stacy Martin  déjà adulée dans Amanda ou le redoutable possède un charme fou, sa moue boudeuse, son air a priori innocent,   et l'on comprend aisément  que notre cher Casanova en perde tous ses moyens...

 

Alors, certes, reconnaissons que  ces affres du désir n'ont pas la puissance et la beauté de ceux de Mouret l'an passé mais le film de Jacquot se laisse voir avec un vrai plaisir d'esthète et donne encore envie de croire au cinéma de Jacquot..

 

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Littérature anglo saxon 1er semestre 2019 : Chimamanda Ngozi Adichie / Jen Beagin/ James Kelman

  On met un peu de côté les quais du polar- pas longtemps évidemment puisqu'on est dans la dernière ligne droite- pour parler de nos dernières lectures en littérature étrangère avec deux romans en grand format, un écossais (qui se déroule aux USA),  un américain et un poche d'une immense romancière US...

1/ La route de Lafayette; James Kelman (Metaillié) 

 

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 "Murdo se moquait de savoir si papa viendrait avec lui. Il avait déjà dit que c’était idiot. S’il venait il venait et s’il ne venait pas il ne venait pas, c’était son problème. Mais lui, il irait. S’il en avait envie. Il irait s’il en avait envie. Et il en avait envie. Alors il irait. "

A la mort de sa mère et de sa jeune soeur, le jeune Murdo part avec son père aux Etats Unis pour voir sa tante et son oncle et tenter de faire un impossible travail de deuil et de tenter de reprendre une communication père fils totalement rompue.

On ne connaissait pas l'auteur écossais James Kelman, prix Booker Prize en 1994 qui n'a écrit que 6 romans, mais il parait que cette route de Lafayette que les éditions Métaillié ont publié pour leurs 40 ans  est le plus accessible et le plus lumineux de ses écrits. 

L'histoire de ce père et fils  éprouvés par un double deuil est pourtant sombre et abrupte, mais la plume de l'auteur écossais parvient à sublimer ce lien filial dysfonctionnement en y mettant énormément d'humanité et de musique. 

En effet, Murdo, accordéoniste accompli,  va rencontrer au cours de son périple  des musiciens qui l’invitera nt à venir jouer avec eux à un festival et  Kelman consacre de bien beaux  passages à cette passion pour la musique .

La grande sensibilité de l'auteur pour ses personnages profondément attachants et cette plume portée par un souffle assez rare font de ce récit  initiatique une vraie splendeur.

 2/  On dirait que je suis morte, Jen Beagin ( Buchet/ Chastel)

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"Pas de Javel voulait dire pas de nettoyage qui voulait dire pas de partage. Elle en conclut qu'il était célibataire et sans attache."

 Mona, jeune femme très intelligente et cultivée, mais  complétement dépassée par la vie, préfère  faire des ménages   pour gagner sa vie, histoire de nettoyer la vie des autres plutôt que la sienne, elle qui aurait tendance à s'ingurgiter des médicaments en tous genres.

Alors que Mona donne un coup de main comme bénévole dans une association d'aide  aux drogués, elle tombe étonnamment amoureuse d'un  junkie  plus vieux qu'elle, pas forcément en très bonne santé et de belle apparence, et à la disparition soudaine de celui ci,  décide de partir sur ses traces au Nouveau Mexique, l'occasion lors de ce road trip de s'interroger sur la vacuité de la vie et le sens des priorités....

Un roman OLNI assez foutraque,... Un récit  atypique et souvent  drolatique  pour  une satire provocante qui égratigne à sa manière l'"américan way of live" traditionnel et réac. Une écriture toute en énergie et envolée burlesque à conseiller à ceux qui aiment sortir des sentiers battus .

  3/ Le tremblement,Chimamanda Ngozi Adichie (Folio 2€)

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"[elle] se demandait comment il faisait pour ne pas voir la brume grisâtre dans laquelle elle vivait, ni les grumeaux durs qui s'étaient glissés entre eux."

 Chimamanda Ngozi Adichie :♥️ UNE AUTEURE À LIRE ABSOLUMENT ♥️

La première fois que j'ai lu Chimananda Ngozi Adichie, c'était Americanah et j'ai eu un véritable coup de foudre (en tapant le titre de ce roman + le nom de mon blog chroniques d'une chocoladdict dans un moteur de recherche vous devriez tomber sur ma chronique).

Si on me demandait de citer mes 10 livres préférées de tous les temps, il y aurait Americanah dedans !

Et puis j'ai lu L'hibiscus pourpre et L'autre moitié du soleil et cette auteure est rentrée dans mon "panthéon personnel".

Folio a sorti dans sa collection à 2 € "le tremblement".

Il s'agit de 2 nouvelles de Ngozi Adichie. Je lis très rarement des nouvelles car je reste sur ma faim.

J'ai envie de m installer sur le canapé du salon dans lequel vivent les personnages et c'est comme si on me laissait regarder par l'entrebaillement de la porte puis qu'on me la referme au nez.

N'empêche qu'hier soir en lisant ces deux nouvelles de ce livre de poche à un prix tellement abordables , j'ai retrouvé la plume de Ngozi Adichie et son talent à dire nos déchirements intérieurs. / Sublime, forcément sublime!!

Revues de Choco 

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jeudi 21 mars

Quais du Polar 2019 : La Cage/ Lilja Sigurdardottir-Reykjavik Noir fin de trilogie

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 « Si elle avait cru ne pas pouvoir se sentir plus mal que durant les semaines précédant sa tentative de suicide ce n’était rien compâré  au fait de se réveiller apres un échec »

Agla travaille dans la finance, accusée d'évasion de capitaux, elle a été emprisonnée et se languit d'amour pour Sonia qui l'a abandonnée. À bout, elle tente de se suicider. C'est le moment que choisit un industriel qui connaît son habileté et son flair pour lui proposer une enquête sur le stockage de l'aluminium. Agla ne peut pas résister au challenge et choisit Maria, journaliste d'investigation complexée qui est à l'origine de sa propre condamnation, pour aller sur le terrain. 

 Description minutieuse d’une société corrompue jusqu’au plus haut niveau. « La cage » troisième et dernier tome de la trilogie « Reykjavik noir »  (voir notre critique du premier volet Piégée) est un roman très sombre, très désespéré et pourtant très humain.

Alors que dans les précédents volets,  on suivait Sonia, son amante aux prises avec un trafiquant de drogue qui l'avait utilisée comme mule c'est  Agla, sa compagne, une génie des finances,  qui est l'heroïne de ce nouveau volet.

La reine du polar nordique Lilja Sigurdardottir- mot compte triple au scrable- confirme son talent pour les intrigues internationales à base de conflit international et conomique avec ce roman, prix Blood Drop du meilleur polar islandais 2018.  et .prouve que le polar islandais n'en finit pas de dévoiler ses merveilles cachées dans l'ombre d'Arnaldur.

En un tour de main, sur un rythme déconcertant et séduisant, Lilja Sigurdardóttir nous initie  à la  haute finance -ci à la vente et aux trafics des matières premières et au transport de la drogue .

 Très courts chapitres sans temps morts. Action fractionnée. Suspens. Efficacité :C’est rapide et très agréable à lire même si, comme toujours, la vie des islandais semble d’un ennui mortel et en plus ils en rajoutent dans les situations glauques et mélancoliques...... Heureusement qu’ils ne sont que 350 000 habitants.....

 

LILJA SIGURÐARDÓTTIR 

A propos de sa venue à quais du polar 

 

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Lilja Sigurðardóttir est née en 1972, elle est auteur de théâtre et de romans noirs, et participe à l’organisation du Festival Iceland Noir de Reykjavík. Sa trilogie Reykjavik Noir est traduite en huit langues et a rejoint la liste des best-sellers dans de nombreux pays.

Autobiographie pour Quais du Polar

Islandaise de naissance et multinationale de par mon éducation, mes polars portent en eux le mouvement de ma vie. J’aime les histoires qui voyagent, les personnages qui partent, se perdent et finalement retrouvent leur chemin. Dans mes écrits, j’essaie de créer un rythme narratif où le lecteur peut non seulement suivre les aventures, mais aussi ressentir le rythme de l’histoire comme un battement toujours plus fort dans leur cœur.

 Rencontres

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Quais du Polar 2019: Sirènes : la chronique sociale urbaine à son meilleur

 

 

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"Malgré moi je me retournai vers la femme. Des gens faisaient un écart pour éviter Sutty. Elle tendit les mains de nouveau et ouvra celle qui contena l'argent. Sauf que maintenant coincé entre les billets, il y avait un sachet de coke qui ne s'y trouvait pas avant.Sutty avança d'un pas et fronça les sourcils comme surpris."

Drogue, politique et mafia à Manchester tels sont les ingrédients de ce polar urbain et mélancolique, oeuvre d'un primo romancier, qui a été barman et libraire.

Les sirènes ce sont les filles qui collectent l’argent de club en club pour le compte de Zain Carver. Le jour où la fille du député Rossiter disparaît et part s’installer avec ce dealer, l’homme politique fait appel au flic  Adams Waits, jeune inspecteur profondément torturé et avec de nettes tendance auto destructrices.

Joseph Knox nous entraîne dans un monde sombre et violent où chacun semble jouer double jeu. Au fur et à mesure que Waits s’enfonce dans ses mensonges, compromet son enquête en ayant une liaison avec Catherine et perd la notion du temps, j’ai aussi eu l’impression de perdre pied.

L’écriture est rapide, les paragraphes courts, c’est poisseux, visqueux, très noir et surtout, Manchester une ville qu'on connait finalement assez peu de ce côté si de la Manche ( sauf pour les fans de foot et de Manchester United ou City) sert quasiment de personnage à part entière tant sa description est juste et que Knox, qui semble parfaitement connaitre sa ville, en dévoile les multiples facettes avec une précision étonnante.

Un Manchester peuplé de semi fantômes, personnages dévastés par les ravages de la drogue où les disparités sociales sont nombreuses et les fossés entre les strates  de la population ne cessent de s'accentuer,  même si l'addiction - drogue et alcool- est le point commun entre eux.

Si on pourra juste déplorer un petit manque d' effet de surprise dans le dénouement ou  un léger manque d’empathie pour ces personnages vraiment très dévastés, la plume de Knox est d'une qualité telle qu'on attend avec une vraie impatience le   second tome des aventures d’Aidan Waits  déjà publié au Royaume-Uni. et qui devrait être publié dans ce courant 2019 


Sirènes/ Joseph Knox / Publié en Octobre 2018 au Masque, traduit par Jean Esch, 384 pages.

JOSEPH KNOX//A propos de sa venue Quais du Polar

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Joseph Knox est né en 1986 et a passé son enfance à Manchester. Après avoir travaillé comme barman et libraire dans une boutique de la chaîne Waterstones, il s’est installé à Londres où il est devenu acheteur de polars pour cette même chaîne en 2009. Sirènes, son premier roman publié en 2017, et The Smiling Man, le 2e tome de la série publié en 2018 (à paraître au Masque en 2019), ont été des best-sellers. Suite à ce succès, Joseph Knox a quitté son travail pour se consacrer entièrement à l’écriture.

 Autobiographie pour Quais du Polar

Joseph Know écrit ses polars à Manchester, sa ville natale, le premier endroit où il a eu le cœur brisé, et le premier endroit où il s’est cassé le nez. Quand il mourra, des milliers de femmes magnifiques se retrouveront dans les rues de la ville et pleureront de manière hystérique.

Rencontres

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mercredi 20 mars

Slideback/ Thomas Khan tellement soul...

 

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  Même si depuis j'ai un peu laché l'affaire, en 2015 j'étais encore devant ma TV tous les samedis soirs pour regarder The voice et je me souviens bien cette année là avoir applaudi des deux mains devant l'apparition d'un jeune homme barbu,  guitare dans la main, la casquette de gavroche bien visée sur le crane,  qui dépareillait avec son répertoire tranchant sur celui des autres, .bien plus soul et musique noire que ses comparses. 

Thomas Kahn,  puisque c'est de lui qu'il s'agit a été biberonné à la sauce  Ray Charles, Ottis Redding, Nina Simone  bref ces voix des artistes noirs américains passés par la Motown.

Comme eux,  Thomas a une voix  et un grain  vraiment singulier ( difficile à croire qu'il n'a pas été désigné The voice de la dite émission) , une voix qui groove sur des beats hip-hop, et parvient à revisiter ce groove des années 60/70 à la sauce 2.0.

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Pour son premier album Slideback ,  finalisé après un an et demi de travail,  ( acouchement  difficile mais nécessaire) pour construire 35 chansons composées guitare voix, parmi lesquelles il en sélectionne 9, uniquement en anglais,

Son premier album mixé par Laurent Dupuy ( récompensé de deux Grammy Awards) et composé avec Vivien Bouchet,  pour un concentré de Nu Soul porté par sa voix de groover, d'une belle envergure,  et d'une belle  maîtrise d'ensemble. 

 

 Un opus très personnel, servi par une mélodie aux accents soul. Thomas  y raconte  de façon intime son histoire et les moments qui ont marqué sa vie, comme la naissance de son fils dans la touchante Lil' Boy ou bien encore le braquage dont il a été témoin et qui a été le catalyseur pour se mettre définitivement à la musique.

Bref, neux morceaux  chaleureux et ambitieux, qui démontrent  si besoin était que Thomas n'a pas eu peur de se confronter à ses idoles noires Américaines. Ajoutez cela une présence et une aisance scénique indéniables et vous aurez sans doute une belle vision d'ensemble de ce jeune artiste très prometteur à qui on ne souhaite qu'une chose: qu'il parvienne pour son second album à conjuguer âme  soul et texte en français comme l'a fait avant lui un de ses autres modèles, Ben Oncle Soul...

 

  THOMAS KAHN – Slideback Sortie : 8 février 2019/ Label : Flower Coast

 

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