Baz'art : Des films, des livres...

mercredi 22 mai

Festival de Cannes 2019 : Douleur et Gloire : Pedro enfin palmé ??

 A quelques jours de la fin du festival de Cannes, on ne peut que se réjouir du fait que "Douleur et Gloire”, de Pedro Almodóvar reste le film préféré de la presse internationale, et ce, tous pays confondus.

Notre Pedro préféré en tête des prétendants à la Palme d’or.? On ose y croire de peur d'être  une nouvelle fois déçu donc on attendra samedi soir avant de hurler de joie pour son film le plus réussi sans doute depuis ses  chef d'oeuvre  « Parle avec elle ». ou " Tout sur ma mère.. ici ,c'est plutôt tout sur Pedro, et c'est moins flamboyant certes, mais tout aussi émouvant. 

Ce qui est sûr, c'est qu'avec cette autofiction plus ou moins déguisée, Pédro rend son hommage personnel et ambitieux au 8 ½ de Fellini,  ( les spectateurs attentifs auront d'ailleurs forcément décelé une affiche du film au détour d'une scène,)

Avec ce film somme qui éloigne le baroque de ses débuts, Pedro Almodovar a élaboré une oeuvre à la fois sobre et apaisée, mais  également d'une densité romanesque aboutie, d'une beauté visuelle à couper le souffle dont chaque plan ou presque  semble singer une toile de maitre. 

douleur

"Douleur et gloire est-il un film sur ma vie ? Oui et non absolument" écrit Almodovar dans la  bande annonce de son film et cela sera au spectateur, en tout cas celui qui connait un peu sa filmographie et son implication dans une Movida débridée, de démeler le vrai du faux entre Pedro et son alter égo Salvador, cinéaste déprimé, souffrant du dos et de migraines, et visiblement en panne de désir et d'inspiration.

La souffrance qu’elle soit physique, liée à la création ou à la difficulté des relations humaines , est sondée avec une justesse et une douceur qu'on imaginait pas forcément chez Almodovar, ainsi qu'avec un humour tout sauf cruel, réellement salvateur.

Penélope Cruz dans Douleur et gloire de Pedro Almodovar


Alors que la dernière collaboration du cinéaste avec Antonio Banderas, La Piel que habito,  avait donné une oeuvre aussi échevelée que bigger than life, ici ,Pedro Almodovar filme  ses retrouvailles  avec une sobriété  et une retenue dans la stylisation qui n'empeche pas l' inventivité de chaque plan, sans jamais donner l'impression de se répéter.

Un Antonio Banderas  qu'on retrouve ici au sommet de son art,( il a été victime d'un accident cardiaque il y a deux ans, conférant une intériorité lui permettant de jouer son role), tant il semble ici impressionnant de justesse, dans un rôle où il ne cherche jamais à singer Almodovar tout en restant très proche physiquement du cinéaste espagnol.

Douleur et gloire enchaine  avec une grande maestria les allers retours entre présent et passé, avec une reconstitution de l'Espagne rurale  des années 1960 d'une grande beauté, en s'appuyant sur un montage syncopé tout en fluidité et en maestria.

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La partition d' Alberto Iglesias, compositeur attitré du réalisateur,  alimente la puissance lyrique du film, agrémentant une  diversité d’orchestrations  et de tonalités a proprement parler admirable.

Bref, après deux trois films un peu mineurs ( surtout une comédie aérienne qu'on préfère oublier), le cinéaste ibère confirme bien sa stature qui en fait incontestablement l'un des maîtres du cinèma actuel .

Si visiblement, le cru cannois 2019 est assez exceptionnel et que de grandes oeuvres peuvent déjà prétendre au trophée ultime, ce Douleur et Gloire a toutes ses chances pour faire remporter ce prix tant convoité à un cinéaste qui le mérite depuis tant... 

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mardi 21 mai

Sortie DVD : Shampoo la comédie décoiffante du méconnu Hal Ashby

 

 

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 Pour le Festival Lumière qui l'a souvent célébré ces dernières années , Hal Ashby  est sans contestation possible le réalisateur le plus négligé et mésestimé des années 70.

En effet, Ashby aura réalisé de grands films de ces années  comme  Le Propriétaire (The Landlord, 1970), Harold et Maude (1971) , Retour ( 1978) et La Dernière corvée (The Last Detail, 1973) et entre ceux ci,  il est également à l'origine du décapant Shampoo que Carlotta  vient de ressortir en version mastérisée.

Dans ce  joyeux vaudeville. , George (Warren Beatty alors au sommet de son charme), garçon coiffeur à la beauté ravageuse,  semble avoir fait l’école d’esthétique  simplement pour accéder à un nombre inépuisable de conquêtes féminines et  entame des liaisons avec toutes les clientes de son salon de coiffure.

Une bonne partie du film se déroulant dans un salon de coiffure, il est assez étonnant de le comparer au récent Victor et Célia que Pierre Jolivet a récemment tourné ( voir notre interview du cinéaste)  dont les préoccupations sociales sont plus marquantes en miroir de notre époque 

Le film de Hal Ashby  est un  ballet de faux-semblants dans lequel chacun des personnages tente d’obtenir ce qu’il convoite, tout en tentant de faire bonne figure, sous fond d'élection présidentielles de 1968.

Shampoo a  sans doute contribué à faconner  la réputation un peu  sulfureuse du séducteur Warren Beatty. mais il doit aussi beaucoup au talent et au charme des trois actrices principales, Julie Christie, Goldie Hawn et Lee Grant  sans oublier Carrie Fisher, la future princesse Leia, dans sa tout première apparition au cinéma.

Plus anecdotique et léger que le sublime Retour, ce défrisant Shampoo n'en reste pas moins une décapante et déroutante comédie de mœurs totalement emblématique d'un cinéma americain seventies que l'on ne cesse de  regretter.

 

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 édition single DVD sorti le 6 mai 2019 chez Carlotta  

DVD  • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ 

Aucun supplément vidéo,

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UNE PART D'OMBRE (critique) : un brillant thriller psychologique sur le doute

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On le sait bien: tous les yeux des cinéphiles du monde entier sont braqués sur la croisette au moins jusqu'à samedi soir, mais il reste quand même quelques longs métrages qui sortent en salles sans être relayé par la presse cannoise et qui méritent pourtant d'être salués .

Ainsi, une part d'ombre,  le premier film de fiction de Samuel Tilman, lauréat du Prix Spécial Police 2018 au 10ème Festival International du Film Policier de Beaune, sort ce 22 mai, soit  plus d'un an après sa présentation dans la cité bourguignonne

  A travers l'histoire d'un homme ordinaire, enseignant et père de famille, a priori au dessus de tout soupcon  et qui se retrouve un jour accusé d'un meutre d'une jeune automboliste croisé lors de son jogging, le premier  long-métrage de Samuel Tilman, thriller psychologique glaçant,   interroge le spectateur sur la fameuse notion de  “l’intime conviction“.

A propos, cette notion universelle faisait déjà l'objet d'un film récent  on avait longuement parlé  sur ce sujet avec son cinéaste Antoine Raimbault lors de sa sortie en février dernier 

David (étonnant Fabrizio Rongione, à la fois monsieur tout le monde et terriblement ambigü)  enseignant, dont la vie, rapidement brossée, semblait d’abord si heureuse et équilibrée, entre son épouse très éprise et leurs deux charmants enfants.

L'histoire fait pas mal penser à  l'excellent film de de Thomas Vinterberg « La Chasse » qui sondait aussi les effets du simple soupçon  d'un individu sur les proches .

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Car, en dépit du soutien indéfectible d'un fidèle ami,  le doute va très vite s'installer autour de David, qui va voir son entourage s'éloigner progressivement au fur et à mesure que l'étau semble se resserer autour de lui et que la machine judiciaire implacable se met en marche

Le film interroge ainsi  avec une certaine pertinence le spectateur qui peut s'interroger de savoir sa réaction si l’un de nos proches se retrouvait visé par une enquête criminelle . On voit ainsi comment les pierres peuvent peu à peu s'écrouler d'un édifice pourtant soldiement  construit ; vie de couple, vie amicale, vie professionnelle, et  Une part d'ombre est particulièrement brillant pour expliquer ce mécanisme pernicieux et inéluctable.

 

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Grâce à une mise en scène discrète mais toute en tension, Samuel Tilman parvient à maintenir le spectateur dans un état assez proche de celui du personnage principal, une paranoia prégnante et tacite : on en vient  à se trouver à se méfier de tout, et à guetter le moidnre frémissement de voix ou le moindre geste comme un indice potentiel  de sa culpabilité ou de son innocence.

Le film tient parfaitement  cet équilibre précaire jusqu'à son dénouement final, ce qui n'est pas le moindre mérite de ce brillant " une part d'ombre " à savourer demain dans les salles. 

 Copyright Destiny Films, 2019

UNE PART D'OMBRE Bande Annonce (2019) Thriller

 opyright Destiny Films, 2019

UNE PART D'OMBRE De Samuel Tilman Avec Fabrizio Rongione & Natacha Régnier Le long-métrage sortira ce  22 mai  au cinéma.

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L'art à Cuba : un livre qui nous fait découvrir la scène artistique contemporaine cubaine

 

 

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Impossible de parler de l'art cubain et des des artistes cubains sans comprendre l'importance que tient la culture à Cuba et cela même avant la révolution.

Ainsi Gilbert Brownstone commence par un rappel de l'histoire de l'art cubain au XX siècle autour de figures comme Wilfredo Lam.

  Il dresse ensuite un panorama des institutions culturelles cubaines qui ont joué un rôle fondamental dans le développement artistique et culturel de l'île. 

 

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"L'art à Cuba" comprend aussi un entretien avec Camillo Guevara, photographe et fils du Che. Il nous raconte son métier et son intérêt pour la création contemporaine.

 Gilbert Browstone et Camillo Guevara ont rendu visite à 35 artistes importants à Cuba et reconnus pour la plupart sur la scène internationale. Ces artistes ont ouvert les portes de leurs ateliers, ils parlent dans ce beau livre de leurs influences, de leur formation, de la place de l'art à Cuba. Leurs propos sont illustrés par les photographies de Camillo Guevera.

 

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Un livre pour partir à Cuba et pour découvrir la scène artistique contemporaine cubaine.

  "Je ne veux pas seulement que le spectateur apprécie mon oeuvre pour la couleur, la composition, la technique, le traitement ...mais aussi parce qu'elle est pleine de contenu. J'aime que mon oeuvre soit très provocante et que les gens se mettent à penser. C'est le plus important à mes yeux." Reynerio Tamayo

 "Je pense que, à l'inverse de la propagande, l'art doit poser des questions, plutôt que de donner des réponses." José Angel Toirac 

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GILBERT BROWNSTONE, CAMILO GUEVARA L'ART À CUBA/ Editions  FLAMMARION

Art contemporain Livre neuf. L'art à Cuba.

Les auteurs :

  • Graziella Pogolotti, historienne et critique d’art,
  • Gilbert Brownstone, historien de l’art et commissaire d’expositions qui fonda la Brownstone Fondation, en 1999, pour promouvoir la justice sociale par le développement culturel,
  • Camilo Guevara, photographe, professeur de photographie à La Havane, et directeur du Centre de recherche Che Guevara, dont il est le fils.

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D'os et de Lumière/ Après Maida: deux très beaux cheminements intérieurs..

Dans nos récentes lectures anglo saxonnes ( qui ont comme toujours tendance à plus nous enthousiasmer que la littérature française), on a été totalement emporté par deux romans anglo saxons  qui nous transportent dans des monologues intérieurs d'hommes qui font le bilan de leur vie... deux romans différents par leur traitement et leur contenu, mais qui possèdent un même dimension mélancolique et crépusculaire assez bouleversantes :

 

osetlumiere1/ D'OS ET DE LUMIERE; Mike Mc Cormack ( Grasset)

"l’instabilité qui grésille partout comme une fièvre, tellement tangible qu’on se demande comment se fait-il qu’on n’ait pas remarqué les tensions qui s’intensifiaient..."

Écrire tout un roman d'une seule phrase, d'un seul souffle,  sans jamais poser un point est bien plus qu'une contrainte stylistique.

J'imagine que pour l'auteur, c'est la forme qui s'est imposée comme la plus en adéquation avec ce moment suspendu que nous lecteurs nous vivons en compagnie de Marcus Conway.

Au début , le style peut paraitre  assez déroutant on a  l'impression de retenir ma respiration, l'impression aussi que les pensées qui traversent la tête de cet ingénieur irlandais de 48 ans étaient désordonnées, même si le fil narratif nous ramène toujours à une table de cuisine où Marcus est assis. J'ai compris pourquoi en lisant les toutes dernières pages.

D'os et de lumière est ce genre de livres qu on a envie de relire à la lumière justement du dénouement.

Pas vraiment d'histoire mais l'évocation de souvenirs plus ou moins anciens, les relations avec son père, ses enfants, sa vie de couple, sa vie professionnelle.

Dit comme ça cela pourrait paraître banal, plat voire ennuyeux mais Mike McCormack a le talent de faire naître très vite des scènes sous nos yeux : le père qui veut absolument démonter le moteur de son tracteur pour "saisir intimement en quoi il mettait sa confiance", l'annonce de la grossesse ou plus tard cette période de la vie où un couple avec enfants retrouve une intimité difficile à conserver..

Tout est juste, le regard est éminement tendre et juste.  Malgré ce méli mélo de pensées, il y a un crescendo romanesque quand Mairead sa femme est victime d'intoxication alimentaire comme un pourcentage élevé de la ville et qu il doit veiller sur elle. L'occasion de quelques coups bien sentis envers le corps politique et sa logique.

On aime aussi le fait que l'atmosphère soit "irlandaise",  ces terres verdoyantes et pluvieuses,  et ce fut un très beau voyage dans la vie de cet homme et de cette Irlande aussi mystérieuse que poignante.

Et l'on s'en souviendra, de ce  portait de cet homme et bien sur cette forme si singulière (bravo à son traducteur Nicolas Richard qui a également traduit Patti Smith et Richard Powers et qui s'y connait donc en musicalité particulière ).

Mike Mc Cormack : D’os et de lumière – Grasset – 350p (traduction de Nicolas Richard)/ parution le 9 janvier 2019

 

2/ Après Maida/ Katharine Dion ( Gallmeister) 

 

1869-maida-5bf7c70367b37"Quelqu’un changea de sujet et la partie continua. Ed et Gayle avaient prévu d’emmener Annie camper avec les fillesde Colin durant le week-end ; les adultes discutèrent des préparatifs à venir, se demandant si les moustiques seraient particulièrement virulents cette année."

Gene n’écouta pas la suite. Son esprit était ailleurs, concentré sur un aspect de l’histoire d’Ed qu’il ne s’expliquait pas. Il pensait au pauvre poney, qui n’avait existé que pour les autres pendant si longtemps. Maida connaissait-elle cette histoire ? Si Ed, Gayle, Dary et Annie la connaissaient, alors elle aussi. Pourquoi ne lui en avait-elle jamais parlé ?"

 Gene est septuagénaire, il vient de perdre brutalement sa femme Maïda. Sa fille , Dary, et le couple ami de toujours, Gayle et Ed, retrouvent Gène avant les obsèques de son épouse.

Tous veulent tenter de consoler ce veuf forcément inconsolable et qui sait que même les années qui passent ne mettent pas forcément du baume sur les cicatrices et les souvenirs...

 

Le cheminement  intérieur qu'accomplit Gene, au crépuscule de sa vie  qui essaie de mettre de la distance dans ses émotions pour ne pas être totalement submergé par elle touchera forcément au coeur dans cette pudeur et cette sensibilité est admirable.

 e chagrin et le deuil, les relations de couple et les relations familiales, le temps qui passe: toutes ces grandes questions existentielles forment le sujet principal de ce très beau premier roman de Katharine Dion... 

 Tout est juste et profondément touchant dans ce roman court mais très profond dont l'analyse psychologique des personnages est particulièrement bien vu.

 

APRES MAIDA ROMAN/ GALMEISTER - collection

Parution le 03/01/2019 272 pages/ 22,00 euros

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Posté par poyeto à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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