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jeudi 21 novembre

L'Incinérateur de cadavres de Juraj Herz : Tout feu tout flegme

Incinérateur de cadavres - affiche

Le Printemps de Prague, en 1968, a ouvert une brèche dans la chape de plomb que le régime communiste faisait peser sur la Tchécoslovaquie. Une bouffée d'air, vite confisquée par les chars russes, qui a permis la naissance d'au moins deux chefs d'œuvres du cinéma tchèque : Au feu les pompiers ! de Milos Forman et L'Incinérateur de cadavres de Juraj Herz. Hasard de l'agenda cinéma ou concurrence de distributeurs en forme de clin d'œil, les deux films ressortent ce mercredi 20 novembre en salles. Beaucoup moins connu que son confrère Forman, qui a trouvé la gloire aux États-Unis, Juraj Herz a marqué des générations de cinéphiles avec son trip symbolique dans le cerveau d'un apprenti génocidaire.

Kopfrkingl, responsable bonhomme d'un crématorium, irradie de bonheur. Il est entouré d'une femme merveilleuse, de deux enfants magnifiques et s’épanouit dans sa profession. Une affaire en or qui promet de grossir encore depuis que l'affable croque-mort a eu l'idée de s'associer avec un pâtissier. Contre une commission, celui-ci propose des contrats de crémation, entre deux choux à la crème.

L'absurde de ce contrat n'est que la première bizarrerie du film de Juraj Herz, véritable chef d'œuvre dont le récit est aussi noir que son humour. Alors que le tout jeune régime nazi bouscule ses premiers voisins, au nom de son « espace vital », un ancien frère d'armes de Kopfrkingl, avec lequel il a fait la première guerre mondiale dans l'armée austro-hongroise, le persuade qu'il possède des origines germanique et qu'il doit par conséquent contribuer au redressement de la nation allemande. Progressivement dévoré par cette idée, le bon Kopfrkingl sombre peu à peu dans la folie.

Interdit après seulement quelques semaines d'exploitation, L'Incinérateur de cadavres est un cauchemar qui fascine autant qu'il inquiète par son alliage de noirceur, de beauté et d'humour. Le visage rond et patelin de Kopfrkingl, béat de félicité, est de tous les plans, filmé sous toutes les coutures, jusqu'à effleurer ses pores. Ses manières affables et caressantes font jouer une petite musique qui installe d'abord un climat de terreur doucereux, avant d’accélérer vers l'horreur la plus totale.

Incinérateur de cadavres_Juraj Herz_photo 9 © Malavida

L'absurde des situations, les dialogues glaçants, l'alternance entre plans d'ensemble dans des décors irréels et poisseux et cadres serrés sur des visages hallucinés, tout concourt à faire du film une plongée vertigineuse dans une psyché que l'on devine malade dès les premiers instants. La joie qu'éprouve Kopfrkingl au travail constitue un funeste indice, comme si le grain de folie était déjà semé et attendait une météo favorable pour s'épanouir. Il la trouve dans des temps troublés par l'avènement du nazisme. La face ravie de ce fonctionnaire, sa minutie et son zèle annoncent la bureaucratie médiocre de la Solution Finale.

Le montage, époustouflant, subit accélérations et ellipses délirantes pour permettre des associations qui racontent la corruption morale d'un homme. L'ouverture du film, où les images d'animaux en cage se mélangent à celles des détails du visage de Kopfrkingl illustrent l'animalité prête à se déchaîner. Aussi équivoque, l'ambiguïté des dialogues dans le bordel que commence à fréquenter Kopfrkingl, favorisée par les coupes franches, entraîne la confusion entre sa femme, sa fille et les prostituées.

Lors de la présentation de son film à travers l'Europe, Juraj Herz s'amusait de la diversité des réactions provoquées : le public était hilare en Slovaquie et aux Pays-Bas tandis que les Italiens sortaient scandalisés. Ce voyage guilleret aux confins de l'horreur et de l'absurde ne laisse en tout aucun spectateur indifférent, qu'il soit sidéré par la forme ou saisi par la cruauté de son humour. À (re)voir absolument.

L'Incinérateur de cadavres de Juraj Herz, en salles ( reprise)   depuis le 20 novembre 2019

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Sortie DVD Wild Rose : un euphorisant feel good movie musical !

  

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Vient de sortir en DVD, le très euphorisant / Wild Rose,  où l'on suit une jeune femme qui se rêve chanteuse de country, qui a le malheur de vivre à Glasgow et non pas à Nashville, la vraie patrie de la country.

Oublions l'argument marketing pas très heureux qu'on avait pu voir sur l'affiche lors de sa sortie en salles ( pas forcément repris par la sortie en vidéo, tant mieux ) , le bien à coté de la plaque "vous pouvez oublier A Star Is Born " et apprécions comme il se doit ce film qui met la country music à l'honneur avec talent et générosité.

On pense peut etre à certains films américains sur la musique, qui racontent aussi des rêves de gloire , mais pas forcément au film avec Lady Gaga, et surtout on pense bien plus aux chroniques sociales britanniques à la Full Monty ou aux films de Loach avec ce personnage de Rose-Lynn Harlan, jeune mère anglaise qui a du mal à s'en sortir et qui rêve de vivre de ses chansons.

 

 Dans ce rôle la vraie révélation Jessie Buckley épate d'un bout à l'autre.

Chanteuse connue outre-manche pour ses performances dans  des émissions de télécrochet ( décidemment tous ces films ont des points communs) on l'avait déjà nettement remarquée pour  son rôle  il y a deux ans dans  le surprenant " Jersey Affairs" et elle offre ici une prestation toute en nuance, forte et fragile dans un même élan en proposant également , ce qui est forcément un bel atout pour le role,  un vraiment beau brin de voix .

 La mise en scène de Tom Harper est certes un peu impersonnelle mais elle suit pleinement à la trace son formidable héroïne, mère courage qui aimerait tant aller  viser plus loin que son terne quotidien.

Dans ce film où les femmes ont le beau rôle (et où les hommes sont inexistants ou antipathiques, à part Bob Harris, un animateur de radio qui joue son propre rôle), les morceaux de country sont vraiment mises en valeur, certaines séquences mettent  vraiment la larme à l'oeil  et  ce sont elles qui portent cette fort jolie fable sociale teinté d'un réalisme qui rend le film  aussi crédible que touchant.

 

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Sortie depuis le 17 novembre en Blu-Ray et DVD chez M6 VIDEO

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Critique cinéma/ L’orphelinat: le touchant ovni cinématographique de Shahrbanoo Sadat

 

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 L'Orphelinat était jusqu'à présent, le nom d'un film d'horreur espagnol réalisé par Juan Antonio Bayona qui fait froid dans le dos. 

Désormais, c'est aussi celui d'un film afghan à la croisée des genres, et présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs.

L’intrigue de l'orphelinat, second long métrage de Shahrbanoo Sadat se déroule dans Kaboul, à la fin de la période de l’occupation soviétique.

Elle est fortement inspirée de la vie d’Anwar, un très proche ami de Shahrbanoo Sadat, dont l'histoire avait déjà servi de trame au premier long de la cinéaste Wolf and sheep, chronique montagnarde plus austère et dépouillée. 

Si l'on en croit la cinéaste, le témoignage d'Anwar n'a pas fini de nourrir le cinéma de Shahrbanoo Sadat car elle prévoit nin plus ni moins qu'une pentalogie autour d'elle. 

Il faut dire que, pour la cinéaste,  le parcours de son ami retrace parfaitement,  à travers le regard d’un jeune orphelin innocent, l’histoire de l’Afghanistan sur ces 40 dernières années, un pays qu'on connait mal au delà de son conflit armé qui semble interminable. 

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Son second long métrage est ainsi l'aoccasion de recouvrir l'histoire de l'Afghanistan de la fin de la période soviétique au début de la République islamiste et l'arrivée des talibans.

Qodrat (Qodratollah Qadiri), qui est donc le double inspiré d'Anwar,  est un orphelin de 15 ans passionné de cinéma qui revend les billets des séances complètes aux spectateurs qui achètent à prix d'or ces billets.

Hélas, la police va mettre fin à son petit trafic et Qodrat se retrouve enfermé dans un orphelinat avec plusieurs compagnons de galère. Heureusement, le cinéma, là encore, va venir à sa rescousse de jolie manière. 

Avec l'orphelinat, sorte d'ovni cinématographique, la cinéaste mélange habilement plusieurs genres: la chronique adolescente, le film politique et la surtout fable bollywoodienne, ce qui donne la vraie couleur et une belle singularité au projet. 

Le film a donc l'immense intérêt de nous montrer à quel point en raison d'une relation de proximité entre l’amitié entre l’Afghanistan et l’Inde et comment Bollywood a une influence cinématographique très importante dans cette partie du monde .

L'orphelinat de S Sadat- QR 2019 - Ciné-Woman

A l’époque, les films bollywoodiens, aux scènes d’action spectaculaires, marchent très bien à Kaboul et le spectacle est autant sur l’écran que dans la salle tant les spectateurs les vivent avec intensité, ce qu'on voit dès la première scène du film.

Tourné au Tadjikistan, pour des raisons de sécurité, l'Orphelinat emprunte à la fois aux comédies musicales hollywoodiennes qu'au drame politique.

A cet égard, les séquences de danse et de chant, s'inscrivant tout à fait dans l'esprit du cinéma de Bollywood, entrecoupent joliment la dimension douce amère, voire parfois cruelle, du récit initiatique. 

L'approche onirique que la cinéaste insuffle à son récit, notamment sur la fin du film, permet de rendre plus supportable la réalité de la guerre traversée par les afghans depuis de longues années. 

Une jolie curiosité, à voir en salles dès la semaine prochaine.  

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 NB :   A l’occasion de la sortie du film en salle, mercredi 27 Novembre, pour la première séance du soir, CinemAsian ( voir notre interview avec l'association ici même) et le cinéma Comoedia invitent la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat pour un échange ouvert à tout le monde.

Toutes les informations sont sur le site du cinéma comoedia 

 Le film sortira en France le 27 novembre 2019. Distributeur : Rouge Distribution 

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Jeudi Polar : L'ACCIDENT DE L'A35 ; Graeme Macrae Burnet, le Chabrol britannique est de retour !

 

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"Mme Barthelme , lui dit elle, allait le recevoir dans sa chambre. Gorski  avait plutôt imaginé que la maitresse de maison le recevrait au rez de chaussée. L'idée d'informer une femme de la mort de son mari dans sa chambre à coucher lui semblait vaguement indécente. Mais il n'avait pas le choix. il suivit la gouvernante à l'étage. Elle llui désigna la porte d'un geste de la main et lui emboita le pas."

Bertrand Barthelme, personnalité locale mais peu appréciée d'une bourgade alsacienne, est victime d’un accident de voiture et  sa veuve ne parait pas particulièrement bouleversée.  

L’inspecteur Gorski voit plus qu’un simple accident dans cette perte et  va alors dans se lancer dans une  enquête pour aller creuser dans cette vie plus tortueuse qu'il en a l'air. 

Le roman  prend le soin et le temps de raconter l’investigation de Gorski et celle de Raymond, le fils ado du défunt.

On se souvient bien des précédents romans du romancier britannique   Graeme Macrae Burnet  comme L'accusé de Ross Shire ou bien encore son dernier en date, "La disparition d'Adèle Bedeau."

Des romans qui n'aimaient rien de plus que de tisser lentement mais surement une atmosphère  un peu surannée, proche de Simenon ou des films de  Claude Chabrol, pour sonder les tréfonds d'une petite ville de province, avec ses secrets et sa torpeur mélancolique et cette mesquinerie dissimulée derrière les attitudes de circonstance, 

 Polar psychologique par nature, cette nouvelle enquête du ténébreux commissaire Gorski  ne conviendra certes pas aux amateurs de violence et d'action en tous genres tant le rythme est assez lent, voire  nonchalant,  et l'’hémoglobine  quasi absente de l'intrigue

Mais les autres se régaleront de leur lecture : L’écriture fluide de Macrae Burnet est d’une redoutable efficacité, il offre au lecteur une habile, impertinente  et précise description de la vie dans la province de l'est francais  , cet ennui, et tristesse porté par des personnages largement faillibles et aussi profondément attachants .Un roman policier qui se savoure lentement avec modération mais delectation, un peu  comme un bon vin alsacien 

"Mme Barthelme se laissa retomber en arrière et baissa les yeux. Gorski se demanda si elle était consciente qu'il pouvait la voir dans le rétroviseur. Il l'avait déçue. Son fils avait le regard rivé vers la vitre, comme s'il n'avait rien entendu de la conversation ou, du moins, comme si ça ne l'intéressait absolument pas. Ils arrivèrent au niveau de l'accident. La Mercedes était en train d'être chargée sur la remorque de la dépanneuse. Gorski augmenta subtilement la pression sur l'accélérateur. Mme Barthelme détourna le regard puis se tamponna les yeux avec un petit mouchoir. "

 L'accident de l'A35 de Graeme Macrae Burnet.; éditions Sonatine, septembre 2019 

Posté par chocoladdict69 à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mercredi 20 novembre

Sortie DVD/ ARTS : Charlotte Perriand, pionnière de l'art de vivre

 

CHARLOTTE PERRIAND VISUEL vol

 La Fondation Vuitton lui consacre une sublime exposition du 2 octobre 2019 au 24 février 2020 :  Charlotte Pierriand est une architecte et designer française (1903-1999),  associée du Corbusier

Ele est mise à l'honneur en cette rentrée à l’occasion de l’exposition « Le monde nouveau de Charlotte Perriand » présentée par la Fondation Louis Vuitton

La  Fondation ouvre une grande exposition consacrée à cette  femme libre, pionnière de la modernité, l'une des personnalités phares du monde du design du XXème siècle qui a contribué à définir un nouvel art de vivre. 

 Charlotte Perriand, est l'une des personnalités phares du monde du design du XXe siècle qui a contribué à définir un nouvel art de vivre.  Femme libre et engagée, elle a dessiné des meubles révolutionnaires devenus aujourd’hui des icônes du design contemporain.

Complément idéal de cette exposition , le film documentaire Charlotte Perriand, pionnière de l'art de vivre , réalisé par Stephane Ghez est  désormais disponible en DVD/VOD avec Arte Editions ( 15€).

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 De ses combats avec l’avant-garde et Le Corbusier dans les années 1930, à sa découverte du Japon qui l'aura totalement transportée et changer d'approche sur son travail, ce film aussi pédagogique que narragtif  nous fait entrer dans l’intimité d’une militante de la modernité, d’une pionnière de l’art d’habiter.

En s’appuyant sur les nombreux entretiens, parfois inédits, qu’elle a donnés et sur de foisonnantes archives sonores et visuelles, ce documentaire revient sur une vie entière de création. Ce récit permet de découvrir une personnalité hors du commun.

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 Figure de l’avant garde, elle a traversé les grands moments de l’histoire du XXe siècle. De sa collaboration avec Le Corbusier dans les années 1930 pour inventer une architecture moderne, au choc de sa rencontre avec le Japon, à son amour pour la montagne et à la conception de la station des Arcs, ce film détaille ses nombreux combats.

La libération de la femme, l’habitat populaire, la société des loisirs, les meubles en kit à monter soi-même… Par son œuvre autant que par sa vie, Charlotte Perriand a contribué à une réflexion ininterrompue sur l’avenir de notre société.

Celle qui fut en avance sur son époque, aussi artistiquement qu'humainement va pousser sa détermination jusuq'à inventer l'avenir de manière permanente et toujours audacieuse.  

Charlotte Perriand retrospective opens at Fondation Louis Vuitton

Chez ARTE Editions 
Charlotte Perriand, pionnière de l’art de vivre – En DVD le 15 octobre

https://boutique.arte.tv/detail/charlotte-perriand-dvd

Posté par Michelio à 16:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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