Baz'art : Des films, des livres...

mercredi 12 août

Sanguinaires : l'autre Corse de Didier Ben Loulou

 

 

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Les Sanguinaires ont donné leur nom trompeur à la route qui longe le littoral corse entre Ajaccio et la presqu'île de la Parata. Je l'ai longuement parcouru, poussant même jusqu'à Capo di Feno. Il n'y coule pas de sang, aucune guerre n'y a entraîné de ravages. On ne traverse aucun paysage en ruine ou dévasté. Au coeur de la Méditerranée souvent à feu et à sang, la Corse semble faire exception. J'y ai poursuivi le travail que je mène depuis des années autour de ce bassin méditerranéen où tout aurait commencé. Les Sanguinaires m'ont permis de renouer avec la fragilité d'un chardon, le miracle d'un coquillage, la tranquillité d'une crique, l'été, à la nuit tombante.
Si, parfois, les images glissent insensiblement vers l'hallucination, c'est que j'ai essayé de tisser un lien avec les éléments, la mer, les nuages, les saisons, de me poser un moment devant ces paysages, modelés par la paix et une éclaircie soudaine, comme par un besoin d'enchantement."
Didier Ben Loulou  

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Didier Ben Loulou arpente depuis plus de 35 ans la Méditerranée, de Jaffa à Marseille en passant par Palerme, les Cyclades, Athènes, Tanger. ...
Avec le livre de photos Sanguinaires, le photographe met avant le minimal, la simplicité, le peu. 
Loin des clichés photogéniques de la Corse, ses ciels noirs où percent la lumière, ses bords de mer éclaboussés de gouttelettes, ses silhouettes solitaires qui se découpent dans l'ombre, ses traces de la présence humaine (un lit baigné de lumière dans une chambre qui semble abandonnée, ses oranges presque flétries..), Didier Ben Loulou donne à voir un autre visage de l'île de beauté.  

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RENTRÉE LITTÉRAIRE 2020 : La fièvre: Aude Lancelin livre un roman enflammé sur le mouvement des gilets jaunes!

Pour notre toute première chronique de la rentrée littéraire 2020,  à  J moins 8 du grand top départ, on a eu envie de mettre en avant un premier roman assez particulier dans le sens où il est l'oeuvre d'une autrice déjà reconnue mais qui s'essaie pour la première fois à la fiction, ce qui est également le cas pour sa maison d'édition..

Et comme c'est aussi le livre des premières "La Fièvre" peut aussi être vu comme le premier vrai roman  des gilets jaunes...

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 « S’il y avait des yeux pour le voir, on jurerait ce jour-là qu’un roi d’un nouveau genre descend la célèbre artère parisienne. Son pas est puissant, et en même temps plein de candeur. Lui-même semble surpris par la facilité avec laquelle il avance sur l’asphalte des Champs Elysées, qu’il n’avait jamais vu qu’à l’écran, lorsqu’enfant il regardait les chars et les galonnés parader les matins de fête nationale, tapi dans la pénombre aux côtés de son père. Il a revêtu l’habit orange fluorescent des terrassiers en hiver, mais aucune hermine de l’ancien temps ne lui donnerait davantage de majesté. Son beau visage, prématurément vieilli , comme sculpté par la douleur depuis l’été dernier, est à demi recouvert par un masque chirurgical qu’une main lui a tendu une demi-heure plus tôt. Dès le premier regroupement au Rond-Point à neuf heures, la police a déversé dans l’atmosphère des milliers de mètres cubes de gaz qui, en quelques minutes, ont fait suffoquer la foule, semant la plus extrême confusion en son sein, ainsi qu’un sentiment de profonde stupéfaction, et aussi de révolte. » 

 On se souvient qu il y a déjà quatre ans, à la rentrée 2016, Aude Lancelin, journaliste bien connue, notamment des lecteurs de Nouvel Obs, avait fait beaucoup parler d'elle avec le Monde Libre",  un ouvrage lauréat du Prix Renaudot Essai, alors qu'il ne figurait même pas sur la première liste.

Dans cet essai d'une force indéniable, Aude Lancelin décrivait les dérives d'une presse totalement asservie aux annonceurs qu'aux financiers qui possèdent les principaux titres, ainsi qu'à certains pseudos intellectuels . 

 Après un autre essai dans le même genre, "La pensée en Otage »,  Aude Lancelin tente sa première incursion dans la fiction (c'est également première incursion pour sa fidèle maison d'édition LLL) avec "la Fièvre" dont l'ambition première est d'être le tout premier roman des gilets jaunes.

La journaliste, qui a suivi de très près le mouvement des gilets jaunes,  notamment avec sa nouveau média en ligne, QG, raconte, sous le prisme de la fiction, ces six mois de soulèvement populaire comme la France n'en avait pas connu depuis mai 68, ces 6 mois qui auraient pu faire basculer un pouvoir à l'édifice bien précaire. 

Cette période historique de la vie de la nation française, qui n'est pas sans rappeller les heures de la commune de Paris du 19ème siècle, est racontée par la romancière à partir d'une tragique histoire vraie,  à savoir le suicide d'un gilet jaune creusois qui avait été condamné pour avoir jeté un pavé lors des toutes premières manifestations sur les Champs Elysées.

A travers l'histoire de ce jeune homme, Yoann, protagoniste principal d'un roman choral où divers protagonistes racontent leur point de vue, La Fièvre raconte ces mois de folie qui auront vu le pouvoir vaciller face à un soulèvement historique que personne n’attendait.  

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 Aude Lancelin Crédit photo: Laure Boyer. 

Ce texte, aussi enflammé et intense que son titre ne l'indique, est l'occasion pour l'autrice de prendre la température (sic) d'une France aux abois, dans lequel la repression policière est particulièrement prégnante, les médias totalement soumis au bon vouloir olligarchiques des patrons du CAC 40 qui les controlent, les intellectuels de plus en plus dépassés et le peuple de plus en plus démuni  et en rebellion totale.

Prenant la peine de donner la parole à tous les protagonistes de cet évenement historique; des membres des gilets jaunes bien évidemment,  en passant par les journalistes qui ont couvert l'évenement, du préfet de police qui a cherché en endiguer le mouvement par tous les moyens ou les grands penseurs totalement dépassés par ce mouvement qu'ils n'ont pas vu venir, Aude Lancelin livre un roman engagé, militant, fortement et forcément partial, mais en même temps jamais manichéen.

La primo romancière, avec qui on a eu l'occasion de longuement échanger à la mi juillet, nous a confié avoir souhaité écrire  une fresque sociale, sorte de portrait d’une époque de décomposition morale et intellectuelle, qui aura laissé s’installer un véritable apartheid entre les classes sociales. 

Aude Lancelin nous a également expliqué  à cette occasion qu'à l'origine, elle avait souhaité écrire La Fièvre à l'intention des personnes de son entourage qui n'ont pas forcément bien saisi la portée du mouvement et ont préféré croire les raccourcis que l'opinion publique avait tendance à relayer.

Mais "la Fièvre"  est également l'occasion pour son autrice de rendre un vibrant hommage à des invisibles de la société qui ont eu pour la première fois depuis longtemps la possibilité de faire entendre leur voix, aussi inaudible et caricaturée soit elle. 

"Eliel sentait à quel point leurs vies étaient en train de commencer à diverger irrémédiablement. Mais il n'en voulait pas à ce garçon à la fois commun et sympathique, incarnation aboutie de tous les idéaux de sa classe. Après tout, de simples occasions, c'est ce que les événements étaient surement pour tout individu normal, parfaitement adapté à son environnement et qui allait bien. Le seul fait de voir celui-ci prendre des proportions extraordinaires, commencer à vous préoccuper pendant les heures de bureau, voire à vous habiter littéralement, était en soi très sûrement un signe de début de désordre psychique. A l'instant même, Eliel se sentait comme un de ces animaux malades qui s'écartent tristement du troupeau avant que les soigneurs ne finissent par le repérer et ne se décide de l'abattre avant qu'il ne contamine les autres."

Gilets jaunes" : ce qu'il faut retenir de "l'acte 14" de la ...

Une chose est certaine : son roman,  par sa dimension romanesque et son souffle épique- on pense parfois au très beau roman d'Hervé le Corre "Dans l'ombre du brasier " qui  retraçait les quelques jours  charnières de la  révolution des communards- transcende le matériau très documenté  de départ de cette journaliste, qui réussit ainsi,  pour son premier roman un vrai coup de maitre..

 Laissez vous emporter dans le mouvement des gilets jaunes  avec ce roman  miroir d'une colère populaire dont l'importance ne peut ignorer. et gageons que les lecteurs vont s'embraser devant cette première lecture choc de la rentrée ! 

 

 La fièvre, premier roman d’Aude Lancelin, Les éditions des Liens qui libèrent ; parution le 2 septembre,  

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mardi 11 août

Sortie Blu Ray : Monos, Sa majesté les mouches chez les guérilleros

 

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  Dans "Sa majesté des Mouches"-  que ce soit le roman de William Golding ou bien son adaptation cinéma par Peter Brook-  des enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes sur une île déserte. 

Pleins de bonne intention, ils vont organiser la vie en communauté sur l'île, et chaque enfant se voit attitré d'une tâche avant que les rancoeurs et jalousie viennent s'en méler .

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Une version Robinson Crusoé gratinée de cruauté enfantine à laquelle on pense forcément en voyant "Monos"  le  second long-métrage de fiction du colombiano-équatorien Alejandro Landes, qui avait embarqué la Berlinale l'an passé avant de sortir en salles chez nous la semaine juste avant le confinement et qu'on retrouve désormais dans une très belle édition Blu Ray à la hauteur des qualités formelles du film 

La question des enfants soldats y est en effet abordée sous un angle assez allégorique avec ce film qui nous immerge dans le quotidien  un groupe de 8 enfants solidats  au service d'une mystérieuse « organisation » révolutionnaire. 

 

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 Ces adolescents guérilleros qui vivent dans un bunker en pleine jungle amazonienne sont chargés de surveiller une otage américaine, la doctora . selon les consignes qu'un nain le "messager" leur donne au compte goutte .

Sauf que  très rapidement,  ces adolescents se voient contraints à des rituels primitifs  puis dépossédés de repères moraux et de leur libre-arbitre. 
Monos – trigon-film.org

Peu narratif et explicatif   "Monos " ne donne pas énormément de précision sur le contexte ambiants. Alejandro Landes préfère, au récit linéaire, opter  pour une ’immersion sensorielle et sensuelle assez étonnante et qui fait mouche.

Monos constitue un trip onirique et hypnotique de toute beauté dont la portée est  accentuée par la partition post moderne de Mica Levi ( " Under the skin").

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Autant qu à "la majesté des mouches" dont on parlait au début d'article  on pense aussi au cinéma  d'un Tarkovski qui se retrouverait délocalisé  dans  une ambiance tropicale. aussi chaude qu'inconfortable.

Une expérience immersive et sauvage pour une proposition cinématographique assez éloignée des sentiers battus .

  

SORTIE EN BLU-RAY LE 19 AOÛT DÉJÀ DISPONIBLE EN VOD

BONUS

  • Entretien avec Alejandro Landes
  • Making-of
  • Galerie de photos de tournage
  • Bande-annonce

 

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Sortie Blu Ray : Mystery Men , la parodie 100% WTF de Stiller et Compagnie..

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 Mystery men  se veut une parodie du registre super-héroïque  qui est sortie en salles il y a une vingtaine d'années.  Sorti tres confidentiellement, le long métrage a depuis  acquis un statut de film culte aujourd'hui qui vaut cette première édition en Blu Ray .

Adapté du comics éponyme peu connu créé par Bob Burden, "Mystery Men" se propose comme une parodie de films de Super-héros qui réunit un casting hétéroclite et particulièrement jouissif  composé de Ben Stiller, Geoffrey Rush, Tom Waits  ou William H. Macy. 

Le film revendique à 100% son  coté parodique, loufoque ,ringard  et très  potache du mythe des hommes en costumes lycra dotés de super pouvoirs .

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Une comédie remplie  d'action et de gags  quand même parfois  bien au niveau de zéro où l'on se moque allégrement des super-héros et de leurs pouvoirs parfois un peu tiré par les cheveux!

Du grand n'importe quoi  assumé du début à la fin dans la veine d'un Austin Powers réalisé à peu près à la méme période. 

Quelques années après, Ben Stiller continuera dans cette voie de la parodie totale avec sa saga des Zoolander et confirmera ainsi  qu'il est très à l'aise avec le genre . 

Mystery Man devrait plaire à un large public qui ne le connait pas encore : ceux qui adorent les films de super héros seront aux anges et même ceux qui n'aiment pas aprécieront qu'on déboulonnent un peu le mythe .

 

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  NB : Le combo Steelbook édité par L’Atelier d’Images propose pour la 1ère fois le film en Blu-Ray, et contient de nombreux bonus exclusifs depuis le  21 juillet 2020.

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Le Pays du crépuscule : le huis clos déconcertant de Marie Hermanson

 

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"Assise entre Judit et Andreas, je regardais le ciel étoilé, la tête penchée en arrière.Pour la première fois depuis le début de la soirée, je me sentais calme et sereine, ce qui est étrange quand on y pense avec le recul. Pourtant c'était ainsi, je me souviens très bien : les étoiles, le vent dans les cheveux , la voix de velours de la chanteuse latine et un grand calme qui m'envahissait."

 Une riche retraitée suédoise, Florence , veut continuer à vivre dans les années 40 et s'entoure d'employés en costumes d'époque.

 Convaincue que son père, diplomate, participe à la reconstruction de l’Europe d’après-guerre , elle pousse son délire jusqu'à embaucher plusieurs jeunes pour rendre son uivers imaginaire le plus crédible possible.

Parmi eux, Martina, jeune femme de 22 ans qui n'a connu que des échecs va devenir grâce à Tessa, une de ses amies d'enfance retrouvée de vue,  sa secrétaire particulière. 

Se prenant vite au jeu de cet univers aussi iréel qu'enchanteur, Martina pourrait bien se bruler les ailes surtout quand la question de l'héritage du lieu vient à se poser 

Une vieille  excentrique  crée un univers  hors du temps et  hors du monde, qui sert de décor à un huis clos aussi déconcertant qu'étonnant de la suédoise Marie Hermanson .

Avec une intrigue singulière qui fait un peu penser au film "The Game " de David Fincher, la romancière parvient à instiller une ambiance bien étrange ainsi qu'une réflexion bienvenue sur notre tendance à fuir le réel et à jouer un double rôle .

Une des belles curiosités littéraires de ces dernières semaines, à rattraper avant que la prochaine rentrée littéraire ne vienne tout emporter sur son passage . 

Le Pays du crépuscule (Actes sud collection Actes noirs), traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira, 288 pages. 22 €

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