Baz'art : Des films, des livres...

mardi 18 janvier

Les Promesses : on vote pour l'épatant thriller politique de Thomas Kruithof

 

les-promesses (1)

La sortie en salles de L’Exercice de l’État il ya tout juste dix ans fut, d'une certaine mesure, un vrai évènement pour le cinéma français, car  il traitait d'un sujet, celui de la vie politique  vue de l’intérieur qui n’avait été jusqu’à présent que  peu voire pas du tout abordé par le cinéma de fiction en France.

Depuis, un certain nombre de films, encore peu nombreux mais incontestables ont réussi à s'engouffrer dans cette brèche.

Ainsi, avec  Les Promesses, son second film, le réalisateur français Thomas Kruithof explore à nouveau une « mécanique de l’ombre » pour reprendre le terme de son très interessant premier long métrage. 

visuel-lespromesses

En effet, son nouveau film, présenté à Venise en sélection officielle et vu pour notre part au Festival du film de société de Royan en décembre dernier est une plongée dans les arcanes du pouvoir politique et de ses petites trahisons quotidiennes.

Les Promesses  nous plonge dans le grand barouf des tractations politiques, au niveau local et national avec un duo éblouissant aux manettes, à savoir Isabelle Huppert en maire d'une ville de banlieue parisienne et Reda Kateb en directeur de cabinet.  

Sans cynisme, contrairement à d'autres films français sur le même sujet  le film s'évertue surtout à montrer l'implication sur le terrain d'hommes et de femmes qui croient encore aux vertus de l'ation publique.

Thomas Kruithof une chronique jubilatoire sur la politique locale grâce à un scénario ultra méticuleux et documenté à une mise en scène de belle tenue.

En montrant,  avec beaucoup de précision et justesse, le combat d’une femme politique et de son bras droit pour faire valider un important plan d’urbanisme, essentiel pour donner à des habitants défavorisés un cadre de vie décent, Les promesses  réussit son coup.

les-promesses

Il faut dire que long métrage aborde sans manichéisme aucun des sujets difficiles tels que la  desertion de spouvoir publics vis à vis d'une population qui n'est pas forcément une cible électorale ou encore la problématique du logement des marchands de sommeil. 

Le scénario, coécrit par le réalisateur avec l'aide de Jean-Baptiste Delafon  (un des scénariste de la série Baron Noir),  décortique avec précision et minutie les manoeuvres et machines politiciennes et montre aussi ce décalage qu'il peut exister entre politique locale et nationale.

On voit ainsi bien comment l'éthique de l'action publique locale peut se voir abttre en brèche face aux tambouilles internes du parti.

Le film de Thomas Kruithof réussit à  éclairer des zones d’ombre et de sonder la fragilité de la fidélité et des idéaux face à la tentation du pouvoir et de tenter de rester  fidèle à ses valeurs et ses engagements.

Le film montre bien les sacrifices exigés par la vie politique, et le peu de reconnaissance gagné in fine.

les-promesses

Il fallait des acteurs formidables pour incarner de beaux personnages sur le papier .

C’est assurément le cas avec Isabelle Huppert et Reda Kateb, qui forment un duo très complémentaire à l’écran, chacun jouant sur ses qualités et sa sensibilité pour porter son personnage.

 Ils sont entourés de secondes rôles particulièrement bien choisis, même pour des petits rôles !!

 Bref, pour une fois aucune hésitation devant l'urne  : Les promesses étant tenues à 100%; on vote “pour” ce film passionnant de Thomas Kruithof ..

Et à quelques mois des élections présidentielles et législatives, ce film qui redonne foi en la république et la démocratie sans angélisme tombe à point nommé. 

Posté par Michelio à 12:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


Sélection de livres spécial 400 ans de Molière : Jean Baptiste Poquelin en 5 actes

 Molière | Château de VersaillesOn le sait, 2022 est une année particulière pour le plus grand dramaturge français : Molière est  en effet né il y a 400 ans  et 400 ans après sa naissance, il ne pourrait difficilement être plus actuel qu'aujourd'hui.

Il résonne en chacun d’entre nous : nous l’avons tous lu, joué, vu joué, relu. À travers de nombreuses pièces, , il a fait rire, a fasciné et ému des générations de lecteurs.

Plusieurs publications qui viennent de paraitre insistent sur l'impact de l'artiste dans la culture actuelle : 

IMG-20220114-WA0000

 1  L'autre Molière, Eve de Castro;  éditions de L'Iconoclaste

autrem

 Pierre Corneille, plume de Molière, osant ainsi exprimer par la bouche d'un autre, ce qu'il n'aurait jamais osé signer de sa propre main ? Telle est la l'hypothèse défendue par Eve de Castro  dans L'autre Molière. 


Par les voix successives de Madeleine Béjart sa première compagne, Armande sa femme (et fille de Madeleine!), Michel Baron, dramaturge et comédien (et amant de Molière si j'ai bien compris), par celle de Corneille et celle de Molière lui même, Eve de Castro nous raconte la vie de ses deux hommes de lettres et leur "collaboration".

Ce qui nous a grandement a intéressés dans ce livre  c'est de noter au passage la permanence de certaines choses entre l'époque de Louis XIV et aujourd'hui : la troupe de Molière vit sous sous la protection d'un bienfaiteur puis sous celle du Roi alors qu'aujourd'hui on parle de mécénat et que certains "saltimbanques" sont bannis par le pouvoir (cf Bolloré)

Par les yeux de Corneille on assiste à une exécution publique, la foule assistant à cette mort comme à un spectacle alors qu'aujourd'hui on conspue ceux qui sortent leur téléphone pour filmer des agressions. 

https://sceneweb.fr/wp-content/uploads/2018/12/mignard-1156x650.jpg
Quant à la théorie affirmant que derrière l'œuvre de Molière, se cache Corneille, pourquoi a t elle vu le jour en dehors des preuves linguistiques  brandies ? Était-il inconcevable qu'un simple fils de tapissier soit capable d'écrire de telles pièces ?

En 2014, deux chercheurs  Florian Cafiero et Jean-Baptiste Camps se basant sur 6 critères (vocabulaire, mots à la rime, mots-outils, préfixes, suffixes et séquences morpho-syntaxiques) ont réfuté l'hypothèse selon laquelle Corneille a écrit les pièces de Molière.

Ah si les morts pouvaient parler ...

 

Livre: L'Autre Molière, Eve de Castro, L'Iconoclaste, 9782378802776 - Leslibraires.fr

 2/Molière- La fabrique d'une gloire nationale, Martial Poirson - Edition du seuil  

IMG-20220114-WA0003

 Conçu comme l’album du quadri-centenaire de Molière, cet ouvrage propose d’abord le portrait de celui que l'on considère comme l’homme de théâtre par excellence : auteur, comédien, directeur de troupe, « metteur en scène », organisateur des divertissements de Cour.

Le livre montre que ce mythe national a immédiatement inspiré après sa mort jusqu’à aujourd'hui.

Symbole de l’esprit français et de la politique de rayonnement d’un Roi-Soleil, Molière est aussi l’inspirateur d’une tradition artistique qui s’en réclame dès la fin du XVIIe siècle jusqu'au XXe siècle, l’incarnation d’un théâtre populaire, au prix de récupérations et détournements tant dans les arts vivants que dans les arts visuels, industries culturelles et médias de masse.

L’ouvrage offre enfin une traversée dans les espaces culturels d’un Molière vu d’ailleurs, par-delà les frontières culturelles et linguistiques, afin de percevoir la façon dont il est perçu en-dehors de l’hexagone, où il a conservé toute sa portée satirique, comme un auteur s'opposant à l’autorité, résistant à l’oppression, antidote à l’esprit de sérieux.

 3/Molière BD Vincent Delmas/ Sergio Gerasi, acte 1- à l'école des femmes (Glenat)

 

9782344045909-001-X

Alors âgé de 40 ans, Molière s’apprête à épouser Armande, sa cadette de 20 ans et soeur de son ancienne maîtresse, Madeleine Béjart. Ce mariage suscite alors suspicions, scandale et rumeurs jusqu’à accuser le dramaturge d'avoir séduit sa propre fille.

C'est dans ce contexte sulfureux que Molière écrit « L'Ecole des femmes », qui ridiculise avec férocité la domination du sexe dit fort, l’institution du mariage et l’éducation des filles. Les attaques pleuvent, l'Eglise demande au roi que la pièce soit interdite.

Certains ecclésiastiques voudraient même voir bâillonné ce farceur insolent qui sans cesse moque la religion, ses contemporains, et dresse le portrait de femmes fortes et indépendantes d’esprit…

Mais son sens aigu de l’observation de l’âme humaine autant que son humour habile, plaisent à l’unique personnage dont l’adhésion est nécessaire : Sa Majesté Louis XIV.

9782344045909-P-5G

Quatre siècles ont passé et Molière demeure LA référence littéraire française, toujours enseigné à l’école. Ses chefs-d’œuvre sont joués sans discontinuer en France mais également dans de nombreux pays étrangers.

L’œuvre de Molière, intemporelle, tourne en dérision des travers humains éternels et ses combats entrent en résonnance avec l’actualité de manière frappante. En témoignent ses prises de positions précurseurs en faveur des droits des femmes, ou sa périlleuse lutte pour le droit à la critique de la religion.

Pour l’occasion, Vincent Delmas et Sergio Gerasi réalisent un biopic en trois actes, dont la narration juste et sensible jongle avec les temporalités pour dépeindre tout le génie et la complexité de la figure tutélaire de la Comédie Française. 


4.
 « L’Atlas Molière » par Clara Dealberto, Jules Grandin, Christophe Schuwey, éditions Les Arènes

   Moliere_Cover_Plat1_AB

Une incroyable somme d’informations présentée de manière ludique et accessible à tous.

Indispensable ! Un ouvrage de référence pour tout comprendre sur Molière, son œuvre et son époque. Une incroyable mine d'informations présentée de manière ludique par des auteurs de référence : Christophe Schuwey, professeur de littérature française à Yale et grand spécialiste de Molière et Clara Dealberto et Jules Grandin, cartographes et infographistes pour la presse.

Ils ont mis en 150 images une grande variété de données, intégrées au texte. Du mystère Molière à Molière aujourd'hui à travers quatorze chapitres 

Avec 150 cartes et infographies, cet atlas est une encyclopédie visuelle sur la vie, l’œuvre et l’époque de Molière. Les auteurs sont allés au-delà de la figure du saltimbanque mélancolique qui s’est imposée dans notre imaginaire collectif. Ils nous font découvrir un Molière entrepreneur de génie, un publicitaire en avance sur son temps, un créateur de spectacles extraordinaires. 

Ainsi désacralisé et situé, Molière redevient  plus que jamais vivant.


IMG-20220114-WA0004

En textes et en images, ce livre nous permet de revisiter nos classiques de manière vivante et décomplexée : Les Précieuses ridiculesTartuffeLe MisanthropeL’AvareLe Bourgeois gentilhomme, PsychéLes Fourberies de ScapinLes Femmes savantes ou encore Le Malade imaginaire… Parce qu’un dessin vaut parfois mieux qu’un long discours.

 « L’Atlas Molière » par Clara Dealberto, Jules Grandin, Christophe Schuwey, éditions Les Arènes

5. Michel Bouquet raconte Molière ( Editions Philippe Rey)

IMG-20220114-WA0002

Enfin , aux éditions Philippe Rey, vient de  sortir une nouvelle réédition d'un ouvrage d'une lecture très agréable  parue une première fois en 2017 et qui s'intitule Michel Bouquet raconte Molière

C'est un ouvrage émouvant et passionné car Michel Bouquet aime d'abord l'homme, encore mystérieux, que fut Molière.

« Je vois le plus grand de nos écrivains, la tête frottée et blessée contre les diamants acérés. C'est une atroce métaphore de l'esprit broyé par l'argent et l'aristocratie » Michel Bouquet

Il se demande comment ce fils de la bourgeoisie parisienne aisée a pu choisir de devenir comédien, métier de paria au XVIIe siècle.

Il en résulte un livre simple et profond dans lequel il raconte la vie de Jean-Baptiste Poquelin et évoque ses rôles depuis les années 1940.

 Michel Bouquet rend hommage à cet esprit courageux qui dénonça les hypocrisies de son époque et défendit la cause des femmes ; il célèbre aussi, avec jubilation, le génie comique du plus grand dramaturge français.

Redécouvrir Molière : tel est le propos de cet ouvrage porté par l'admiration contagieuse d'un comédien libre, d'une inaltérable jeunesse. 

Posté par chocoladdict69 à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Paris-Briançon : Philippe Besson nous embarque pour un trajet haletant et sensible!

 

Paris-Briancon

 "Pourquoi le train de nuit? Un peu pour la même raison. Ils ne l'ont jamais pris, ils ont voulu essayer. Enfin, Catherine surtout. Et Jean Louis n'a pas dit non. Et c'est une nuit de moins sur place à payer, ce n'est pas négligeable. 

En attendant, ils sont ravis de constater qu'ils n'auront pas à partager leur cabine avec d'autres voyageurs. A l'évidence, cet Intercités est loin d'être plein. Par précaution, Catherine dégaine sa bombe anti punaises et vaporise généreusement les deux lits du bas, ceux qu'ils ont réservés. Une amie l'a mise en garde contre ce genre de désagréments"

Le Paris-Briançon, train de nuit d'une dizaine d'heures, s'apprête à quitter les rails de la Gare de Lyon. 

Le temps d'une nuit à bord d'un train-couchettes, quelques passagers font connaissance sans se douter une seconde que certains n'arriveront jamais à destination. 

 En effet, Philippe Besson a prévenu son lecteur dès les premières pages: de son nouveau roman : « Parmi eux, certains seront morts au lever du jour. »

Bref, très vite, ce trajet en apparence anodine sera marqué par le compte à rebourd du temps, et le tragique et le sanglant à l'arrivée, dans les Hautes-Alpes, donnant  au récit une tension et un suspens à son voyage. .

On fait le voyage avec des passagers aux personnalités différentes évidemment mais surtout, développant chacun une fragilité, des failles et des traumas .

À la faveur d'un  récit choral et  un huis clos contraint, vont  se révèler,  derrière les faux semblants, des êtres vulnérables, victimes de maux  plus ou moins ordinaires de l'époque et ces voyageurs, qui n'ont a priori pas grand chose en commun, tenteront pendant ces quelques heures d'échapper à leur solitude et leurs faux semblants.

Philippe Besson

Ce roman qui, comme souvent chez Besson se lit en une soirée, nous rappelle que nul ne maîtrise son destin.

Paris-Briançon célèbre le miracle des rencontres fortuites et la grâce de ces instants en dehors du temps, où les secrets enfuis peuvent être révélés à de parfaits inconnus.

Un roman riche en sensibilité,  avec des personnages attachants qui nous émeuvent.

 « 𝘚𝘰𝘶𝘷𝘦𝘯𝘵, 𝘭𝘢 𝘷𝘪𝘦 𝘴𝘦 𝘥é𝘤𝘪𝘥𝘦 𝘴𝘶𝘳 𝘱𝘳𝘦𝘴𝘲𝘶𝘦 𝘳𝘪𝘦𝘯, 𝘶𝘯𝘦 𝘳𝘦𝘯𝘤𝘰𝘯𝘵𝘳𝘦, 𝘶𝘯𝘦 𝘰𝘱𝘱𝘰𝘳𝘵𝘶𝘯𝘪𝘵é, 𝘶𝘯𝘦 𝘱𝘢𝘳𝘦𝘴𝘴𝘦. »

Bref, on embarque sans hésiter avec Philippe Besson pour le Paris Briancon en partance des librairies en cet hiver littéraire. 

 Philippe Besson "Paris-Briançon" aux éditions Julliard, paru le 6 janvier 2022.

 

Posté par chocoladdict69 à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

lundi 17 janvier

The Chef : une plongée virtuose dans les coulisses d'un grand restaurant

 tc_poster_web

Il n'est pas certain, qu'à l'instar d'émission culinaire comme Top Chef ou le meilleur patissier, The Chef, le long métrage de Philip Barantini réussisse à susciter quelques vocations dans le milieu de la gastronomie  mais il risque toutefois de modifier grandement notre perception de la profession assez unique en son genre.

 Lui-même ancien chef,  Philip Barantini dépeint l'envers du décor avec un long métrage qui vaut vraiment le coup d'oeil ne serait ce que par sa prouesse technique  formidable, celle de faire tout le film en en un unique plan séquence à la manière de l'éblouissant Birdman d'Innaritu, de Victoria de Sebastian Schipper ou plus récemment de 1917 de Sam Mendes.

Comme souvent, ce procédé résulte d'un  tour de force et d'une prouesse technique assez incroyables, d’autant plus qu’il n’y a eu visiblement d'après les indiscrétions du tournage, aucune coupe cachée, et que tout a été filmé en ’une seule prise.

tc_photo_3

The chef* nous propose de suivre l’équipe d'un restaurant gastronomique londonien lors de la grosse soirée du vendredi avant Noël.

À quelques minutes du coup de feu, tout le personnel est en ébullition mais les problèmes s'accumulent autour du chef étoilé Andy Jones  et de sa brigade. 

On suit la brigade de la salle aux fourneaux, des commis aux serveurs, à mesure que le coup de feu monte et que les ennuis commencent à s'accumuler depuis l’ouverture au service du soir jusqu’ à la fin de la soirée, sans jamais perdre une seule seconde les protagonistes de l'histoire.

La caméra de Philip Barantini suit ainsi un personnage,  puis décide d'en filmer un autre qu'on vient de croiser pour revenir ensuite sur le premier dans une valse tourbillonnante, épuisante mais tout à fait jubilatoire.

tc_photo_7

 Ainsi, le spectateur suivra cette soirée au fil des péripéties toutes plus haletantes les unes que les autres : la venue imprévue d'une critique gastronomique, les interventions d'influenceurs pas très diplomates, les tablées de clients racistes ou allergiques, la visite de inspecteur de l'hygiène zélé, la crise d'autorité de la directrice de salle incompétente, ou autres addictions diverses.

.La caméra suit sans jamais le souligner les travers de la société  courante comme  l'homophobie, le racisme, les conditions de travail spartiates, la dépression, les addictions que peuvent connaitre l'ensemble d'une équipe de cuisine.

Grâce à son procédé du plan séquence unique  et de cette caméra à l'épaule qui maintiennent constamment  la  tension.  le spectateur est totalement en immersion dans cette nuit particulière où le chef  du restaurant se met à chavirer, sur le plan professionnel, comme personnel. 

Le spectateur a très vite le sentiment d'être soi-même invité dans ce restaurant, en goûtant seulement  des yeux cette cuisine  plutôt très apétissante 

The Chef devient rapidement une sorte de thriller anxiogène car intimement lié à son chef d'orchestre en perdition, remarquablement interprété par Stephen Graham.

tc_photo_2

 Le réalisateur, qui signe ici son premier long métrage, a été auparavant lui-même chef et s’est très largement inspiré de ce qu’il a vécu ou pu voir.

Il parvient ainsi à trouver des péripéties qui sont peut etre un peu grosses pour certaines ( surtout avec l'accumulation sur chaque séquence), mais qui ne manque assurément pas de sel.

On peut dire que  son passage des fourneaux à la caméra est très  réussi, car pour filer la métaphore culinaire, Philip Barantini ne manque pas d'ingrédients à son beau dosage et sait les  cuisiner avec un parfait assaisonnement.

  Définitivement un film à voir et à savourer dès mercredi en salles. 

 The Chef - sortie en salles le 19 janvier 

Film britannique de Philip Barantini avec Stephen Graham

Distributeur UFO distribution 

*Le titre original en anglais Boiling Point, point d’ébullition nous semblait plus pertinent. pour montrer ce que film Philip Barantini  à savoir une micro-société en ébullition

Posté par chocoladdict69 à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Un monde : un sidérant voyage vraiment à hauteur d’enfant

 

UN MONDE_PHOTO5

  C'est le premier jour de rentrée scolaire pour Nora, qui rejoint l’école où se trouve déjà son grand frère, Abel

Très vite, la fillette va se retrouver dans une position de témoin  en découvrant que son frère est victime de harcèlement. 

UN MONDE_PHOTO11

Dans son premier long métrage, présenté en sélection officielle à Un certain Regard, la Belge Laura Wandel filme,avec une admirable maîtrise, le microcosme d’une cour de récréation, et sonde de l'intérieur ces violences qui changent parfois les cours d’écoles en lieux de calvaire.

« A hauteur d’enfant »: pour une fois, cette expression,  souvent galvaudée,  prend tout son sens : on règle de suite nos pas sur ceux de Nora, sorte de Rosetta des cours d'école et on va comprendre avec son regard de très jeune fille les mécaniques pernicieuses du harcélement scolaire. 

UN MONDE_PHOTO3

On ne lâchera jamais les basques de cette tête de mule au regard froidement déterminé qui va perdre peu à peu son insouciance et affronter la réalité avec lucidité et une once de fatalisme  et restera longtemps en mémoire le visage de Nora que la très jeune Maya Vanderbeque incarne avec une justesse sidérante.

La réalisatrice accompagne avec sa mise en scène au cordeau et une tension psychologique prégnante le conflit de loyauté dans lequel sa jeune héroïne se retrouve plongée malgré elle.

On appréciera aussi un gros travail sur le son et sur le hors champs qui rend l'immersion d'autant plus impressionnante. 

UN MONDE_PHOTO10

Le spectateur découvrira aussi à son insu les répercussions importantes que cela entraîne sur son quotidien et pour son entourage, celui ci se révélant souvent impuissant à l'image du père, incarné par le solide et pourtant fragile Karim Leklou. 

Sans aucun pathos; mais avec une empathie déchirante, et une justesse de chaque instant, Laura Wendel, visiblement fortement inspirée par le cinéma des Dardenne ou de Michaël Haneke, propose une étude en profondeur d’un microcosme qui nous apprend terriblement sur la cruauté du monde scolaire.

UN MONDE_PHOTO1

 Les ravages du harcèlement scolaire sont décrits avec  beaucoup de subtilité par Laura Wandel qui filme sans distance la circulation de la violence et la difficulté de l'encaisser.

 Interprété par deux enfants prodigieux de vérité, ce film est un modèle de délicatesse et de maitrise.  

 

  Un monde de Laura Wandel  sort en salles le 26 janvier 2022-

Un film distribué par Tandem films

1h15 - Belgique 

Le film sera présenté ce mercredi 19 janvier à Lyon au cinéma Comoedia en présence de la réalisatrice dans le cadre du festival Télérama.