Baz'art : Des films, des livres...

jeudi 04 juin

Rencontre Musique : Interview de la chanteuse Clou qui va rapidement enfoncer les portes du succès

 Après nous avoir fait chavirer avec  "Comment", UN EP composé de 4 petites pop- voir notre critique de l'album ici même, on a eu très envie de mieux connaitre la chanteuse Clou, repérée déjà sur plusieurs contributions collectives ainsi qu' en première partie de Tété l'an passé.

Résultat des courses : on a eu affaire à une artiste particulièrement  attachante et très disponible pour un échange de près de 40 minutes dont on vous offre un long échantillon sans plus attendre :

 Clou (1)

 Baz'art : Ma première question, chère Clou, sera assez anecdotique mais non moins essentielle pour mieux te cerner. Tu portes le prénom d'Anne Claire dans l'état civil et celui de Clou comme artiste... Pourquoi ce choix de pseudo et par ailleurs, est-ce que tes proches t'appellent Clou ou Anne Claire ?

Clou : Ah voilà en effet une première question fondamentale (rires). En fait, Clou, c’est mon surnom d’enfance, mes parents m’appelaient comme cela mais je crois bien que c'est ma frangine qui est à l’initiative de ce chouette surnom.

Il faut dire que je faisais souvent la folle et on m’appelait Anne-Clou(wne)…

C’est devenu, avec le temps mon nom et lorsque je me suis lancée dans ma carrière en solo, je ne me voyais pas trouver un autre pseudo.

Eh oui pour tout le monde ou presque, je suis devenue Clou, à tel point qu'on m'appelle presque plus du tout Anne Claire. Clou, c'est mon nom d'artiste, mais c'est aussi un peu plus que cela, on peut dire que ça fait presque partie intégrante de moi en fait.

 Baz'art : J'ai vu dans ta biographie que tu avais commencé ta vie professionnelle pas vraiment dans la sphère artistique puisque tu étais attachée de presse dans la mode. C'est un radio-crochet de France Inter qui t'a servi de tremplin et qui t'a fait envoyer tout bouler pour te consacrer à la musique. Ça s'est vraiment passé comme cela ou il y n'aurait pas un peu de story telling là-dedans ? (Rires)...

Clou :Ah non, ce n'est pas du tout du story telling, c'est l'exacte vérité.  Ce radio- crochet de France Inter auquel j'ai participé, en 2014, m'a vraiment permis de changer de voie et a été vraiment un énorme catalyseur pour moi.

Je faisais déjà mes chansons dans mon coin et là vu la qualité du plateau et de la radio, véritable soutien à la scène française,je n'ai pas hésité à tenter ma chance et à me confronter à des avis professionnels.

Je n'ai pas remporté la mise mais j'ai fini  quand même en seconde place. Disons aussi que le simple fait de passer sur France Inter, sur une radio de cette qualité, être écoutée et même entendue a vraiment tout changé et m'ont permis de me lancer.

Ce radio crochet était organisé par Didier Varrod, Monsieur Musique de France Inter, quand même, ce n'est pas rien! Bref dès qu'il fut terminé j'ai envoyé ma lettre de démission et j'ai signé avec un tourneur pour présenter mes chansons sur scène.

Tout cela  m’a permis de faire mes premières scènes toute seule et d’assumer mes chansons tout simplement.

Baz'art : Dit comme cela, ça semble très simple, mais j'imagine que dans la réalité, tu es passée par quelques moments de doute, avec cette perspective de quitter un monde professionnel plutôt sécure pour quelque chose de plus aléatoire, non ?

Clou : Bien sûr, tu ne crois pas si bien dire ; cela a  été une décision particulièrement difficile à prendre et avec des conséquences pas toujours évidentes à vivre dans la vie de tous les jours.

Disons, sans faire pleurer dans les chaumières que je suis passée par des moments assez trash et si j'ai la thématique de l'angoisse du lendemain qui revient souvent dans les morceaux que j'écris, cette période-là ,qui n'est pas si loin, y est sans doute beaucoup pour quelque chose.

Mais je crois que tous ceux et celles qui sont passées par ce genre de reconversion professionnelle connaissent ces gros moments de doute...

Personnellement je n'ai eu pas de fortune personnelle sur laquelle m'asseoir pendant cette période où j'ai décidé de vivre de ma musique sans avoir de label pour m'assurer quelque chose d'assez fiable donc c'était un combat permanent pour m'en sortir.

commentBaz'art : Maintenant que tu as trouvé un label et pas n'importe lequel- le mythique Tôt ou tard- et que ton premier album à sortir chez eux  est prévu pour  très bientôt, j'imagine que cette période est quand même derrière toi désormais ...J'ai pu écouter 4 morceaux de cet album présent dans l'EP "Comment "mais pas encore l'album en entier.Tu peux nous en dire un peu plus dessus ??

Clou : Ah oui bien sûr, car je suis tellement fière de ce premier album, Orages...

Il devait sortir au printemps au départ, mais finalement avec la crise du Covid,  on a décidé avec Tôt ou Tard de le reporter à l'automne.

A ce jour, on n'a pas encore la date exacte de sortie du disque.

C'est un album qui  je pense me représente bien... J'avais un certain nombre de morceaux qui pouvaient potentiellement rentrer dans ce disque, tous ceux que j'ai écrit depuis 2014/2015 en fait mais il a fallu faire un tri très conséquent pour que les titres qui y figurent forment un ensemble assez cohérent qui représente le mieux la personne que je suis aujourd'hui ..

 Cela a été un processus particulièrement lent à mettre en place, de plus de deux ans on peut dire, ce qui est  particulièrement long dans le monde d'aujourd'hui où il faut tout faire très vite.

Mais il faut dire que  je n'étais pas tout seul pour cela; j'ai été merveilleusement bien accompagné et notamment par Dan Levy avec qui j'ai collaboré du début à la fin sur ce projet.

Baz'art : Ben oui justement, j'allais t'en parler de cette collaboration avec Dan, la moitié des Do et qui est aussi reconnue pour son formidable travail de compositeur de BO, notamment pour Jérémy Clapin... Comment s'est passé exactement ce travail ensemble, en fait ?

 Clou : Ah, cela a été une aventure formidable et j'espère  bien qu'elle n'est pas finieOn s’est rencontré dans un café  pour la première fois et on a tout de suite  accroché en parlant de musique, notre moteur à tous les deux. Il peut parler musique, matin midi et soir tu sais....

Après on avait un rituel, lui et moi : on bossait sur les chansons tous les jours, chacun de notre côté, et on se revoyait tous les 3 mois dans le même café avec en faisant écouter à l'autre, sur son  I pod respectif, ce qu'on avait composé  entre les deux rendez vous

Entre 2017 et 2019, on a fonctionné comme ceci, pour arriver à une dizaine de maquettes  qu'on a pu proposer à différentes maisons de disques dont Tôt ou Tard qui a été séduit.

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Baz'art : Et qu'est-ce que Dan a provoqué en toi que tu n'aurais pas pu trouver toute seule, notamment au niveau du processus de création ?

Clou : Disons que Dan a été une sorte de coach qui ne me laissait rien passer et qui n'a pas pris de filtre avec toutes mes chansons.

Il  a rapidement souligné  le potentiel de mes  textes et mes mélodies mais n'a pas hésité à m'indiquer quand il y avait trop de pudeur, quand c’était trop lisse

Par exemple, pour le morceau "Rouge", c'est  Dan qui m’a dit que je ne me mettais jamais en colère et qu'il fallait que je laisse  sortir  car il sentait bien que j'avais au fond de moi pas mal de tempêtes intérieures plus ou moins bien cachée (rires). !

Tout ce qui me bouleverse, me hérisse, me semble absurde, il fallait que je me décide à l'écire puis à le chanter. 

Dans cet album ainsi qu'à travers tout ce qu'on a pu réaliser avec Dan, il  ne fallait pas que je cherche à tout prix à faire beau, mais vraiment d'exprimer par les textes et les mélodies quelque chose qui me ressemble vraiment.

Tout ce travail-là, assez cathartique a vraiment libéré quelque chose en moi, rien que pour cela,  je lui en suis infiniment gré...

Baz'art : Dans cet album, tous les textes sont en français alors que tu avais essayé l'anglais dans mon 1er EP en 2015 et même dans certaines de tes collaborations notamment avec Cocoon et que tes références que tu revendiques sont très Anglo saxonnes, à près de 80%. C'est Dan aussi qui t'a imposé de chanter en anglais, en lien avec cette dimension introspective ?

Clou :Non, Dan n'y est pour rien dans ce cheminement. Dès le départ, je m'étais dit que mon album serait quasi exclusivement  en français, et c'est d'ailleurs le cas puisqu' il n’y' a qu'un seul titre en langue anglaise « Tomorrow ». ;un des titres les plus anciens d’ailleurs.

 Mais permets moi de te contredire sur tes propos : mes influences sont vraiment à 50 50 % françaises et Anglo saxonnes, c'est très équilibre depuis tout petit  certes j'ai toujours adoré  la folk  américaine très épurée du style Paul Simon : un vrai poète , Tracy Chapman, Joni Mitchell, Joan Baez ou Bob Dylan.

Mais j'ai aussi écouté quelqu'un comme Renaud qui a énormément compté pour moi ou quelqu’un comme Yves Simon  à qui j'ai eu la chance de rendre hommage dans l'album "Générations Eperdues."..

Mais j’ai aussi beaucoup écouté Brassens, Moustaki, et pas mal de Hip-hop , ce qui ne se ressent pas forcément dans ma musique je le concède, mais l'influence n'en demeure pas moins  bien réelle.

Chez moi mes parents étaient très mélomanes et écoutaient vraiment de tout ça allait de  Demis Roussos  à quelqu'un comme Toto Cotugno, des artistes bien plus intéressants que ce qu'on peut penser.

Bref, la chanson française à texte, c'est vraiment quelque chose qui fait intégralement partie de moi.

Baz'art : Oui j'imagine bien, surtout  que tes textes sont quand même très littéraires avec des références parfois pointues. Je pense à ton titre "Comment" qui est visiblement inspiré d'un rêve du poète Henri Michaux, c'est bien cela ?

Clou :Oui bien sûr, il faut savoir que depuis toute petite, j'ai un compagnon de vie très fidèle qui s'appelle le livre... J'étais une enfant très solitaire et comme tout enfant très solitaire, la littérature est géniale pour se réfugier dans des univers très différents et apprendre à grandir.

J'ai longtemps lu que de la fiction et ce n'est qu'assez récemment que je me suis essayé à d'autres genres comme la poésie.

Donc en effet, "Comment », a été écrite d’après un rêve de Henri Michaux;  celui où il escalade une façade de verre comme une marionnette dont les fils sont tirés par ses parents,

Je trouve que c'est une parfaite métaphore de l'absurdité de notre  vie  à laquelle tout un chacun est confronté  , on essaie tous de tenir debout, d'être libres alors que d'autres tirent les ficelles pour nous amener là où ils voudraient qu'on aille...

On cherche tous la méthode pour lutter contre cette absurdité, d'où le "comment" du titre (rires) 

Baz'art : Je voudrais te parler d'un autre titre très intéressant et une autre formidable collaboration, c'est celle autour de « Comme au cinéma » et ce beau clip réalisé par Vincent Delerm pendant la période de confinement. Comment cette belle rencontre a pu se faire ?

Clou :Oh, très simplement,... J'aime énormément ce que fait Vincent,  je le connais depuis quelques temps j'ai même eu la chance de faire ses premières parties à la Cigale l'an passé cela avait été un très chouette moment..

Et puis comme Dan a travaillé avec lui sur le dernier album de Vincent et qu'on a le même label, c'est vrai que c'est un plus pour bosser ensemble.

En fait à l'origine, c'est quand je je suis allé voir au cinéma  son film Je ne sais si c'est tout le monde  en octobre dernier  que je me suis dit que  j'aimais beaucoup sa façon de réaliser et que ça serait chouette qu'on puisse travailler ensemble et je savais pour en avoir discuté avec lui qu'on a la même passion pour le 7eme art et ma chanson parle évidemment de cela.

Bref, avec tous ces éléments,  je me suis permis de lui écrire  pendant le confinement pour lui proposer qu'il réalise le clip de ma chanson...Comme il a beaucoup apprécié le morceau,  il a accepté tout de suite, il est venu chez moi pendant le confinement avec sa petite caméra et il s'est mis à me filmer.

Vincent a trouvé que mon appartement, très épuré, se prêtait bien à un clip en noir et blanc . Il m'a confié qu'il allait faire quelque chose de plus rhomérien qu’Hollywoodien.  Bref un clip sans trucage et sans fard (rires) ...

Cela m'allait très bien car cela correspondait parfaitement à ce que je raconte dans la chanson, cette envie de vivre "sans  maquillage et en plan serré", ce n'est pas très glamour Hollywoodien, quand même, tu ne trouves pas? (rires).

Baz'art : Ce n'est pas forcément hollywoodien non, je te le concède, mais il y a quand même au moins une référence au cinéma américain dans ta chanson non ? "La nuit qui m'appartient " c'est un clin d'œil au très beau film de James Gray non ?

Clou :Oui bien sûr, ah c'est top que tu l'ais relevé, on me parle de pas mal de références dans ce titre mais très peu de James Gray alors que j'adore tout son cinéma, merci(rires) .

Baz'art : Tu relèves le fait que Vincent Delerm fasse partie du même label que toi, à ce propos,  j'imagine que signer chez  "Tôt ou Tard",  ce n’est quand même pas rien pour un premier album, non ?

Mieux que cela, c'est carrément un rêve de gosse qui se réalise. Franchement, leur catalogue, qui défend une chanson française indépendante de très grande qualité, me faisait rêver.

Quand on avait suffisamment de maquette avec Dan pour le proposer à des labels, il m'a demandé avec quelle maison de disque  je voudrais travailler et j"Tôt ou Tard " est le tout premier que j'ai cité, mais en lui disant que ce n'était pas trop la peine d'y songer.

Il m'a affirmé du contraire qu'il avait suffisamment confiance en moi pour leur proposer et très rapidement ils ont montré leur intérêt et cela a pu se concrétiser... Mais tant que l'album n'est pas encore sorti, j'avoue que j'ai un peu de mal à réaliser.

La chanteuse Clou avec "Rouge", son nouveau single.

Baz'art : On a l'impression à t'écouter que tu manques encore un peu de confiance en toi sur ton travail et que ce sont les autres qui te poussent à croire en toi. Ça vient de quoi ce besoin de reconnaissance en ton talent, aussi incontestable soit-il ?

Clou :Ah,  je ne vais pas verser dans la psychologie de comptoir, mais disons que j'ai reçu une éducation très stricte, où les vannes de l'expression étaient fermées à double tour et où on m'empêchait un peu de dire les choses...

Cela m'a sans doute permis d'avoir une vraie rigueur et une vraie exigence, mais ce ne sont pas forcément les meilleures conditions pour s'épanouir et être facilement contente de soi (rires).

Maintenant que j'ai atteint la trentaine, j'ai essayé de me détacher de tout cela, mais, parfois le naturel revient au galop

Sans doute que j'ai beaucoup de mal à vivre l'instant présent et croire que ma vie sera un conte de fées avec plus aucune galère, mais là, sincèrement j'essaie de vivre l'instant de la sortie à venir de l'album sans me parasiter avec trop d'idées noires ( rires)...

Baz'art : Ce qu'on ressent aussi dans tes textes, c'est ta volonté de ralentir le tempo de lutter contre cette frénésie actuelle, du moins celle d'avant le confinement. Tu as même écrit un texte, "je prends mon temps" qui fait l'éloge de la lenteur, n'est-ce pas ?

Clou : Oui tout  à fait... Je considère la musique comme un processus lent mais c’est plutôt positif car ça me permet d’étoffer mes créations et de faire des vidéos, et des collaborations passionnantes comme celles dont on vient de parler .

On met toujours en avant les artistes qui ont démarré très jeune et qui ont eu une carrière très fulgurante, il y a tout un tas de story telling à base de cela mais pour moi, c'est bien plus intéressant et admirable que de réussir dans la durée, d'inscrire son projet et son univers dans dix ou quinze ans, non ?

Inscrire son projet artistique sur un long terme est vraiment quelque chose qui me stimule beaucoup. Si j'arrive à être encore visible et sur le devant de la scène dans 10 ou 15 ans là, promis, je serais très fière de moi et je n’aurais pas besoin des autres pour le reconnaitre (rires) ...

Baz'art : Chère Clou, on peut prendre les paris que dans 10 ans, tout le monde aura entendu parler de toi et tu continueras à briller de mille feux ! Merci et longue vie à ton premier album, dès qu'il sort dans les bacs!  

  L' Album "Orages" à venir à la rentrée..en attendant vous pouvez découvrir son EP, "Comment " disponible ici : 

 

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mercredi 03 juin

Moscou ne croit pas aux larmes/ Il était une fois dans l’Est : le cinéma russe entre classisisme et modernité

 Chaque année, une centaine de longs métrages de fiction sont produits en Russie, dont seulement trois en moyenne sortent sur les écrans français. 

A l'occasion de l'actualité vidéo- DVD et vidéo à la demande,  voici deux films russes , un classique et un contemporain, deux oeuvres à la fois différentes dans  leurs  approches et  leurs  thématiques mais qui permettent de faire un petit tour d’horizon de la question du cinéma sovétique. 

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 1/ Moscou ne croit pas aux larmes/ sortie DVD le 7 juillet chez Potemkine

Oscar du meilleur film étranger en 1981, Moscou ne croit pas aux larmes traite d’un véritable phénomène de la fin des années 50 en URSS: l’arrivée à la capitale de jeune gens de province, bien décidés à y trouver succès et bonheur. La ville pleine de promesses est un personnage à part entière du film, ses rues, son effervescence, mais aussi ses usines, sa hiérarchie sociale.
A quoi rêvent Katia, Lioudmila et Antonina, jeunes provinciales arrivées à Moscou depuis peu. Dans ce foyer, bien tenu, qui leur est réservé, à quoi rêvent des jeunes filles russes de vingt ans en 1958.
A l’aube de leur vie d’adulte toutes trois croient en l’amour et à la force de leur jeunesse, mais comme les sœurs de Tchekhov, les trois amies devront affronter la réalité de la grande ville et le temps qui passe qui détruit peu à peu les rêvent.
Mais foin d’âmes russe mélancolique, nous sommes en Russie Soviétique dans les années soixante et en Russie soviétique,  un mélodrame se doit de finir en presque happy end.

Vingt années dans la vie d’un groupe d’amis dans la Russie de la guerre froide, un vrai portrait drôle et tendre d’une classe moyenne moscovite très peu représentée au cinéma.

Un mélodrame à la Douglas Sirk, un petit peu de Claude Sautet, doucement pro-soviet bien sûr, mais surtout un classique du cinéma, bien écrit, bien photographié aux des acteurs inspirés, qui est  devenu, avec le temps, un vrai document historique.
A voir au collège dès la troisième.
moscou larmes
Grande fresque s’étalant sur près de 20 ans, le film est un émouvant mélodrame qui rend compte de l’évolution des rapports hommes/femmes dans une union soviétique en pleine mutation.
Moscou ne croit pas aux larmes | Knigi
Editeur/ Potemkine
Suppléments du DVD :
Entretien avec Françoise Navailh, historienne du cinéma russe et soviétique :
Portrait de VladimIr Menchov, Les acteurs et le film, Les femmes en URSS.
Interview de Vladimir Menchov
Interview de Valentin Tchernykh (scénariste)
Interview de Sergueï Nikitine (compositeur)
Interview des comediennes  (Vera Alentova, Irina Mouraviova, Raïssa Riazanova)

 2/  Il était une fois dans l’Est , sortie VOD le 11 juin ( Jour 2 fête)

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 Présenté dans la section Un Certain Regard à Cannes l’an passé, Il était une fois dans l’Est , ce sixieme long-métrage de la réalisatrice Larissa Sadilova, devait sortir en salles mais finalement arrivera directement sur les plateformes de VOD,  dès la semaine prochaine, fermeture des cinéma obligent.

Le film est le  portrait d’une relation extra-conjugale en pleine campagne russe  dans la bourgade de Trubchevsk où vivent 15 âmes esseulées .

Pour écrire cette histoire d'adultère,  Larissa Sadilova s’est fortement  inspirée d’un couple  de son entourage, qui du fait de leur situation extra conjugale n'avait que peu l'occasion de se retrouver,  à part des allers-retours en camion entre Briansk et Moscou.

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Dans " il était une fois dans l'est",  Anna et son  amant routier-  qui ne sera jamais nommé outre que par sa fonction-  voient chacun en l’autre le moyen de  relever un peu le piment d'un quotidien  un peu terne et monotone.

Cette version russe et contemporaine de "la femme d'à coté" est filmée de façon assez légère et surtout avec un naturalisme  proche du documentaire  qui plonge le spectateur en immersion dans la  vie de ces gens  in fine très ordinaires mais qui tendent à quelque chose d'autre. 

Malgré le tragique de  l’impossibilité d’un bel amour dans une ville où tout le monde se connait et les dommages collatéraux que cette relation va provoquer, le film  de Larissa Sadilova conserve tout le long une petite part de fantaisie qui le fait tourner parfois du coté de la fable.

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Le long métrage de Larissa Sadilova fait parfois penser à du Aki Kaurismaki,  dans la façon dont la ville semble un peu figée hors du temps  ainsi que dans la manière dont le couple trouve mine de rien, une certaine inventivité  pour vivre leur relation à l'insu du voisinage.

 La réalisatrice  a fait  appel à uniquement des  comédiens non-professionnels, dont la simplicité et la sincérité renforcent le coté authentique et  finalement assez anecdotique  de cette relation plutôt bon enfant entre ces deux adultes.

Porté par  de petites touches impressionnistes, "Il était une fois dans l'est " diffuse mine de rien cette dimension slave qui rend cette histoire de tromperie au départ plutot banale assez singulière....

 Distribteur: Jour 2 fête

Ce film sera  visible à partir du 11 juin sur les platesformes suivantes :

Canal VOD  Filmo TV, Google Play, iTunes,  Orange Universciné, Wuaki

Location : 4,99 euros Achat : 9,99 euros

Sortie DVD /Les Eblouis : le très beau film de Sarah Suco sur l'embrigadement sectaire

  

3D Les éblouis

 

Comédienne plutôt discrète, vaguement reperée dans certains films récents, notamment dans les comédies sociales de Louis Julien Petit, ("Discount"Les invisibles), ou encore chez Agnès Jaoui, dans son pas terrible "Place Publique",  Sarah Suco s'essaie à la réalisation avec "Les Eblouis", un long métrage qui possède de forts relents autobiographiques, comme c'est très souvent le cas dans les premiers longs où les metteurs en scène ont tendance à parler énormément d'eux avant tout.

Mais rassurez vous: ici nulle autofiction à base de  narcissisme à bas échelle ou d'intrigue pseudos sentimentales centrées autour du nombril de sa comédienne et réalisatrice. 

Les Éblouis,   part certes d'une histoire que Sarah Suco a vraiment vécu dans son enfance, mais celle-ci est suffisamment forte et exceptionnelle pour éveiller l'attention du spectateur le plus blasé et surtout pour que cela soit elle (poussée visiblement par l'incontournable Dominique Besnehard) qui en écrive le scénario- accompagnée de Nicolas Sihol, réalisateur de l'excellent Coporate-) et en filme son adaptation.

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Ces  Éblouis aborde en effet un sujet qu'on a peu l'occasion de voir traiter au cinéma: l'embrigadement sectaire, sur une période trois ans à travers les yeux de sa jeune héroïne, Camille (double inversé de sa réalisatrice) qui va vivre avec sa famille dans ce qu'on appelle "une communauté charismatique", dans une ville de province assez ordinaire, Angoulème, pour ne pas la citer...

 Ayant elle même vécu dans ce type de communautés avec sa famille pendant une dizaine d'années, Sarah Suco part évidemment de ses souvenirs d'enfant forcément singulier mais parvient à en transcender le tissu autobiographique pour réaliser une fiction aussi terrifiante que bouleversante.

La caméra de Sarah Suco a le bon goût de ne jamais lâcher Camille d'une semelle (un peu commele faisait le récent film éponyme de Boris  Lojkine évidemment sur tun tout autre sujet) et c'est sous ce regard à la fois aimant et perplexe qu'elle appréhense sa famille, ses parents un peu paumés au départ, puis rapidement convaincus par l'expérience, et ses trois autres frères et soeurs, trop petits pour saisir le tragique de la situation.

 

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  Camille,  qui est l'aînée de cette famille, va vite être écartelée entre l'obéissance à ses parents, eux même soumis à celle de cette communauté et surtout à celle de son "berger",gourou aussi inquiétant qu'humain en apparence, que la bonhommie légendaire de Jean Pierre Daroussin ne cesse d'intriguer, et le désir de sortir de ce carcan tellement liberticide (elle pratiquait une activité circasienne, elle va vite devoir arréter ses projets dans ce domaine), voire dangereuse, pour elle et  l'ensemble de sa fratrie.

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L'intrigue, évitant tout manichéisme et tout jugement à l'emporte pièce, est racontée avec beaucoup de distance et de sensibilité par une Sarah Suco qui visiblement a attendu le bon moment pour en parler. 

On imagine facilement qu'elle a du ressentir de la colère, mais elle est ici totalement évacuée; à la place, le regard se fait parfois cruel, voire ironique (ces scènes de bêlements pour saluer l'arrivée du maitre des sieux), parfois effrayant (ces séquences d'exorcisme) mais jamais railleur ni méprisant.

Toute la complexité de ce milieu, qui prêche le pardon et l'amour et en même temps entrave le libre arbitre et l'épanouissement de ses membres, bref tout ce qui pourrait gêner la toute puissance de son "gourou" (le terme n'est jamais utilisé, comme celui de secte d'ailleurs) est racontée avec ce qu'il faut de clairvoyance et de justesse. 

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L'insidieux mécanisme de l'emprise est parfaitement retranscrit:le spectateur comprend parfaitement le fonctionnement de ces communautés.

Des communautés  qui arrivent à mettre en avant les compétences de  ses membres potentiels (ici les talents de comptable de la mère de Camille, jouée par une Camille Cottin qu'on n'a jamais vue aussi démunie) ou la faculté de transmission de son père, qu'Eric Caravaca transcende par son humanité légendaire) et combler leurs éventuels manques et défaillances.

Les personnages- religieux et membres de la communauté- sont suffisamment ambivalents pour interpeller et questionner le spectateur, longtemps après la fin de la projection.

Et l'on se souviendra longtemps de l'intensité du regard final de Camille et de l'intensité du jeu de sa jeune comédienne, Céleste Brunquell.

Comment cette bienveillance affichée au départ par une communauté qui ne parle que de tolérance et d'amour bascule peu à peu dans l'intégrisme et l'humiliation?

Le sujet est beau et puissant, la manière de le raconter de Sarah Suco l'est tout autant...  

 

 

 

SORTIE EN DVD et BLU-RAY (exclu FNAC) LE 2 JUIN- PYRAMIDE VIDEO

Déjà disponible en VOD et EST

BONUS

 « Nos enfants », court-métrage de Sarah Suco (11min)
 Rencontre avec Daniel Sisco, président de l’Association pour la Défense des Familles et de l'Individu victimes de sectes, et Dominique Besnehard, producteur (25min)
 Entretien avec Sarah Suco 
 Entretien avec Yves Angelo (directeur de la photographie) 

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BD: Raven – Mathieu Lauffray part à l'abordage des BD de pirates !

   

RAVEN Couv[4]

 "Darksee est aussi impitoyable qu'imprévisible et ses hommes lui sont plus fidèles qu'au diable.

Ecoute moi bien, fils, ne t'approche pas d'elle. Elle te mangerait tout cru."

Raven, solitaire et impétueux pirate,  décide de mettre la main sur un prétendu trésor, promis à l'infâme gouverneur de Tortuga 

Mathieu Laufay s'essaie pour la première fois en tant que scénariste et illustrateur au  récit de pirates avec le premier tome des aventures de Raven, pirate intrépide,  et casse cou qui surfe sur les eaux en ce milieu du 17e siècle,

A la recherche des trésors les plus impressionnants il va se lier avec une certaine Lady  Darksee  pour mettre la main basse sur le trésor de Chichén Itzá,  du nom d’une grande cité  maya  du Yucatán.

Mais cette quête ne sera pas de tout repos pour nos deux héros  revanchards et intrépides qui devront braver tempêtes , trahisons et autres joyeusetés inhérentes au récit de pirates.

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Mathieu Lauffray qui a travaillé au cinéma notamment avec Christophe Gens pour Le Pacte des loups prend un vrai plaisir à évoquer avec ce récit d'aventures rythmé et qui ne laisse aucun répit au lecteur une   imagerie   proprement spectaculaire 

Son  Raven, voleur, sympathique, casse cou en diable  fait penser aux héros du genre entre Errol Flynn, et Gregory Peck, dans les meilleures productions hollywoodiennes de l'époque.

 

 

Un récit endiablé qui charrie son lot d'actions et de rebondissements en tous genres; Mathieu Lauffray ne ménageant pas son héros pour le plonger dans les situations les plus extrêmes. et soigne ses dessins, sombres et somptueux.

Les amateurs du genre seront assurément comblés. 

 Après cette période de confinement un peu pesante, vous prendrez bien votre dose d'aventures maritimes avec le pirate Raven, pas vrai?

  

LAUFFRAY Mathieu (c) Dargaud - Rita Scaglia[2]

  Mathieu LAUFFRAY - RAVEN- Némésis - Editions DARGAUD - parution le 5 juin

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Sortie DVD : l'Affaire Pasolini : un thriller politique sur les dessous de la mort du maestro italien

 

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 Pier Paolo Pasolini est  évidemment une figure majeur du cinéma international. 

L'assassinat du  cinéaste de  Théorème, du Décaméron ou de "Salò ou les 120 Journées de Sodome”,  son dernier film,  a eu un tel retentissement en Italie que, coup sur coup deux longs métrages avaient  cherché à approcher le mystère de ses derniers jours.

Entre le Pasolini  film de 2014 du sulfureux Abel Ferrara et cette "affaire Pasolini " de David Grieco, réalisé en 2016, mais sorti en France que trois ans plus tard,  ces deux longs métrages cherchent à savoir, mais de façon assez différentepourquoi le 2 novembre 1975, sur une plage industrielle d'Ostie, on a retrouvé le corps de cet immense réalisateur assassiné sous les roues de sa voiture .

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  Loin de la noirceur et du coté un peu glauque du cinéma de Ferrara, le film de Grieco, plus classique formellement, s'interesse moins aux moeurs du cinéaste polémiste- on le voit avoir une relation finalement assez tendre avec un jeune prostitué- qu'à la portée politique de son oeuvre, qui sera, pour le cinéaste de cette affaire pasolini, à n'en pas douter, le  véritable motif de son assassinat.

Toujours très critique envers la bourgeoisie et la société consumériste italiennes alors émergentes,   le Pasolini  montré par David Grieco- un cinéaste qui a travaillé avec le maestro-  comme un  lanceur d’alerte avant l'heure,  de la nouvelle gauche des sixties.

Le cinéaste le montre  ainsi assez souvent en train d'écrire un livre qui dénoncait les travers de ce sytème qu'il execrait tant et qui stigmatisait ce système de manipulation des masses qui n'en était qu'à ses prémisses et qui est tant en vigueur aujourd'hui 

L'affaire Pasolini film image

 Thriller politique historique   tiré d'une histoire vraie  qui insiste sur la piste du complot politique, entre JFK. et the Assassination of richard Nixon, l'affaire Pasolini est très rigoureux et document", remplit son objectif  et ose même quelques passage au noir et  blanc dans sa dernire partie, lmême si on insiste rarement sur le génie cinématographique de Pasolini.

Dans le rôle principal, Massimo Ranieri- vu notamment chez Lelouch apaprait particulièrement investi et impliqué même s'il n'a pas exactement l'âge du rôle. 

Une dernière chose et une vraie curiosité dans ce film : l'apparition dans le rôle d'un journaliste de Libération venu interroger Pasolini et le pousser dans ses retranchements, du comédien Francois Xavier Demaison qui a sans doute contribué à sortir le film chez nous.

 

Sortie le 3 juin 2020 chez ESC 

BONUS

Entretien avec François Xavier Demaison

 

Posté par Michelio à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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