Baz'art : Des films, des livres...

mardi 23 juillet

L'ennemie / Irène Némirovsky a le mal de mère

 

 

 

 

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"Elle portait un manteau de drap vert qui la faisait paraître plus noiraude encore qu’elle ne l’était, une robe trop courte taillée dans une vieille jupe de sa mère, des chaussettes de laine laissant à découvert des genoux nus pleins de bosses et de bleus ; un béret de laine grise était enfoncé sur ses boucles courtes qui dansaient autour de son cou grêle. Elle n’était pas jolie, la figure menue, ponctuée de taches de son, la bouche trop grande, mais elle avait de beaux yeux verts, profonds et changeants. "

On a parlé il y a queljours à l'occasion d'une revue de pièces vus à Avignon de  Suite Française roman d'un amour interdit qu'Irène Némirovsky a composé en deux parties - qui ne sera publié qu'à titre posthume chez Denoël -, en 1942 avant d'être déportée à Auschwitz où elle a péri.; un roman un peu oublié avant de  ressortir en 2004 devenir un prix Renaudot posthume  et un incroyable succès mondial.

Avec une suite française, en dehors même de l'histoire atour du roman, Irène Némirovsky  réussit à crééer une histoire qui nous fait vibrer, nous tient en haleine, nous émeut.

Les éditions DeNoêl ont récemment ressorti un autre de ses romans L’Ennemie, . Dans ce roman, l’Ennemie, paru sous un pseudonyme masculin, Pierre Nerey, en 1928, Irène Némirovsky dissèque sous couvert de la fiction toutes les ambivalences de sa relation avec sa mère. 

Toute l'oeuvre de   Némirovsky  s'inspire de sa vie, ainsi sous couvert de fiction, L’ennemie évoque les relations bien complexes que ’auteure  a entretenu avec sa mère et l’extrême solitude  qu'elle a ressenti lors de son enfance.

Ici, Irène devient Gabri, une jeune fille de dix-sept ans en révolte, avec toute la violence confuse de l’adolescence, contre une mère indiff érente, vieille coquette sur le déclin aux prises avec son dernier amour.

On sait que le rapport à la mère a abondamment nourri son oeuvre, on a pu le découvrir dans Le vin de solitude, et on le découvre encore dans ce conte cruel et amer où la plume d' Irène Némirovsky montre toute l'étalage de son talent.

Titre : L’ennemie
Auteur : Irène Nemirovsky
Editeur : Denoël 
Nombre de pages : 159
Date de parution : 16 mai 2019

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Un jardin au désert : Carine Fernandez : Romeo et Juliette dans la touffeur écrasante de Riyad.

  On avait rencontré il y a quelques semaines à Lyon lors d'une soirée spéciale organisée par l'éditeur Les Escales, deux romancières françaises Katherine Bardon et Carine Fernandez qui ont comme point commun d'être publiées aux éditions de l'Escale ainsi que d'écrire des sagas sur d'autres pays dans lequelles elles ont vécu un certain nombre d'années.

C'est notamment le cas d'un jardin au désert de Carine Fernandez qui nous aura conquis par l’histoire et l’écriture claire et poétique....

Carine Fernandez connait bien l’Arabie Saoudite et çela se sent dans son récit  un Jardin au désert qu'on présente immédiatement .

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« Mes fils ! La descendance des Bahahmar. J’attendais tellement de mes fils ! Ah ! Mais vois ce que c’est que la vie ! Aucun qui n’ait tremblé ou trahi. Parfois tremblé et trahi en même temps. Et voilà que tu arrives, toi, l’Egyptien, avec ta jeunesse et ton rire à décrocher les lustres. Et tu me regarde en face et tu n’as pas peur. J’aurais aimé te ressembler quand j’avais ton âge. Appelle-moi Talal comme si nous étions frères. Nous le serons dans l’au-delà, pas vrai ? Laisse-moi au moins l’illusion d’être un jeune homme à travers toi, fils de pharaon, même si dans tes veines ne coule pas une seule goutte de mon sang. »

Talal est un père et un grand-père comblé. La vie lui a offert l’argent, il descend d’une famille respectée d’Arabie Saoudite, et les femmes, plusieurs épouses successives lui ont donné de beaux enfants qui font fructifier le patrimoine familiale.

Comblé,  il devrait l’être. Mais alors pourquoi s’isole-t-il, tel un ermite, dans une oasis loin de tout, alors que dans son immense palais, Aïcha sa première épouse, Sitt Fatma sa vieille mère malade et Dahlia sa petite fille chérie l’attendent inquiètes.

A soixante-dix ans Tahal fuit peut-être les exigences amoureuses de Louwna sa jeune et effrontée nouvelle femme ? Est-il déçu par ses trois fils qu’il ne comprend plus? Et pourquoi se lie-t-il d’amitié avec Rezak, ce jeune jardinier égyptien ? A l’heure du bilan Talal Bahahmar va devoir affronter les petites et grandes lâchetés de toute une vie.

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Carine Fernandez sait de quoi elle parle. A seize ans, elle abandonne ses études pour épouser un Saoudien. 

Elle vit à Beyrouth puis au Caire avant de s’installer pendant plus de dix années en Arabie Saoudite.

La romancière a su tirer de son expérience la matière brute d’un formidable roman.

Talal et Rezak sont les deux faces d’un monde Arabe qui devront se fondre pour affronter le futur.

Drame Shakespearien, Le Roi Lear et Romeo et Juliette dans la touffeur écrasante de Riyad.

Entre tradition et modernité, saga familiale romanesque et poésie orientale, « Un jardin au désert » est aussi une description méticuleuse de l’art de vivre Saoudien, Mercedes, BMW, Rolex et charia comprises.

Un jardin au désert  ; Carine Fernandez;  Les Escales - 468 pages

 

 

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Off Avignon 2019 : Reggiani par Eric Laugerias :un hommage vibrant d'émotions..

 

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J'ai beau connaitre (un peu) la carrière d'Éric Laugerias, grand comédien de théâtre, et fidèle de l'émission de radio les Grosses têtes - et qui a également connu un certain succès au début des années 2000 avec la série  télévisée "Blague à Part" qu'il avait créée et dont il jouait le premier rôle- je ne pouvais me douter que, comme moi, il vouait une passion irrationnelle pour Serge Reggiani, au point de vouloir lui consacrer un spectacle hommage qu'il présente en exclusivité cette année dans le OFF D'Avignon.

D'ailleurs, il ne s'agit pas précisémment d'un seul, mais de deux spectacles hommages, puisque, et c'est une des caractéristique de ce "Regianni par Laugerias,"  à l'affiche du Théâtre du chien qui fume, Eric Laugérias (et le génial Simon Foache, qui l'accompagne si brillamment au piano) propose(nt) en fait deux récitals : Face A (celui auquel j'ai assisté hier matin) et Face B, joués en alternance selon les jours pairs ou impairs et composés de 20 chansons totalement différents sélectionnés parmi les plus de 300 chansons du répertoire de l'artiste.

Alors forcément, les amoureux fous du repertoire de (l'autre grand ) Serge, dont je fais assurément partie, pourront être déçus de ne pas retrouver les versions à la sauce Laugerias de morceaux tels que L’Italien ; Le Petit garçonVotre Fille à Vingt AnsSi Tu Me payes un verre ( titres qui doivent certainement tous figurer dans le spectacle donné le lendemain) mais, reconnaissons tout de même que le procédé, ingénieux en diable, pousse les spectateurs, à la fois ravis par le premier récital et frustrés de n'avoir pas retrouvé, tous les classiques de Reggiani, à revenir le lendemain. 

Ce qui est certain, en tout cas, c'est que ce volet "Face A"  auquel j'ai pu assisté hier- et il en est forcément pareil de la face B- rend un hommage magnifique au repertoire de Reggianni, respectueux totalement de son oeuvre, mais sans l'être quand même trop (respectueux), puisque Laugérias évite l'imitation trop facile et le "copier coller" et se permet, avec sa comparse Judith D’Aleazzo avec qui il a mis en scène le spectacle, quelques jolies revisites de l'oeuvre originale de Reggiani.

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Je m'en doute : certains pourraient tiquer quand j'utilise le terme d'"oeuvre" pour qualifier le repertoire de Reggiani, car l'acteur de "Vincent, François Paul et les autres" pourrait ,comme Johnny, n'être perçu "que" comme un simple interprète, dans le sens où il n'a jamais écrit ni composé un seul morceau. 

Mais en même temps, comme Laugérias l'affirme dès le début du spectacle, celui qui était fou de poésie depuis ses jeunes années aura été tellement exigeant avec ses auteurs, les tannant pour qu'ils écrivent des textes à la virgule près, que ce qu'il chantait collait terriblement à sa personnalité et était immédiatement identifiable comme étant un titre de Reggiani et de personne d'autre.

Et, en ce lundi 22 juillet 2019, qui par un curieux hasard, était aussi le jour du 15ème anniversaire de sa disparition, voir Laugérias chanter avec une telle intensité et une telle implication des chefs d'oeuvre comme « Ma fille »,  "Ma liberté", "Les loups sont entrés dans Paris", "Le vieux couple", "Les mensonges d'un père à son fils" ou "Il suffirait de presque rien", faisait ressortir tout un tas d'émotions et donnait envie de chaudement remercier les créateurs du spectacle.

Résultat de recherche d'images pour "serge reggiani"En effet, pour ceux qui comme moi étaient un peu trop jeunes pour pouvoir applaudir Reggiani sur scène, avoir l'impression de le voir se matérialiser sous nos yeux ébahis par un Eric Laugérias touché par la grâce était un très beau cadeau.

Et, comme je devais reprendre mon train pour Lyon quelques heures après sans le projet de revenir sur Avignon pour cette année, je quitta la salle du "chien qui fume" certes les yeux embués par l'émotion d'avoir assisté à une création unique en son genre, mais aussi avec un secret espoir au fond du coeur : celui que Monsieur Laugerias ait l'envie de reprendre ce spectacle, sous ce même format l'an prochain au OFF,  pour  que je puisse ainsi vérifier que la Face B était aussi merveilleuse que la A.. 

 

Reggiani Par Eric Laugerias

Conçu et mis en scène par  Eric Laugerias et  Judith d’Aleazzo  Piano, accordéon Simon Fache

Jusqu' au 28 Juillet  ( sauf le mercredi 24) au Chien qui Fume à 12h20 pour le Festival d’Avignon OFF 2019

 

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lundi 22 juillet

Teen Spirit; Her Smell, Wild Rose : les fictions musicales se mettent au girl power !!

 Vous avez sans doute remarqué comme nous cette surabondance de films musicaux dans nos salles ces dernières semaines  depuis cet été, surfant sans doute sur les  succès récents et incontestable de. "A star is born, . Bohemian Rhapsody » et « Rocketman » .

Parmi ceux ci, pas mal de films  anglo saxons  mettent en avant une chanteuse, soit aspirantes à des rêves de gloire, soient en pleine descente .... : petit zoom sur Wild Rose, Her Smell et Teen Spirit : 

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  Avec 1/Her Smell,  en salles depuis mercredi dernier, Alex Ross Perry,  qu'on avait remarqué avec Color Wheel en 2013  qui a déjà dirigé l’actrice  Elizabeth Moss dans Listen up Philip et Queen of Earth, a écrit  spécialement pour elle ce personnage de rockstar en perdition totale. 

  Ccinq tableaux, cinq épisodes de la vie d’une femme. pas n’importe quelle femme. Becky Something, grande prêtresse déchue du rock, star du Grunge dans les années 90 avec son groupe de filles “Something She”.

Grunge backstage alors que le groupe se retrouve dans une impasse, Becky l’incontrôlable qui ne peut plus faire face au succès se noie dans les excès.

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"Her smell" est  un film de 2h15 ( quand même) qui se veut  au plus près des artistes :  l
oges tristes, rivalité, business, drogues, solitude au milieu des autres et caméra hystérique qui capte la fièvre créatrice d’une Elisabeth Moss de tous les plans, même si reconnaissons le c'est parfois un  peu surjoué de la part de notre servante grunge blonde platine (  vous noterez la belle référence à l’actrice, qui joue la servante écarlateClignement d'œil
Excitant, énergisant, énervant,   un peu complaisant épuisant, ce "Her Smell "est en fin de compte assez proche du ressenti qu'on peut avoir en sortant d'un concert grunge.

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 2/ Teen Spirit, sorti le 26 juin dernier est le premier passage derrière la caméra du comédien britannique  Max Minghella  ( vu dans The Handsmaid'tales avec justement Elizabeth Moss en héroïne).

Le scénario qu'il a écrit lui même  évoque  l’ascension fulgurante d’une jeune star de la chanson  à travers l'univers des télé- crochets (on pense beaucoup à la recherche de la nouvelle star).donc ne brille pas forcément par une folle originalité.

Toute la première partie   se déroule dans l'île anglaise de Wight, île bien connue pour son festival très marqué années 70, et on aime beaucoup cette partie où cette jeune fille- Elle Fanning, bien à son aise, dans un rôle plus dramatique qu'à l'accoutumée-  qui vit seule avec sa mère dans une ferme et qui fait la rencontre d'un ex tenor croate qui va lui servir de mentor ( l'acteur slave Zlatko Buric est formidable et très émouvant dans ce rôle).

  Max Minghella soigne particulièrement l'univers visuel du film , très ouaté, bleuté,  assez onirique, mais  malheureusement a du mal à tenir son récit,  le film perd en consistance dans sa seconde partie, et tout ce qui est centré sur le concours même déçoit un peu alors qu'on aurait pu s'attendre à quelque chose de vraiment croustillant sur les coulisses d'une émission de TV.  Et plus étonnant et ennuyeux, la bande originale et les chansons interprétées par la jeune héroïne ne marquent pas vraiment l'oreille.

On sent que le cinéaste a du mal à construire une intrigue et des personnages fouillés, et  a tendance s'enferme dans un rythme un peu mou et le film ne repose sur que sur son duo chanteuse/ mentor et peine à intéresser le spectateur dès qu'il s'en éloigne...

TEEN SPIRIT (Elle Fanning) - Bande annonce VOST

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On finit par le meilleur des trois ; le très euphorisant  3/ Wild Rose ( également à l'affiche depuis mercredi dernier) ; où l'on suit une  jeune femme qui se rêve chanteuse de country, qui a le malheur de vivre  à Glasgow et non pas à Nashville, la vraie patrie de la country.

Oublions l'argument marketing sur l'affiche, le bien  à coté de la plaque "vous pouvez oublier A Star Is Born " et apprécions  comme il se doit ce film qui met la country music à l'honneur avec talent et générosité. 

On pense peut etre à certains films américains sur la musique, qui racontent aussi des rêves de gloire , mais pas forcément au film avec Lady Gaga, et surtout on pense bien plus aux chroniques sociales britanniques à la Full Monty ou aux films de Loach avec  ce personnage de Rose-Lynn Harlan,  jeune mère anglaise qui a du mal à s'en sortir et qui rêve de vivre de ses chansons.

 

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Dans ce rôle la vraie révélation Jessie Buckley épate d'un bout à l'autre.

Chanteuse connue outre-manche pour ses performances dans  des émissions de télécrochet ( décidemment tous ces films ont des points communs) on l'avait déjà nettement remarquée pour  son rôle  il y a deux ans dans  le surprenant " Jersey Affairs" et elle offre ici une prestation toute en nuance, forte et fragile dans un même élan en proposant également , ce qui est forcément un bel atout pour le role,  un beau brin de voix 

 La mise en scène de Tom Harper est certes un peu impersonnelle mais elle suit pleinement à la trace son formidable héroïne, mère courage qui aimerait tant aller  viser plus loin que son terne quotidien.

Dans ce film où les femmes ont le beau rôle (et où les hommes sont inexistants ou antipathiques, à part Bob Harris, un animateur de radio qui joue son propre rôle), les morceaux de country sont vraiment mises en valeur, certaines séquences mettent  vraiment la larme à l'oeil  et  ce sont elles qui portent cette fort jolie fable sociale teinté d'un réalisme qui rend le film  aussi crédible que touchant.

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dimanche 21 juillet

Festival Avignon OFF #Jour4 : "Dieu est mort et moi...", "Seule(s) en scène" et "Suite Française", un trio gagnant !

On passe à la vitesse supérieure  dans notre journal de bord du Off avignon qui se termine dans une semaine avec trois pièces, cette fois-ci ! Et que des belles surprises...

1/ Dieu est mort et  moi non plus je ne me sens pas très bien et nous... on est ép-athés !

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Ce matin-là, j'ai assisté à la représentation d'un objet théâtral non identifié : Dieu est mort. Et moi non plus, je m'sens pas très bien qui entame sa première saison à Avignon après avoir eu un joli petit succès au Théâtre de la Contrescarpe - dont nous sommes, comme vous le savez si vous nous lisez un peu, assez fans.

Copyright : Xavier Cantat

 Dire que Régis Vlachos, auteur et interprète de cet OTNI, ne croit en rien, est un euphémisme. Il l'annonce d'emblée, le spectacle qui va avoir lieu est un spectacle sur la religion, autrement dit, sur la maladie mentale. Et il va nous le démontrer, à grands renforts d'exemples, et avec l'aide de son assistante (la géniale Charlotte Zotto, également à l'affiche de Cabaret Louise) qui vient nous rendre visite de temps à autre quand son odieux chef l'interpelle, une croix sur l'épaule ou une guitare électrique à la main. 

Copyright : Xavier Cantat

Dans le coffre géant qu'est cette pièce, vous allez trouver, en vrac : des peluches symbolisant chacune le représentant d'une religion, une TV diffusant des clips de Michel Sardou, une chouette empaillée appelée Dieu, un poisson rouge paniqué dans son bocal, les portraits de deux comédiens drôles et exaltés, les pages d'un texte savoureux, émaillé de jeux de mots exceptionnels.

Alors bien sûr, si vous n'êtes pas du genre à prendre du recul sur ce genre de sujet, vous n'en apprécierez peut-être pas tous les effets. 

Mais comme on dit, on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui... Avec Réglis Vlachos, seulement.


 Tous les jours à 13h45 au Théâtre Le Cabestan

 2/ Elles sont Seule(s) en scène... Et dans mes 5 coups de coeur du OFF !

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Seules sur scène, trois jeunes filles assises (Jessica Berthe, Pauline Büttner et Marie-Line Vergnaux) attendent l'éternelle retardataire de la bande (Chloé Chycki) pour pouvoir commencer la répétition d'une pièce qu'elles semblent travailler depuis un petit moment, avec une metteuse en scène (Claire Olier) très exigeante aux commandes. Pendant ce temps, elles jouent (sans grand enthousiasme) des scènes d'une parodie de pièce policière - sorte de mélange entre le Cluedo et les Faux British arrosé à la mode des sixties, entrecoupé de réclames sur la formidable brosse qui lustre, Nénette - où chacune joue, suite à l'effroyable disparition d'une valise de costumes et de la découverte d'un cadavre dans les loges de la Diva, de manière volontairement exacerbée, l'indignation, l'angoisse, la peur, à grands renforts de cris stridents, de mains en l'air (à hurler de rire)...

Mais rien ne va se passer comme prévu pendant cette répétition, au grand dam de la metteuse en scène qui déplore de voir son oeuvre aussi bâclée, qui s'agace de voir ses comédiennes prendre les choses aussi à la légère, se plaindre d'être perchées sur des talons de 14cm et de parler comme des nunuches. Leurs questions, leurs remarques sur les petites contradictions qu'elles émettent sur ses instructions achèvent de la mettre hors d'elle. Au fur et à mesure, la tension monte, aussi bien dans la pièce-dans-la-pièce, qu'au sein de la troupe elle-même, et les révélations vont finir par exploser... Avec des rebondissements en cascade !

Mais qu'eeeeeeest-ce qu'elles sont drôles, ces cinq comédiennes ! Jessica Berthe, Pauline Büttner, Marie-Line Vergnaux, Claire Olier et Chloé Chycki ont toutes un talent et un naturel fous, une personnalité propre qui les rend chacune attachante. Leur complicité saute aux yeux, et leur énergie, leur envie de nous embarquer dans leur jeu, n'en sont que plus vives. J'ai eu un plaisir fou à être aux premières loges de cette répétition où tout part en vrille.

 Si vous aimez le procédé du théâtre dans le théâtre - surtout quand il est aussi originalement exploité -, voir des comédiennes qui ne se prennent pas au sérieux, et tout simplement, si vous aimez vous tordre de rire, un seul mot : FONCEZ ! 

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 Tous les jours, sauf le 28 juillet à 17h35, au Théâtre des Barriques, 8, rue Ledru Rollin

3/ Suite Française : une si belle adaptation du chef d'oeuvre d'Irène Némirovsky 

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Suite Française, c'est une histoire dans l'Histoire. C'est le roman d'un amour interdit qu'Irène Némirovsky a composé en deux parties - qui ne sera publié qu'à titre posthume chez Denoël -, en 1942 avant d'être déportée à Auschwitz où elle a péri.

Nous sommes en 1941, dans un village de Bourgogne qui assiste, impuissant, aux débuts de l'invasion allemande. Dans la maison des Angellier, tout respire l'absence du fils unique prisonnier de guerre dont la mère (Béatrice Agenin) attend obstinément le retour. Sa femme, Lucile (Florence Pernel), contrainte de composer avec cette belle-mère qui la déteste, semble attendre que quelque chose arrive, mais sûrement pas le retour de ce mari qu'elle n'aimait pas. Leur bien-dévouée Marthe (Emmanuelle Bougerol en alternance avec Pauline Vaubaillon) est la seule à amener un peu de joie dans cette maison triste. La première scène s'ouvre sur ces trois femmes, affairées, paniquées, qui s'appliquent à répertorier et à cacher les objets de leur maison, avant que ne débarque Bruno von Falk (Samuel Glaumé), un officier de la Wehrmacht, qui viendra prendre ses quartiers chez elle. Contrairement à ce à quoi elles s'attendaient toutes, le bel officier ne ressemble en rien aux SS qui sèment la terreur dans leur pays, et Lucile, est la première à tomber sous son charme...   

Pour la deuxième année à Avignon, le roman phare d'Irène Némirovsky prend vie sous nos yeux grâce à l'excellente mise en scène de Virginie Lemoine. Elle a réussi un véritable tour de force en alliant poésie, tension - qui atteindra son climax au moment où les trois femmes hébergeront un paysan recherché par les allemands (Cédric Revollon) - et humour - grâce notamment à la gouaille et au franc-parler d'Emmanuelle Bougerol et de Guilaine Londez qui viennent alléger des moments de tension parfois insupportables). L'interprétation impeccable de chaque comédien contibue à faire de cette adaptation un moment suspendu auquel on a l'impression d'assister comme des privilégiés, une histoire qui nous fait vibrer, nous tient en haleine, nous émeut.

De très beaux effets de lumières et de sons - grâce au superbe travail conjoint de Sébastien Angel, Stéphane Corbin et Denis Koransky - nous permettent d'entrevoir et d'entendre résonner un piano derrière un mur, une scène de nuit dans un champ, bercée par le chant des oiseaux.

Vous aurez compris le message... C'est à voir !

 Tous les jours à 20h10 sauf le 23 juillet au Théâtre du Balcon, 38, rue Guillaume Puy

 

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