Baz'art : Des films, des livres...

mardi 19 janvier

Autobiographie :Yarol Poupaud , un musicien vraiment « Électrique »

 

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"Ok, on y va. Il finit par se lever. Oublié, l'homme fatigué  du Bourget, voilà le chanteur aux plus de 300 000 concerts impatient d'en découdre une nouvelle fois. Le boxeur se rue sur le ring. Le fauve galope vers l'arène.Noir salles, fumigènes, c'est parti. Pendant le show, il est chez lui sur les planches.

Yarol Poupaud est un musicien qui fait partie des très grands de la scène rock française, il   essentiellement reconnu pour avoir pour le groupe FFF, mais aussi comme guitariste  et directeur musical de Johnny

Dans son autobiographie, baptisé comme une évidence Electrique,  Yarol Poupaud  se raconte sans far, lui dont la trajectoire électrique a épousé celle de la musique.

Il raconte ainsi  sa passion des l'age de 8 ans pour Elvis Presley  qu'il a découvert à la mort de celui ci. Il relate aussi son parcours scolaire chaotique, son enfance avec sa mère attachée de presse de cinéma d'auteur- grâce à elle, il a eu Isabelle Adjani comme baby sitter - et son frère Melvil, l'acteur que l'on connait   et évidemment dans la derniere partie , sa rencontre avec Johnny,  au cours du tournage du  film "Jean Philippe" pour lequel il voue une admiration sans bornes.

Electrique" propose ainsi  une  immersion totale dans l’univers du rock’n’roll, aux phrases syncopées et qui épouse un peu le même rythme et  la même 'énergie que le musicien impulse sur scène.

Petit bonus du livre,  Yarol nous invite avec une playlist à la fin de chaque chapitre à visiter son univers musical. On prend alors du temps pour aller sur internet écouter les chansons qui partagent la vie de Yarol depuis quatre décennies. 

De quoi encore plus  plonger dans l’univers d’un rockeur jusqu'au bout de la gratte !

Yarol Poupaud « Électrique »,  écrit  en collaboration avec Frédéric Beghin,  édtions Plon, 12 novembre .

 

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La beauté du ciel : quand la fille de Romy Schneider raconte sa vie loin de sa mère, icone sidérale...

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"Qu'est-ce que je peux faire ? Elle était actrice bien avant que je naisse, elle avait une vie bien accomplie. Alors, je partage".

Les rares fois où l'a on vu jouer  la comédienne Sarah Biasini. au théâtre, notamment dans sa première pièce, une adaptation d'une pièce de Neil Simon, Pieds nus dans le parc , on n'a pu s'empecher de penser à  sa mère, la  mythique Romy Schneider dont elle a le même  visage et les yeux  l

Une mère décédée alors que Sarah n’avait que quatre ans et dont on pressentait les effets importants que sa présence/absence avait  pu avoir sur sa vie. 

Cet impact, que l'on subodorait seulement, elle nous le dévoile dans son premier livre, récit autobiographique qui parait en ce début 2021 chez Stock, 

À l’heure de devenir mère,  à près de 40 ans, Sarah Biasani  qui affirme porter depuis longtemps en elle l’envie d’écrire , s'adresse à sa fille qui va naitre pour lui raconter ce que c'est que devenir mère lorsque l'on n'a plus la sienne depuis si longtemps et que son frère, David est décédé tragiquement quelques mois avant sa mère. 

 

Sarah Biasini complexe face à sa mère Romy Schneider : "choc" et "laideur"

Comment envisager la vie quand l’amour familial semble phagocyté  par le spectre de la mort et qu'il faut taire ses angoisses qu'on a à la crainte de mourir trop tot pour son enfant ? Comment trouver sa place à l’ombre d’une icône planétaire  adulée pour sa beauté et son talent éclatant notamment dans les films de Claude Sautet?

La beauté du ciel;, qui démarre le 1er mai 2017 lorsque des policiers lui informe que la tombe de sa mère est profanée,   est ainsi l'occasion d'aborder différentes thématiques liées à la transmission et de présenter une vision plus intime de l'icone qu'était Romy Schneider.

Parfois gardienne du temple, Sarah Biasini confie avoir beaucoup de mal à supporter que d'autres s'approprient l'histoire de sa mère.

Elle critique ouvertement dans un chapitre en entier   le film Trois jours à Quiberon d'Emily Atef qu'on a pourtant trouvé très beau de notre coté  , mais on peut comprendre  que l'image de femme dévastée, torturée par ces démons que lui renvoie ce film ainsi que d'autres séquences très connues de Romy- on pense à la scène d'introduction de l'Important c'est d'aimer que Sarah dit aussi détester- ne corresponde pas aux souvenirs qu'elle veut conserver de sa mère, partie bien trop tot. 

Dans ce récit sincère et  pudique,  sans un mot de trop. qui fait un peu penser dans sa forme et construction au Big Bang d'Irène Jacob,  Sarah Biasani creuse son rapport à sa mère et à sa vie dans son ensemble.

«La beauté du ciel», Sarah Biasini. Éditions Stock; Janvier 2021

 

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Le Grand jeu: les jolis tours de passe passe de Graham Swift, grand magicien de la littérature anglaise

 

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"Le spectacle doit continuer.Mais le faut il vraiment? Qui en décide?Quand on a t-on le droit de dire que maintenant c'est fini, qu'il n'y a plus de spectacle? De toute façon, celui ci n'avait été qu'un fragile assemblage, fait de bric et de broc pour l'été, tout au bout d'une jetée. Jack avait dit qu'il avait fait son temps,  que tout serait emporté par la marée sous ses pieds. Et il avait enlacé Evie."

Eté 1959,  station balnéaire de Brighton Palace:  Jack Ronnie et Ewie sont les acteurs principaux du  héâtre au bout de la jetée  qui  connaît, grâce à eux trois, sa meilleure saison estivale depuis des années. 

Ronnie, un jeune magicien brillant, et Evie, sa sublime et éblouissante  assistante éblouissant,, attirent le public chaque soir.  A leurs cotés le fidèle  Jack Robinson, artiste né,  organise tout le spectacle en maitre de cérémonie d'un spectacle  qui étincelle de mille feux. 

À mesure que l’été progresse, les  tensions hors scène entre les trois , les amours et les trahisons notamment,  commencent à éclipser leur succès théâtral. Le lecteur va se rendre alors vite compte que les événements qui  se sont déroulés au cours de cet été 1959 auront des conséquences durables pour leurs avenir à long et moyen terme. 

Grahim Swift, grand auteur britannique- Le Pays des eaux,  Le dimanche des mères- revient à plus de 70 ans avec un roman qui semble d'un classisisme un peu désuet de prime abord, avec ce qui pourrait laisser croire de prime abord à une banale histoire de triangle amoureux, mais celle-ci dévoile tous ses tours et ses richesses au fur et à mesure de son récit.

En mélangeant poésie du merveilleux et réalisme âpre, et en faisant des bons en avant et en arrière dans la chronologie, Le Grand Jeu est un de ces romans, qui comme ses protagonistes principaux , dévoilent tous ses charmes et ses artifices peu à peu .   

 L’écriture de Graham Swift, qui parait plutot lisse de prime abord, insiste  avec grande subtilité, un peu sans en l'avoir l'air, sur ces instants de bascule où les relations entre les personnages changeront à jamais.

Et en grand maitre du roman classique, son portrait d'une Angleterre des années 60, à la fois féérique et mélancolique  et sa peinture des coulisses du monde de la magie- un peu comme le fait Christopher Nolan dans son film Le Prestige- est peint avec une douce ironie typiquement british-  et une maîtrise incroyable.

Assurément, un des grands romans de la rentrée étrangère de cet hiver 2021.

« Le grand jeu », Graham Swift. Traduit par France Camus-Pichon, Gallimard, 185 pages, 18 euros.

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lundi 18 janvier

Bacri n'est plus.... tss ça m'énerve, ça !!

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 A la fin de notre dernière chronique sur Place Publique, son dernier long métrage co réalisé et co écrit avec sa fidèle complice Agnès Jaoui , on affirmait souhaiter  que nos deux comparses, qu'on a tant aimé dans les mythiques " Un air de famille," "Le gout des autres", "au bout du conte" ,"Smoking NO Smoking" ou encore   On connait la chanson "écrit pour Alain Resnais, reviennent très vite avec de meilleures nouvelles cinématographiques.

C'est vrai qu'on était un peu chiffons devant ce "Place publique", où,  un peu  bête et  méchant l'on reprochait que "Bacri fasse  du Bacri "mais en moins bien-

Car, comme le dit Vincent Lindon dans une interview, heureusement que Bacri fait du Bacri, Lucchini du Lucchini et Depardieu fait du Depardieu., ils vont pas se mettre à faire autre chose quand même.

En tout cas, on est désormais certains d'une chose: Place Publique est la dernière fois que Bacri viendra nous montrer la vision de sa société puisqu'on a appris sa disparition ce lundi 18 janvier et on a du mal à s'en remettre, on se dit que cette année 2021 qui commençait déjà bien mal pour le cinéma n'a pas fini de faire du mal..

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Car Bacri, comme je l'avais confié ici même en 2012  je lui vouais un culte depuis plus de trente ans,  depuis que j'ai vu Mes meilleurs copains et j'ai continué à l' apprécier sans réserve jusqu' à son role génial dans l'excellentisime Le Sens de la fâte des Toledano Nacache il y a trois ans .

Comme beaucoup des cinéphiles de ma génération, j'étais et suis toujours un fan absolu de Bacri, aussi bien de son jeu d'acteur tout en nuance, des ses talents d'observateur du quotidien (qu'il déploie  évidemment évidemment sa compagne Jaoui), de son  sens de la répartie, de son regard bourru mais tellement plein d'humanité sur la société.

Un peu trop facile de le caricaturer comme sa marionnette des Guignols en raleur que tout énerve, l'acteur et l'homme en interview offrait souvent une gamme bien plus nuancée, plus tendre qui  pouvait le rendre parfois extrêmement touchant et mélancolique. 

Quant à son duo avec une Agnès Jaoui qu'on imagine inconsolable, depuis Le gout des autres, leur premier film,  impossible de ne pas être constamment emerveillé par leur capacité à mettre le doigt  sur les travers de la société tout en posant sur elle et les humains qui la composent un regard plein d'humanité.

J'étais totalement  séduit par la capacité du couple à mettre en avant ce qui fait mal dans notre société contemporaine,  dans notre rapport à l'amour, aux autres, et ce, grâce à une écriture toujours subtile, toujours juste, toujours tranchante...

En guise de salutations, on aimera se souvenir d'un  Bacri,  à la rencontre avec le public du film herchez Hortense de Pascal Bonitzer cette meme année 2012 qui nous avait semblé  d'excellente humeur et  très gentleman.

On était frappé par sa disponibilité lorsqu'il montait lui même dans la salle pour apporter le micro aux spectacteurs qui levaient la main et ne semblaient pas revenir de sa gentillesse, à des années lumières de cette image de ronchon mal luné..

Gageons que c'est cette image là que les fans de JP garderont en mémoire ce soir ..

 

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Tout peut s’oublier; le dernier Olivier Adam, roman déchirant dans la psyché d'un père loin de son fils

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'Après tout la vie était comme ça. Les grandes joies se mêlaient aux chagrins les plus profonds. Les espoirs les plus fous à l'incertitude la plus absolue. On n'y pouvait rien. C'était le grand manège. Un foutu bordel. du grand n'importe quoi."

Nathan, exploitant de salles de cinéma un peu désabusé et qui semble extérieur au monde qui l'entoure,  vit  en Bretagne ( dans une ville qui ressemble autant  ) Dinard qu'à Saint Malo), récemment séparé de son épouse, japonaise, Jun,  avec qui il a  eu un enfant, il ya 5 ans  Léo.

Un beau jour, il se rend compte que Jun a quitté la France pour partir avec leur fils au Japon vivre la bas et avait préparé son coup  sans rien dire à Nathan.

Ce dernier, d'abord totalement désemparé, va vite se rendre compte qu'il  se retrouve dans une bien facheuse posture .

En effet, il apprend vite qu'en cas de divorce, le droit japonais donne la garde de l'enfant exclusivement au parent nippon, ici la mère. tandis que l'autre parent est vu comme un étranger qui n'a aucun droit de visite sur sa progéniture.. 

On connait l'amour d'Olivier Adam pour le Japon, lui  qui a passé plusieurs  mois  de sa vie la bas dans le cadre d'une résidence d'écriture,

On se souvient que l'auteur des Lisières  avait dit un jour que ce  pays était pour lui source d'émerveillement et de foisonnement d'histoires de toutes sortes. comme ce "Tout peut s' oublier" en est une belle preuve.

Cela faisait dix ans et "le coeur régulier"qu'Olivier Adam n'avait pas ancré ses histoires dans le pays du soleil levant et cette histoire d'enfant qu'on retire d'un coup à son père, fortement inspiré de plusieurs histoires réelles.

Sauf que là, même si l'amour pour les paysages japonais et même pour les gens semblent intacts dans le regard de son auteur- ou plutôt de son personnage, qui , comme souvent dans ses romans, est un double littéraire assez proche de lui-, les institutions et la société japonaise.

Celle ci en prend d'ailleurs un méchant coup au passage avec la réalité d'une pourtant grande démocratie qui ne reconnait pas l'existence de l'autorité parentale telle qu'on la connait chez nous  et qui semble bafouer les réglements internationaux les plus élémentaires sur le droit des enfants..

L'intrigue pourrait faire penser à une version de Jamais sans ma fille japonaise et avec un homme dans le role de Betty Mahmoudi , mais ca serait évidemment faire fi de la qualité de plume d'un romancier parfois inégal mais qui retrouve ici le tout meilleur.

« Comme si pour toi la vraie vie se passait dans les films. Et que le réel n’était qu’une fiction que tu regardais de loin, à distance. »

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En s'attachant aux traces, et en plongeant dans la psyché d'un père à la dérive, homme  pudique et un peu trop extérieur au monde qui préfère les films- japonais souvent -à la vie, Olivier Adam rend palpable et déchirant cette quête paternelle pour retrouver son enfant dont il est séparé à des milliers de kilomètres de lui.

Construit de façon non linéaire avec allers retours permanents entre passé et présent, procédé qu'Adam maitrise à la perfection, et surfant avec grande maitrise sur la crète du polar anxiogène, notamment dans ses dernières pages, Tout peut s'oublier- extraite de la phrase d'un Jacques Brel dont le personnage de femme, Jun, particulièrement francophile, est fan-,  est un roman formidable.

En effet, ce roman qui est à la fois d'une grande virtuosité littéraire et d'une belle (mais fausse) simplicité, émeut profondément.

Comme souvent, la vision du monde d'Adam est très sombre, mais il sait parsemener son récit de quelques notes d'humour salvatrices, notamment sur le cinéma ( on n'a pas l'impression que notre Olivier Adam préféré aime beaucoup le cinéma de Nicolas Bedos).

Et son auteur, avec qui on a eu la chance d'échanger en fin de semaine dernier lors d'un entretien passionnant qu'on espère vous retranscrire rapidement, signe sans doute à la fois un de ses romans les plus bouleversants et les plus prenants de sa bibliographie et de ce début d'année 2021.

Et comme il est aussi beaucoup question de chansons française dans ce livre , on clôture cette chronique avec le morceau qui donne le titre à ce roman, et on comprend à la fin du livre la portée du titre en question. 

★★★★

Tout peut s’oublier

Olivier Adam, Flammarion, Paris, 2021, 264 pages; janvier 2021 

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