debordeeSelon un sondage Ipsos paru très récemment, il parait que 90% des français ont une bonne opinion  des fonctionnaires. Cela est assez étonnant, vu que l’image des fonctionnaires est souvent très négative, et que la représentation de glandeurs passant leur journée  de travail à en faire le moins possible  a encore de beaux jours devant elle.

 

Cette image avait d’ailleurs été bien confortée par la sortie  début 2009 d’un ouvrage écrit sous le  pseudonyme de Zoé Sheppard, par une haute  fonctionnaire territoriale, Absolument débordée (ou le paradoxe du fonctionnaire), qui avait pas mal provoqué de remous que l’auteur n’avait pas forcément envisagé au départ.


Il faut dire que cette  Zoé Sheppard n’était pas tendre  du tout avec son institution, un repère d’incompétents notoires totalement décérébrés. Pas sur en effet que les anciens collègues –et supérieurs hiérarchiques- ont apprécié de se voir attribuer le charmant diminutif de « coconne » ou « simplet ».

 

Les fonctionnaires étant soumis au principe de réserve, la fonctionnaire rebelle fut rapidement identifiée et après pas mal de tergiversations, fut suspendue pendant 4 mois de la fonction publique, mais les droits d’auteurs qu’elle a perçu grâce au succès de son livre lui ont largement permis de compenser cette absence de salaire.

 

Évidemment, dans un contexte de politique gouvernementale tendant à réduire la voilure de la fonction publique,  ce livre fut une aubaine pour conforter le discours selon lequel il y avait en France beaucoup trop de fonctionnaires payés à ne rien faire. Invitée à s’exprimer dans plusieurs médias, Zoé Sheppard a cherché à chaque fois à ne pas reconnaître le coté pamphlétaire de son ouvrage, prétextant qu’elle s’était simplement bornée à   raconter sa propre expérience personnelle, sans jamais chercher à généraliser.

 

Le fait est que  ce livre, toute première immersion à l’intérieur d’une grande administration,  a été, par sa férocité et sa cruauté,   très peu apprécié par les hautes sphères de la fonction publique territoriale.


Faisant moi-même partie de cette corporation, j’en ai entendu parler dès sa sortie, mais avais préféré laisser  passer un peu de temps avant de le lire.

 

Résultat des courses : même si je fais partie de ceux qui  ont tendance à défendre bec et ongles  la fonction publique dès qu’elle est attaquée, j’ai été obligé de reconnaître la justesse  du portrait, et surtout la capacité à l’auteur de trouver un angle  assez percutant et surtout drôle.


Forcément,  même si le trait est quand même un peu appuyé, on reconnaît ici ou là un de ses anciens collègues ou anciens supérieurs hiérarchiques, et ces  réunions de service où l’essentiel est surtout de faire en sorte qu’aucune décision importante ne soit prise  sont évidemment familiers à tout fonctionnaire territorial, quelque soit son champs de compétence.

Certains passages, notamment ceux avec les ressortissants chinois, sont vraiment jouissifs  à lire.

 

Cela étant, et c’est pour moi la vraie limite de l’ouvrage : j’ai quand même une impression que Zoé Sheppard manque d’un peu d’humilité, et tout l’ouvrage, surtout au début d’ailleurs ne fait que conforter ce sentiment : "tous nuls et cons, sauf moi".

Pas un, à part peut-être un élu, et son premier chef - à coté de la plaque, mais assez attachant- n’échappe à sa plume assassine. Pour que l’identification puisse se faire, j’aurais aimé un peu de recul,  d’autodérision, qui font ici cruellement défaut à l’auteur.


Mademoiselle  Sheppard ( Boulet de son vrai nom, ca fait moins classe quand même) est catégorie A+ ,elle le dit plusieurs fois dans l'ouvrage, et, du coup, est forcément plus cultivée, plus brillante que les autres, élus y compris. 


A part ce bémol, l’ouvrage a quand même une vraie force et un vrai point de vue, mais  on appréhende un peu l’adaptation cinématographique actuellement en projet qui risque, pour le coup, de plonger la tête la première dans la caricature du fonctionnaire qui n’en rame pas une.