farguesPour un homme comme moi, un type comme Nicolas Fargues est quand même super agaçant: beau -d'un physique qui fait craquer toutes les filles en fleur ,et aussi les autres- célèbre, intelligent et aussi, reconnaissons le en toute objectivité, vraiment talentueux.

En effet, dès son premier roman, One Man show, j'ai vite admis que Fargues possédait une plume et un ton assez singulier dans le paysage de la littérature française: un regard à la fois plein d'ironie et de dérision sur  la société actuelle et ses contemporains, mais aussi un recul et une manière de ne pas se ménager soi-même. Bref, Fargues sait manier l'autodérision, et du coup cette modestie, calculée ou non, fait mouche.

Cela est particulièrement vrai dans ce qui constitue selon moi à ce jour son meilleur roman :J'étais derrière toi,  à la fois description au scalpel d'une rupture et chronique d'une nouvelle histoire d'amour qui commence. Le narrateur du roman semblait au départ lache et peu sympathique, mais sa manière de reconnaitre ses tares et ses responsabilités fait qu'on ne pouvait le prendre complétement en grippe.

Hélas, cette patte, présente dans tous les autres romans de  Fargues, se retourne contre lui dans son avant romandernier ouvrage, Le Roman de l'été, sorti en poche récemment, et que je viens de terminer.

Pourtant, sur le papier, ce roman  s'affiche comme plus ambitieux que ses précédents: Oeuvre chorale  regroupant différents personnages, qui se croisent et se décroisent autour d'un même lieu, un village de campagne normande.

Mais malgré ses bonnes intentions, il est difficile d'adhérer  totalement au projet, avant tout, en raison du peu d'humanité que met Fargues dans ses personnages.

Ici, du personnage principal, ce John, néo écrivain, totalement misanthrope et vaguement déprimé; au maire UMP et complétement niais du village, en passant par un couple de voisins villageois bien beaufs, tout le monde est soit égoïste, soit bête, soit lâche, soit les 3 à la fois. Le pire personnage étant encore ce jeune rockeur qui fait penser aux membres des groupes du style BB Brunes, que rien ne viendra racheter.

Heureusement, en quelques situations bien trousées et d'autres personnages plus finement campées (notamment la fille du narrateur, avec de jolies scènes de trouble lesbien), Fargues nous montre qu'il n'a pas  vraiment égaré son style, mais qu'il  est plus paru  quelque peu dépassé par l'ampleur du projet. Sans vouloir jouer les facheux, ce genre de saga multipliant les personnages et les situations sied bien mieux aux auteurs américains, de Jonathan Franzen à John Irving.

Du coup,  Nicolas Fargues semble avoir appris les leçons de cet échec, puisque son dernier roman  sorti à ce jour, "Tu verras", que je n'ai pas encore lu, a été  très bien reçu, et qui a notamment eu le prix France Culture-Télérama. Dans ce roman, au thème trés douloureux (la mort d'un enfant à travers la douleur de son père), il semble revenu à un récit plus intimiste, et semble également, d'après tous ces échos favorables, avoir retrouvé tout sa verve et ses aptitudes.

En résumé, Fargues n'a pas fini de me captiver...et de m'irriter pour les mêmes raisons!!!