coeurJe vous l'ai déjà dit: concernant mes goûts culturels, j'ai quand même une légère tendance au masochisme. Je m'explique : au lieu d'être attiré par les oeuvres solaires et gaies, j'ai une propension naturelle à aller vers le noir et le glauque.

Par exemple, quoi de plus léger comme roman à emmener sur les plages de Bretagne cet été qu'un récit, largement autobiographique, d'un hollandais de 35 ans, Stinj, dont la femme, Carmen, même âge, meurt à petits feux d'un cancer du sein, alors que lui, tout en la soutenant fortement dans cette épreuve, multiplie les laisons adultères pour que son corps puisse exulter, en même temps que celui de sa femme l'abandonne?

Comment cela, ce n'est pas la meilleure lecture d'été qui soit, une chronique ,dans le  menu détail, d'un cancer généralisé, et qui ne nous épargne aucun détail de la déchéance d'un corps?

Ce livre, sorti il y a 4 ans en France, est écrit par un certain Ray Kluunray, devenu très célèbre au Pays Bas, son pays natal, où le livre a connu un succès énorme et déclenché pas mal de polémiques également. En France, il a fait grincer aussi quelques dents chez les féministes, mais la plupart des gens qui l'ont lu ont reconnu, avec objectivité, la puissance émotionnelle de ce texte, souvent cru, parfois dérangeant, mais constamment bouleversant.

Plus Carmen sombre, plus son mari aura besoin de s'échapper par l'alcool et surtout par le sexe, car, se définissant  comme "monophobe", son besoin de voir ailleurs sera encore bien plus fort avec la Grande Faucheuse qui rôde tout autour. Mais Stjin ne fera pas qu'avoir des histoires sans lendemain, puisqu'il entretiendra également une liaison sentimentale avec Rose, cette relation lui faisant comme une bouée de sauvetage

Le couple a également une petite fille, d'à peine un an lorsque la maladie de sa mère sera déclarée, et évidemment trouver un équilibre familial dans ce marasme n'est pas de tout repos, et l'auteur, qui a vécu cette histoire à peine romancée arrive parfaitement à nous faire revivre  l'intimité de cette épreuve qu'il a traversée.

Certes, même si on ne peut juger sans connaitre la même situation, on peut quand même trouver l'attitude du narrateur lâche et condamnable, et le trouver parfois dépourvu de sensibilité, mais,  dans la dernière partie du roman, certainement pris par l'étau de la culpabilité, il abandonne sa liaison extraconjugale pour se consacrer à 100% aux derniers jours de sa femme. Et cette dernière partie, où la mort se rapproche à pas de géant, est certes terriblement éprouvante, mais en tous points bouleversante.

En plein coeur est donc un livre qui fait réflechir, voire débattre (sur l'euthanasie par exemple, qui est légalisé en Hollande), et qui, aucunement, ne peut laisser indifférent. Ce qui, par rapport à la majorité de la production littéraire française, est déjà un argument imparable pour vous recommander cette découverte littéraire.