le sauvaRevenons un tout petit peu sur mon titre car certains cinéphiles avérés pourraient tiquer. L'adjectif "ancien" ne va peut-être pas totalement convenir au film dont je veux parler dans ce billet,puisque certains ne parlent que de vieux films pour les oeuvres des années 20 à 50, ce qui n'est assurément pas le cas pour celui-ci.

En effet, la semaine passée, j'ai profité de mon accréditation presse accordée trés généreusement par les organisateurs du Festival Lumière( festival qui dure encore jusqu'à dimanche soir) pour aller voir un  des films proposés dans la catégorie Déja Classique et qui rassemble, depuis la première édition, des films français sortis dans les années 70 et qui ont connu un tel succès-public ou d'estime- que le Festival nous propose séance spéciale autour de l'oeuvre en question.

Mais en fait, ce qui faisait la  particularité de cette projection du film Le Sauvage (puisque c'est bien de ce film dont il s'agit, vous aviez peut-être reconnu l'image d'une des premières scènes de ce film ), c'est qu'il faisait partie aussi d'un autre volet de la sélection, à savoir "les films restaurés".

En effet, et cela nous a été longuement annoncé avant la projection du film, par Serge Toubiana, le directeur de la cinémathèque française, et le réalisateur, Jean Paul Rappeneau lui même, le film  a retrouvé une véritable "seconde jeunesse" grâce à une version restaurée supervisé par le cinéaste lui-même et Pierre Lhomme, directeur de la photographie en 1975, et avec l'aide de la cinémathèque française, et le soutien du Fonds Culturel franco-américain et des studios de production, Studio Canal, et Carlotta Films.

Bien que le film n'ait que 35 ans, les protagonistes à l'origine de cette intervention nous ont expliqué que lale-sauvage pellicule utilisée par Jean Paul Rappeneau était à l'époque un nouveau modèle, mais qui avait l'inconvénient de se détériorer trés rapidement, avec l'usure du temps et des différentes utilisations. D'ailleurs, je me souviens moi-même avoir vu le film à la télévision avec mon père, et j'en garde un souvenir d'image un peu craquante, un peu surrannée.

Or, dès les premières images du film, il est évident que le travail de restauration fait autour de cette fiction est absolument remarquable. L'image et la lumière éclate comme si le film avait été réalisé  aujourd'hui, mais l'entreprise de restauration ne se contente pas de se cantonner au visuel: en effet, la musique de Michel Legrand elle même (qui contribue beaucoup selon moi au charme du film) a té réenregistrée et repositionnée sur la bande son du film.

rappeAlors, certes, je ne dirais pas forcément que le film lui même n'a "pas pris une ride", comme l'expression coutumière le prétend, certaines scènes, certains décors, costumes ou coupes de cheveux sonnent un peu datés, mais avec ce nouvel éclat, on peut vraiment apprécier le sens incroyable du rythme donné par Rappeneau à sa mise en scène: ca court dans tous le sens ( même si d'après une confidence de  Rappeneau avant la projection, Montand réchignait un peu à ce que son personnage cavale), ca pétarade de partout, et les dialogues fusent avec un débit de mitraillette assez irrésistible.

Et bien sur, avec ce nouveau paquetage, on ne peut qu'apprécier avec encore plus d'acuité l'alchimie totale du couple Deneuve/ Montand, couple absolument magnifique dans tous les sens du terme, dans deux rôles si diamétralement opposés ( elle, la fausse ingéniue vivervoltante et bien chipie, lui, le macho bourru et si humain en même temps) mais en même temps si complémentaire, ce qui fait le sel de toute comédie sentimentale réussie.

Avant la projection, le réalisateur  du film Jean Paul Rappeneau (à qui on doit aussi Cyrano de Bergerac ou le Hussard sur le toit) nous a confié que Serge Toubiana et ses acolytes lui avaient réservé un vrai et beau cadeau avec ce nouvel habillage pour son "bébé". Il va de soi que le cadeau est également pour les spectacteurs.

Car, et je finirais par cela, je vous informe que cette copie restaurée du Sauvage n'était pas que réservée aux heureux spectateurs du Festival Lumière, mais que le film ressort dans quelques salles en France depuis ce mercredi, ainsi qu'en DVD ( à 9.99€, c'est cadeau, non?) et en Blu Ray, j'espère vous avoir convaincu de voir- ou revoir ( car il a été pas mal diffusé à la télé à un moment) ce film, afin que ce travail de restauration ne soit pas inutile et pousse les  personnes travaillant dans ce secteur à redonner une nouvelle vie à d'autres chefs d'oeuvre du cinéma français qui ont mal résisté à l'épreuve du temps.


Le sauvage