le-complexe-du-castorA l'époque de la sortie du film Le complexe du castor, je n'avais pas encore commencé ma rubrique " les 3 films à voir cette semaine", mais si ca avait été le cas, nul doute que je l'aurais classé parmi cette sélection, d'autant plus que d'après mes souvenirs, peu de films susceptibles de me passionner étaient sortis la même semaine, le 25 mai dernier.

Il faut dire que le pitch avait de quoi m'intriguer. Si je veux tenter de le résumer, ca peut donner cela : "c'est l'histoire d'un cadre américain, Walter, joué par Mel Gibson himself, qui est tombé il y a 2 ans dans une profonde dépression depuis  et qui  décide un jour de communiquer exclusivement par le biais d'une marionnette de castor qu'il tient en mains et qu'il fait  parler avec un accent irlandais de derrière les fagots".

Bref, sur le papier, le projet est vraiment original, excitant, mais également trés périlleux, car le grotesque n'est pas loin. Le fait qu'il  soit initiée  par Jodie Foster, star américaine, mais avec une sensibilité toute europeéenne, et qui en est aussi la réalisatrice, est du du coup assez logique.

En effet, le film reste intriguant tout le long, sans jamais suivre de route balisée. Il est ici question, dès le début du film, de dépression, et elle nous est jamais montrée de façon édulcorée: le personnage de Mel Gibson passe ses journées à dormir, à se bourrer de tranquilisant et à vivre sa vie comme un automate, et c'est vraiment l'utilisation de cette peluche  afin d'extérioriser toutes les choses qu’il n’ose pas dire à sa famille et ses collègues qui pourra servir de déclencheur. La marionnette devient alors comme une nouvelle personnalité, un nouveau Walter, plus positif et sûr de lui. Et seule cette marionnente qui pourra lui donner l'illusion qu'il peut s'en sortir. 

 Mais évidemment, les autres, d'abord plutôt compréhensifs, ne pourront, au bout du compte, accepter  tropjodie longtemps cette tierce personne qui semble si différente du Walter d'antan, et la séparation entre Walter et son double en peluche sera inéluctable.

Cette idée de marionnette comme aide extérieure à la communication m'a semblé particulièrement sensée : il est trés fréquent que l'individu se serve d'accessoire pour faciliter le rapport à autrui :il peut s'agir d'une moustache derrière laquelle on se cache,ou dans une autre mesure, d'écran d'ordinateur interposé. Ici, c'est cette marionette de castor, à la fois anodine et terrifiante (on pense à certains films d'horreur, comme Chucky la poupée de sang sans que le film ne soit jamais gore) qui  fait office d'éxutoire à Walter.

Le complexe du castor nous dit donc des choses intelligentes et sensibles sur la dépression et l'image que l'on renvoie à l'autre, mais tend  également un miroir  fort juste sur la famille américaine (et même occidentale), à mille lieux de la plupart des comédies familiales US si caricaturales. Plombée par la dérive existentielle du pater familias, le reste de la famille part à veau l'eau, notamment le fils ainé, qui essaie de ne pas reproduire les défauts de son père ( très belle idée des post it  collées sur le mur de sa chambre et qui comportent toutes les manies de son père), et la mère, jouée par Jodie Foster, dans un rôle en retrait, mais néanmoins essentiel dans le rouage familial qui s'étiole.

Pas de faux happy end dans ce trés beau portrait d'un homme qui se noie, mais une petite note d'espoir. Et évidemment, mais cela avait été beaucoup dit lors de sa sortie, donc je n'insisterai pas là dessus, Mel Gibson, dans un rôle qui semble totalement taillé pour lui (l'homme à son apogée qui connait la descente aux enfers) trouve ici matière à nous démontrer qu'il peut être encore un excellent acteur. 

En revanche, humainement parlant, vu les  immenses casseroles qu'il traine derrière lui, ce n'est pas ce trés bon choix de carrière qui pourra redorer totalement son blason.


LE COMPLEXE DU CASTOR : BANDE-ANNONCE VOST HD (The Beaver)