heure-de-silenceLe prix du polar Point a livré ses derniers secrets hier soir lors de la cérémonie de remise de prix à laquelle j'étais invité, mais dont j'ai du hélas décliner l'invitation, puisque je ne réside pas sur notre chère capitale. Je peux donc sans crainte donner le nom du gagnant, il s'agit de Cotton Point de Pete Drexter, le premier roman que j'ai lu de la sélection et pour qui j'avais voté; tout va donc  bien dans le meilleur des mondes.

Toutefois, je n'en ai pas totalement fini avec les jurys littéraires spécialisés dans les romans policiers. En effet, avec le site Babelio, j'ai également eu la chance d'être sélectionné depuis le début de l'année pour participer au Prix du Roman Seuil Policiers, et celui-ci touche également à sa fin puisque je viens juste de terminer le dernier ouvrage de la sélection, Une heure de silence, écrit par un certain Michael Koryta.

Michael Koryta est une jeune auteur de 26 ans, je n'ai appris son âge qu'une fois le roman terminé et cela m'a beaucoup surpris, car dans mon esprit, j'étais persuadé que ce livre était écrit par un vieux de la vieille qui avait bien roulé sa bosse,  à l'instar d' un Michaël Connelly ou Dennis Lehane.

Si je cite ces 2 auteurs, c'est que j'ai pensé à eux pendant toute le temps de ma lecture. En effet, Koryta nous propose de suivre une enquête policière, d'un clacissisme assumé, mené par un certain Lincoln Perry, détective privé, dont c'est déja la 5ème enquete (dont la première a été écrite par l'auteur à ses 21 ans),  et c'est notamment pour cela que je m'étais fourvoyé sur l'âge de l'auteur).

 J'avoue en général ne pas forcément adorer les polars qui mettent en scène un héros réccurrent. Cela me fait trop penser aux héros des séries télévisées, et j'ai tendance à trouver que souvent ce genre de séries ronronnent assez vite. De plus, pour peu qu'on en loupe une ou deux, il nous manque des éleèents pour saisir toute la portée de l'histoire.

Ici, c'est également un peu le problème puisque le Lincoln Perry en question fait souvent allusion à des faits ou des évenements qui se sont déroulés dans les livres précédents, mais cela ne gêne pas vraiment pour comprendre l'intrigue de cette heure de silence.

Le livre commence le jour où un certain Parker Harisson sonne à la porte du detective. Meurtrier incarcéré puis libéré il ya 13 ans,  il a été, à sa sortie, jardinier dans une propriété baptisée « La crête aux murmures ». Là,  un couple, Alexandra et Joshua Cantrell, menait une sorte de programme de réinsertion. C'est cette femme que souhaite retrouver Harrison, et celui-ci fait donc appel à Lincoln Perry.
Au cours de son début d'enquête,  ce dernier va découvrir qu'en fait, Joshua est décédé il y a douze ans et qu'on vient tout juste de retrouver son squelette dans une forêt. Alexandra, quant à elle, a totalement disparu, et tout le monde la cherche, y compris le FBI, vu qu'elle est la sœur d'un mafieux notoire, Dominic Sanabria.
Pour mener à bien son enquête, il recevra l'aide d'un  certain Ken Merriman, enquêtant depuis longtemps sur la disparition de Joshua Cantrell, et qui rouvre son dossier avec la découverte de son cadavre. 

Voilà donc une enquête policière des plus classiques, exception faite du délai de 12 ans entre le meurtre en question et l'enquête. Sinon, le livre suit des chemins assez attendus dans le roman policier traditionnel, entreMichael-Koryta filatures, collaboration avec le FBI et lien plus ou moins étroit avec la mafia. Cela étant dit, Michaël Koryta (cf photo ci jointe) emballe le tout à la manière d'un vieux briscard, c'est à dire avec efficacité, tout en ménageant quelques fausses pistes et rebondissements plus ou moins imprévus.

Mais ce que j'ai le plus aimé (mais visiblement tout le monde sur la toile qui a lu le livre  ne partage pas mon avis), c'est la capacité d'introspection du héros, Lincoln Perry, qui lassé de voir autour de lui ses proches menacés ou carrément victime de la dangerosité de ses enquêtes, se pose énormément de questions sur le bien fondé de son métier et utilise longuement son intellect avant d'agir. 

Certes, toutes ces questions ralentissent un peu l'action, déjà pas forcément trés rythmée au départ, mais  comme je suis de ceux qui préférent de loin les policiers psychologiques aux romans plein de muscles et d'adrénaline, mais dépourvu de cerveau, cette coloration donnée par Koryta m'a assez séduit, tout en ne ralentissant pas (sauf peut-être dans le dernier tiers)  mon intérêt pour l'intrigue proprement dite.

prix babelioBref, après avoir ingurgité quelques polars assez tarabiscotés, dans le fond comme dans la forme, certains réussis (Donne moi tes yeux),  et d'autres nettement moins (Intrusion, qui fait partie de la même sélection que celui ci), lire un bon polar dans la veine la plus classique du genre n'est pas forcément une mauvaise chose, loin de là...