jaguarsQuelquefois, on s'emballe sur un auteur qu'on découvre avec son premier roman, on est épaté par un ton, un style, les prémisses d'une grande oeuvre en devenir,  et forcément, on se jette avec excitation sur son second opus, on retrouve une bonne partie des ingrédients du premier.... Et alors, sans qu'on ne puisse vraiment expliquer pourquoi, c'est là que la magie n'opère plus du tout...

C'est ce sentiment  de déception qui m'a étreint à la lecture de Jaguars, le second roman d'une jeune auteur villeurbannaise ( et un auteur local, un!) Sophie De Ricci, dont j'avais lu le premier roman, Moi Comme les Chiens, dans le cadre du jury du festival Quai du Polar, dont j'ai été membre en début d'année.

Je me souviens avoir défendu, limite avec des trémolos dans la voix,  et devant les 12 autres membres du jury médusés (ou spectiques), dont le président Claude MespLède, pourquoi ce roman noir m'avait enthousiasmé et figurait pour moi parmi les deux meilleurs de la sélection.

 Je me souviens également (tiens, je joue mon Pérec aujourd'hui) que le livre avait été assez massacré lors du tour de table, et que la personne chargée de le faire lire à des détenus ( qui comptaient pour une voix dans les membres du jury) s'était fait houspillé, tant ce livre qui parlait trés cruement de sexe entre deux hommes, avait fait scandale en prison. Moi comme les chiens appellait effectivement un chien un chien (si je peux me permettre la tournure de phrase :) et parlait de sexe, de sang, de sperme, sans prendre de gants, c'est ce qui en faisait sa force et son audace.

Et  quelques jours aprés, lors de la remise des prix, j'avais osé (avec une autre membre du jury, plus téméraire que moi) osé lui parler etm'étais  alors apercu que j'avais en face un tout petit bout de femme, accroché à son mari, qui lui sert visiblement de manager et de mentor, et je m'étais demandé comment diable une telle violence et un tel univers pouvait sortir de la tête de cette trés jeune fille, si fragile de prime abord... Comme quoi les apparences sont une nouvelle fois trompeuses, et rendait encore plus fascinant son roman. 

Ainsi, lorsque Babelio a proposé dans son édition Masse Critique  consacrée à  la rentrée littéraire le second ouvrage de la demoiselle (enfin pas vraiment demoiselle puisqu'elle est mariée), je  l'ai mis dans ma liste, et je n'étais pas mécontent de voir que c'était lui qui m'avait été proposé pour le chroniquer.

La maison d'édition Moisson Rouge ( que je ne connaissais pas du tout avant Moi comme les chiens) ayant mis un certain temps à m'envoyer le livre, je l'ai lu dès réception, et hélas, comme je l'ai dit en exergue de mon billet, je n'ai pas accroché au second opus de Sophie Di Ricci, et j'avoue avoir  un peu de mal à expliquer pourquoi.

Jaguars, c'est le nom d'un groupe de rock contestataire, formé par deux frères, Jon, drogué et homosexuel, et l'ainé, Sam, passionné par les armes et la révolution. Ayant stoppé net leur carrière et tout le star system, les deux frères vivent tant bien que mal avec leur rencontre avec un certain Godzilla, voyou dangereux et acnéique, qui va faire chambouleur leurs vies.

Le gros problème de cette intrigue, est que, dès les premières pages, elle m'a fait énormement penser à celle de Moi Comme les Chiens. Tous les ingrédients du premier roman sont la, des situations aux personnages, à un point quand même assez génant. La relation entre Jon et Gozilla est complétement calquée sur celle d'Alan et d'Hibou, mais là ca ne fonctionne plus, car j'ai trouvé que les personnages étaient de simples archétypes qui ne possédaient aucune consistance. Là ou Alan et Hibou dégagaient un certain mystère, ici ces personnages m'ont paru artificiel, et l'intrigue autour de cette pseudo histoire d'amour est là encore énormement inspirée de son premier roman, mais tout cela patine sérieusement à mi parcours.

Et le pire réside dans le personnage du frère, ce Sam, qui ne vit que par les armes et la rebellion, et qui m'a exaspéré tout le long du roman.

Que Sophie Di Ricci continue de creuser un sillon,  dans une veine proche de Virginie Despentes (auquel on pense beaucoup en lisant ces deux romans) est tout à son honneur, mais qu'elle oublie à ce point de se renouveller est, à mon sens, une bien cruelle déception.

Il paraitrait, à en croire les rares infos glanés sur la toile, que son 3e roman se situerait pendant la révolution française, donc loin de l'univers, sexe drogue et rock n' roll, je continuerai donc à suivre les prochaines parutions de cette romancière qui possède un talent indéniable, mais qui m'a semblé  être bien gaché avec ces Jaguars féroces de prime abord, mais finalement bien inoffensifs.