guillonDepuis le début de mon blog, alors que je viens tout juste de dépasser les 300 messages, je n'ai fait jusqu'à présent aucune référence ou presque à la politique, et encore moins à notre cher président Nicolas Sarkozy...

En effet, n'ayant pas vu La Conquête, ni lu le Yasmina Reza (L'aube, le soir ou la nuit, sorte d'hagiographie cachée d'après ce qu'on en dit), donc pour le moment, mes billets culturels n'avaient aucunement besoin d'aller sur ce terrain là, alors même que c'est un domaine qui me passionne énormement.

Mais aujourd'hui, je suis obligé de faire une exception à mes beaux principes. En effet, samedi dernier, je suis allé voir.... le dernier spectacle de Stéphane Guillon. Et quiconque ait entendu parler de Stephane Guillon  (ce qui fait, je pense, pas mal de monde, surtout depuis deux ans) sait que cet humoriste est assez engagé politiquement, en tout cas, bien plus que le précédent humoriste que j'avais vu sur scène, Olivier de Benoist.

Et évidemment, cet inclinaison politique le pousse à critiquer plus la droite que la gauche, et notamment le chef de l'état, qui en prend terriblement pour son grade pendant tout son spectacle. Je dis "évidemment", car déjà que les humoristes autoproclamés de droite ne sont pas légions ( Bigard? Gerra?), mais par ailleurs, taper à boulets rouges sur les "têtes pensantes" du PS (euh,  depuis quand on pense au PS?) n'est pas leur principal fonds de commerce.

Bref, je m'égare un peu, mais pas tant que cela, car quiconque partage les idées politiques de Nicolas Sarkozy passerait un bien mauvais quart d'heure (enfin même deux bonnes heures)guillon en allant voir Guillon sur scène.

Pour ma part, pas de mauvaise surprise car j'étais en terrain connu et conquis. J'appréciais déjà l'humoriste à travers ses chroniques radiophoniques (que je n'écoutais  pas mais que j'ai lues en livres), un peu moins par le biais de ses prestations télévisuelles. En effet, l'humour de Guillon me semble être un peu bridé par le carcan télévisuel, ou au contraire, il a également parfois tendance à parfois en faire trop, sur l'autel de la surenchère provocatrice.

Si son dernier show s'appelle "En liberté surveillée", ce titre est trompeur, car, en effet, c'est bien sur scène que l'humour de Guillon donne sa pleine mesure et dévoile une vraie qualité d'écriture (on est loin de De Benoist), plus réfléchie, plus approfondie, et toujours aussi corrosive.

Alternant stand up et sketchs, mais de manière trés fluide, il y aborde des sujets sensibles : la mort, la séparation, la crise bancaire, sans oublier de se raconter avec une tendresse qu'on ne soupsonnait pas forcément… Et il fait montre d'un talent d'acteur d'une absolue justesse, rendant crédible tous les personnages qu'il met en scène.

Mais bien sur, la plume de Guillon n'a rien perdu de sa férocité, et garde tout son fiel pour ses têtes de turc favorites : si DSK est plutôt épargné (il a la classe de ne pas tirer sur une ambulance), BHL est le personnage phare d'un de ses sketchs les plus réussis et, comme je l'ai  déjà dit en préambule, le président et son proche entourage en prend longuement pour son grade.

Mais l'humour de Guillon n'est jamais aussi bon lorsqu'il marche sur les traces de ses maitres Desproges ou Bedos (dont il est le fils spirituel le plus convaincant). Guillon fait rire  avant tout lorsqu'il aborde des sujets qui font peur  (la mort, la maladie) ou lorsqu'il ose aborder des thèmes que le commun des mortels n'expriment pas tout haut. Rire libérateur, donc salvateur.

Par rapport à d'autres humoristes, tout aussi excellent que lui dans des genres différents ( Gad Elmaleh, Foresti, Jamel), Guillon ne pourra (et ne voudra) jamais être consensuel, et une bonne partie des français adoreront le détester.  Comme il le dit lui même, un humoriste se doit d'être clivant, et je suis tout  à fait d'accord avec cela.

Quant à ceux qui l'aiment et le soutiennent, ils ne manqueront pas d'aller le voir sur scène et lui tirer son chapeau devant cet énorme potentiel comique. Guillon a du talent  à revendre dans bien des domaines (et notamment au cinéma, où je l'avais trouvé épatant dans le meilleur film d'Anne Fontaine, Comment j'ai tué mon père), mais c'est définitivement sur scène, où il est parfaitement à l'aise, qu'il donne son meilleur.


#1 - STEPHANE GUILLON Coupable [Extrait DVD Liberté très surveillée] Le dvd est en vente depuis peu, pour ceux convaincus par mon billet, ou ceux qui ont dans la famille un vieil oncle ou une lointaine cousine trés à droite et trés coincée, elle sera ravie :o)