revenantsJ'aurais pu titrer ce billet :  "Les revenants : ma série préférée de 2012", ce qui serait tombé pile poil dans ce début d'année,  mais, d'un autre coté, cet effet d'annonce aurait été un peu malhonnête de ma part, vu que c'est aussi  la seule série  en entier que j'ai regardé de l'année.

Car, si, comme je l'ai dit plusieurs fois, je ne suis pas trés série , il arrive que je fasse des exceptions lorsque je me doute qu'elle vaille le coup que j'y reserve un peu de mon si précieux temps.

Ce qui a été le cas pour ces Revenants :  tous les mardis de décembre ( la série passait le lundi sur Canal Plus, mais ma copine, blogueuse culinaire émérite ne pouvant rater l'émission sur les patissiers qui passait en même temps sur M6, je me suis sacrifié et ai attendu le lendemain en VOD), je me suis fait ma petite  rasade des Revenants juste avant de m'endormir, ce qui m'a valu d'ailleurs de faire quelques petits rêves pas forcément très agréables, car la série, même si il elle ne verse presque jamais dans le gore, peut quand même foutre la pétoche, ne serait ce que par son ambiance et par les questions qu'elle soulève.

Mais revenons un peu au pourquoi du comment : si j'ai tant tenu à vaincre mes réticences contre les séries et que j'étais presque persuadé que je n'allais pas le regretter, c'est bien, parce cela faisait déjà plusieurs mois qu'elle bruissait d'un buzz jamais vu dans le Paysage Audiovisuel Français (le célèbre PAF pour les initiés)En effet, que ce soit, grâce à une campagne publicitaire forcément remarquées un peu partout ( notamment sur les abribus et les pancartes géantes présentes un peu partout, du moins sur Lyon) un marketing viral audacieux et des critiques presses toutes unanimement dythirambiques ( "Un vrai choc" selon le Parisien, "la série qui rend fier d'etre français" selon Télérama,  "un thriller fantastique envoutant" selon Le Monde), la série de Fabrice Goubert était forcément attendue comme le grand évenement télévisuel de cette fin d'année 2012 ( reléguant le retour de la Nouvelle Star et de la Star ac au rang de micro évènement)

La série ne pouvait que me passionner, ne serait ce que pour la comparer à son matériau d'origine, le long métrage  sorti en 2004, portant le même titre et réalisé par un certain Robin Campillo ( disparu depuis des radars), dont il tire la même idée de départ : le retour sur terre de personnes mortes depuis plusieurs années et le bouleversement que cette résurection engendre chez leurs proches.

Comme j'étais un des rares à avoir vu le film lors de sa sortie en salles (car contrairement à la série, ce fut un échec cuisant), j'étais très curieux de savoir comment les créateurs de la série, le réalisateur Fabrice Gobert, dont je n'avais pas vu le pourtant très louangé Simon Werther a disparu) mais aussi le scénariste, l'immense Emmanuel Carrère mais aussi Fabien Adda, avaient pu s'inspirer de ce film, tout en tentant de l'exploiter bien plus habilement.

Car le film de Campillo n'était objectivement pas très réussi: l'idée (géniale ) de départ était vite abandonnée , et le film donnant l'impression de faire du surplace avec des revenants complétement apathiques et dont leur retour ne débouchait finalement sur rien de concret. De ce film, me restait simplement en mémoire les images impressionnantes de ces revenants marchant comme des zombies ( images que reprendra la série dans son ultime épisode), et cette idée, magnifique, que ces revenants, contrairement à ce que le cinéma américain cherchait à nous faire croire, ne nous veulent pas forcément du mal, et cherchent simplement à reprendre la place qu'ils avaient laissé le jour de leur mort.

Et c'est peu de dire que là où le film avait échoué, la série réussit merveilleusement bien à aborder frontalement tout un tas de questionnements mystiques et philosophiques : pourquoi reviennent-ils ? Pourquoi ceux-là et pas d’autres  Doit-on les accepter ? Sont-ils dangereux ? Peut-on (et doit-on) les arrêter ?

Sans oublier cette question à laquelle aucune réponse n’est vraiment appropriée : que feriez-vous si votre fille, votre frère, votre petite amie ou votre mari revenait d’entre les morts ? Forcément le procédé d’identification fonctionne à plein régime et chaque famille, chaque couple touché par ce mystère vont résonner en nous d’une manière particulière. 

Sans  apporter de réponses tranchées à toutes ces questions, car préférant  opter pour une approche réaliste en laissant les personnages évoluer en fonction de leurs croyances, la série joue avec nos références et nos convictions.

Cette fiction  joue pendant les  huit épisodes la carte permanente de la fusion entre l'étrange et l'ordinaire. Les revenants sont tout à fait comparables aux vivants, eux-mêmes ne savent pas vraiment qu'ils sont morts.

Bien aidé par une direction artistique brillante dans un cadre naturel inquiétant à souhait et une musique parfaitement appropriée du groupe Mogwaï, la série est  également portée par un excellent casting, qui tient vraiment les promesses affichées puisque toute la fine fleur du cinéma français d'aujourd'hui était représentée (Clotilde Hesme),   Samir Gasmi, Grégory Gadebois, Guillaume Gouix, et la toujours exceptionnelle Céline Sallette, qui trouve ici son rôle le plus remarquable de sa jeune filmographie .

Mais même les acteurs moins connus sont tous hallucinants, à commencer par la jeune Camille (Yara Pilartz), qui a disparu dans l'accident du car scolaire, et dont le visage imprimera ma rétine pendant bien longtemps après que la série rende son verdict.

 Contrairement à d'autres séries que j'ai adorées, et qu'il m'a fallu toujours quelques épisodes pour entrer  dans l'univers, les deux premiers épisodes sont absolument extraordinaires : il faut dire que ce sont les épisodes qui traite le plus des sentiments et des relations que l’on a avec les gens qui nous entourent, dans le deuil ou en dehors du deuil.

Ensuite, la série continue très très fort, jusqu'à l'épisode 5 ( qui coeincide d'ailleurs avec le retrait d'Emmanuel Carrère du projet), où la veine philosophique et métaphysique est quelque peu abandonnée, en faveur d'une volonté plus affirmée d'aller vers le fantastique, l'inquiétant, voire même l'action. Petit regret de ma part, même si force est de reconnaitre que l'ensemble demeure quand même d'une tenue exceptionnelle pour une série française.

La série fait en tout cas  la preuve que le fantastique n'a nul besoin d'une débauche de moyens quand il s'appuie sur quelques effets sonores et des dialogues et des situations frappants d'authenticité.

La série a cartonné ( avec le meilleur record d’audience pour une série française cette année et le second record d'audience pour Canal Plus en crypté). La fin du 8ème épisode, loin de répondre à tous les mystères enclenchés dans les précédents épisodes, laisse clairement entrevoir une  saison 2, qui serait d'ailleurs déjà dans les cartons pour 2014... Esperons que cette saison soit à la hauteur de la première...et esperons , pour ma part qu'il n'y ait pas d'émission culinaire diffusée le même jour!!!