l-homme-qui-voulait-vivre-sa-vie-de-eric-lartigau-10220989aejng_1370En général, lorsque je chronique une adaptation cinématographique d'un livre, il est rare que je sois tendre avec, et ma dernière chronique, ne peut que le confirmer.

Heureusement, parfois, il arrive que je sois très satisfait de la version cinéma d'un best seller, et ce, même quand j'ai beaucoup apprécié le roman en question.

C'est notamment le cas avec une des adaptations d'un roman de Douglas Kennedy, réalisé avant la femme du Vème, sorti il y a quelques mois. Il s'agit de L'homme qui voulait vivre sa vie, sorti sur nos écrans en novembre 2010, et qui a connu un franc succès, tout autant que le livre d'origine. La surprise est d'autant plus étonnante que le réalisateur est Eric Lartigau, connu auparavant pour des comédies drôles mais sans plus, Qui a tué Pamela Rose? avec Kad et Olivier, et Prête moi ta main, avec Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg.

Il faut dire que, et je peux fairele parrallèle avec le film La vie d'une autre, je trouve le matériau de départ absolument sensationnel. Sauf qu'ici elle est exploitée avec grand talent, et par Kennedy et par Eeric Lartigau : l'intrigue fait en effet se mélanger un questionnement existentiel sur le fossé existant entre sa vie réelle et sa vie fantasmée et un polar sous tension ( un meurtre a été commis, et le coupable est en fuite).

Le personnage principal, ce Paul, avocat qui mène une vie confortable financièrement mais si loin de sa passion pour la photographie va certes profiter d'un acte accidentel terrible pour changer d'identité, mais cela ne lui permettra pas de se sentir plus libre qu'avant, puisque le poids de sa culpabilité sera encore bien plus prégnante que les conventions bourgeoises de sa vie d'avant. 

Si l'histoire du film prend quelques libértés avec le roman, notamment le décor de la première partie, déplacée desl-homme-qui-voulait-vivre-sa-vie-de-eric-lartigau-10220910sawqb_1731 Etats Unis au Paris bourgeois, et que la partie à Sarajevo souffre de quelques invraisemblances ou facilités d'écriture (le compangnon de beuverie est forcément un très grand  rédacteur en chef du journal de la région), elle tient parfaitement la route, et ne fonce jamais dans le grotesque ou le too much.

Et l'interprétation (sauf peut etre celle de Catherine Deneuve, ici, moins convaincante que dans les autres films récents dans laquelle j'ai pu la voir) est assez formidable, mené par un Duris au top de son jeu, et qui nous fait totalement partager les angoisses existentielles  de ce type qui ne sera finalement jamais bien dans sa peau.

Mais la vraie grande surprise du film réside, à mes yeux, dans la mise en scène : là où on aurait pu s'attendre à une réalisation à l'américaine avec forces travelling et scènes d'actions étouridissantes, Lartigau joue la carte de la sobriété, avec une mise en scène même parfois aride, notamment pour la partie à Sarajevo, et aidée par l'excellent travail du chef opérateur usant d'une  photographie léchée sans être chichiteuse.

Vraiment une très bonne surprise pour un film que je visionnais sans grand enthousiasme en me disant que comme dans 95% des cas, le film serait à 100 coudées en dessous du roman. Comme quoi on peut parfois se tromper, heureusement d'ailleurs!!


L'homme qui voulait vivre sa vie - Bande annonce