mongolfiereBon, j'ai l'impression qu'elle plait pas mal (du moins à certaines d'entre vous, assez enthousiastes) cette chronique d'un jury de festival. Alors, et même si c'est un peu de boulot quand même, je continue sur ma lancée et vous livre mes impressions de ma troisième journée au festival de cinéma international d'Annonay, où les choses sérieuses continuent de plus belle :

- 8 heures : Ce samedi matin, une bonne et une mauvaise nouvelle m'attendait au réveil. Commençons par la bonne : il fait un froid inimaginable : -19° en réel et -27° en ressenti (on glosse pas mal sur ce récent concept de "ressenti" dans la voiture), et donc impossible pour les organisateurs de maintenir la ballade en mongolfière. J'ai  comme l'impression que cette nouvelle ne chagrine personne, et surtout pas le réalisateur Raphaël Jacoulot, qui m'avoue à demi mots souffrir, lui aussi, d'un vertige terrible ( ce qui a été ennuyeu pour le tournage d'Avant l'aube, j'en parlerais peut-être dans mon billet sur le film) : ah, ce sont de vrais supermen les mecs de ce jury! Passons à la mauvaise maintenant : il fait un froid inimaginable, et  pourtant, contrairement à la ballade dans les airs, la visite guidée de la ville n'est pas annulée...je suis déjà en train de penser à des subterfuges pour passer outre cette échéance, car en plus j'ai paumé mon bonnet (étonnant, non?), ca va être l'horreur pour mes mignonnes petites oreilles...

totem10 heures: Mais avant cette prometteuse visite programmée en fin de matinée, trouvons quelque chose pour remplacer la virée sur les hauteurs de la ville. Et comme on est dans un festival de ciné...tiens, pourquoi ne pas aller voir un film, même un présenté hors compétition??...Le premier film de la matinée projeté au théatre est en fait un court métrage, et qui présente la caractéristique d'être 100% ardéchois.... Il s'agit de Totem, réalisé par un certain Romain Evrard, qui en fait est un ancien élève de la MJC d'Annonay,  et pas peu fiier de présenter son oeuvre dans sa ville d'origine. Au moins se dit-on qu'on va voir quelque chose qu'on  n'aura pas l'occasion d'aller voir ailleurs. Au bout de 5 minutes de film, je les envie, ceux d'ailleurs, qui ne mesurent pas vraiment leur chance : ce n'est pas vraiment un film, mais une sorte de trip chamanique où un type décide de se retirer totalement du monde urbain pour accomplir un voyage initatique en pleine foret où il partira à la découverte de son vrai soi... Allez, soyons sympa :sauvons  une ou deux belles idées visuelles, mais l'urbain que je suis reste totalement hermétique au message du film qui me semble puéril et prétentieux (à l'image du réalisateur, assez imbu de sa personne)...Et le tout sans aucun dialogue (à part une voix off ridicule à fond sur le côté recherche de son chakra) et aucun rebondissement (si un : l'acteur joue avec un scarabée, un moment  clé du film :o)... le film dure 28 minutes, je n'ose imaginer dans quel état j'aurais fini si ca avait duré 2 heures 28....cela dit, je ne montre pas trop mon mécontentement : et d'une, certains de mes confrères du jury semblent aimer, notamment Gaël (qui pose au réal une question sur l'écriture du film...euh, où tu as vu une écriture dans le film, Gaël??). Et de deux, je préfère être  quand même largement là  plutôt qu'en train d'hurler ma mère tout en haut d'une mongolfière...:o)

annonay ville11 Heures : Bon, maintenant, on quitte la chaleur du théatre pour le hall d'entrée où  nous sommes, avec Gaël et Aline, en train de nous demander ce que l'on va faire en attendant le repas : Boire un verre à l'étape? Aller voir le début d'un autre film, même si on n'en verra pas la fin? C'est à ce moment là que Thomas, un des membres du jury, nous dit que la guide de la ville nous attend pour la visite commentée de la vieille ville quiville commence de suite. Bonne poire, on se dit qu'elle va pas se la faire toute seule sa visite, et on va rechef affronter le vent glacial comme des courageu que nous sommes...Ce qu'on ne savait pas, c'est que Thomas et les autres membres n'avaient aucune intention de la faire, cette visite, et qu'on aller se retrouver que tous les 3, plus Pierre Duculot (le cinéaste du cul du loup, cf épisode 2) ainsi que la photographe officielle du festival...bref, non seulement on va être les seuls de la troupe à se les geler, mais en plus on va voir notre trogne dans le journal du festival du lendemain...sympa, les gars :o) Inutile de dire que je fais la visite au pas de course, et que la guide semble prendre un malin plaisir à s'arreter dans les coins où le vent est le plus frigorifiant possible...Evidemment, je ne retiens pratiquement rien des mots de la guide (il est vaguement question de mongolfière, puisque les inventeurs de l'objet sont du coin, je comprends donc mieux la ballade à laquelle j'ai échappé, maintenant), je m'arrete simplement quand je vois un sac plastique tournoyer devant moi :je pebonnet-chapka-leopard-fourrure-gris-bleu-american-retro-201109201-111114nse au film American Beauty, et je m'aperçois que Gaël a exactement la même pensée que moi...décidement, on est quasi télépathe tous les deux (euf sauf pour Totem, quand même :o). Bon, sur la fin, même la guide semble avoir envie de presser la visite, vivement qu'on  se sauve tous de là,  sinon mes oreilles risquent de se briser en mille morceaux...

 12 heures 30 : Du coup, mué par l'envie de leur redonner forme humaine ( à mes oreilles, faut suivre quand même :o), je cours en ville tenter de trouver une boutique ouverte (pas évident dans cette ville morte) pour m'acheter un couvre-chef, et je ne trouve qu'une chakpa un peu ridicule (bon, quand même pas celle dela photo, mais pas loin) ...me voilà  fin prêt pour partir à l'aventure,tiens pourquoi pas retrouver mes amis de la forêt de Totem. Bon, en attendant, contentons nous d'aller manger au Dôme, un repas toujours aussi délicieux , surtout le dessert, une tarte au citron nouvelle tendance à tomber (on en profite avec Gaël pour aller remercier le chef, car c'est déjà notre dernier repas dans ce restaurant).

  romeoeleven0114 heures : Allez, il est quand même l'heure d'aller jouer notre rôle de jury pour la première fois de la journée. Le 1er film en compétion est canadien, il s'appelle Roméo Onze, et avant la projection, l'acteur principal du film, Ali Ammar apporte déjà sa trés touchante présence  : en effet, l'acteur souffre d'une malformation aux jambes, et son discours d'introduction au film nous pousse à nous battre contre tous les obstacles -physiques ou psychiques- qui se dressent dans notre vie. On pourrait craindre du coup un film un peu schématique sur le sujet, oh combien casse gueule, du handicap, il n'en est rien : le film est une oeuvre constamment subtile et émouvante sur ce jeune, issu de la communauté libanaise de Montréal, qui souffre tout autant de la pression de sa famille que de son handicap physique. Et certaines scènes sont des vraies prouesses de mise en scène, notamment un plan séquence de 10 minutes dans un ascenseur où la tension qui étreint et le personnage principal,et le spectacteur est à son apogée. Assurément mon premier coup de coeur de ce festival. Du coup, à la délibération, je guette les avis de mes collègues, et si il ne fait pas l'unanimité, les avis sont quand même bien positifs dans l'ensemble, notamment celui du Président, qui semble encore plus emballé que moi. Tout de suite, je me dis qu'il devrait obtenir un petit quelque chose demain, à moins que les prochains films soient tous des chefs d'oeuvre...

all that16 Heures : Ne perdons pas de temps pour le vérifier : on enchaine de suite avec un autre film en compétition (le timing est un peu étrange, pourquoi ne pas avoir mis un premier film plutôt le matin?). C'est un film suisse qui s'appelle All that Remains et  le projet est portée par une ambition incontestable: le croisement de deux roads movies parrallèles, l'un auAll-That-Remains Japon concernant une jeune américaine malade et un japonais taciturne, et l'autre aux USA mettant aux prises un américain mutique et une pipelette dont le mari est incarcéré. Nous ne comprenons pas d'emblée le lien entre les deux histoires,  et nous le découvrirons qu'à la toute fin du film. On pense bien évidemment trés fortement au cinéma d'Innaritu, notamment Babel, mais en moins abouti et en moins maitrisé : les personnages n'ont pas l'épaisseur suffisante, notamment le couple d'américains. La fin est trés belle, mais mon interêt s'etait un peu évaporé  avant, devant la lenteur du voyage. Comme pour Totem, le réalisateur (enfin l'un d'entre eux) présente son film avec un peu trop d'assurance à mon goût. Je préfère la modestie d'un Pierre Duculot, mais en même temps, on a bien juré hier que ces interventions ne jouaient pas dans nos délibérations. Et la délibération qui suit est assez partagée : le film a ses fans, qui ont adoré l'histoire et également la musique (effectivement plutôt réussie, un prix de la musique,demain?), mais d'autres, comme moi sont plus réservés. Raphaël Jacoulot n'est pas fou du film, mais contrairement à moi, il n'est pas un afficonados du cinéma d'Innaritu, à la mécanique trop bien huilée pour lui. Bref, le film risque de faire débat demain, car certains défenseurs acharnés du film ne semblent  pas facilement enclin à le laisser tomber.

feuille0418 heures 30 : L'heure de notre maintenant traditionnel rendez-vous autour d'un verre à l'Etape : etPierre-Adrian_Irle_ c'est là qu'on prend connaissance de nos portraits personnalisés en première page du journal du festival, l'étrangement nommé Fefeuille la tulipe. Si j'ai un peu de mal à accepter de voir ma tête dans le journal, les portraits faits à partir de notre lettre de candidature sont plutôt bien foutues. Et c'est grâce à ces portraits que je peux définitivement me faire une idée des goûts cinématographiques et de la personnalité de tout un chacun. Ainsi, si je ne suis pas surpris de voir  Constance, qui semble plus ou moins sur la même longueur d'ondes que moi dans les délibérations, citer La Piel que habito, Polisse ou Angèle et Tony  dans ses films fétiches de 2011, je comprends mieux pourquoi depuis le début du festival, je suis totalement en opposition avec Thomas, jury nancéen de 23 ans : pour ses films préféres, il a cité Cow boys et envahisseurs ou Sans Identité avec Liam Neeson...bon, je suis un peu de mauvaise foi (oh, à peine:o),  car je n'ai pas vu ces films, mais je suis néanmoins certain que si ca avait été le cas, ils n'auraient pas fait partie de mon panthéon personnel:o). Comme la veille, un réalisateur vient boire un verre à notre table, il s'agit de Pierre- Adrian Irlé, le co réalisateur d'All That remains, et par rapport au réalisateur espagnol, il me fait un effet moindre: trop sûr de lui, trop porté sur l'aspect mercantile du cinéma... c'est con, je préferais quand même largement son film à Crébinsky...bon c'est quoi cette idée de c.... d'aller boire un coup avec les réals??? Ca casse toutes mes certitudes, c'était ça, le but avoué??? :o)

ravioles19 heures 30: Dernier diner au restaurant (demain c'est autre chose de prévu), au restaurant cuisine en fêtes qui nous propose un repas spéciale ravioles: oui, la raviole, c'est quand même la spécialité du coin: quand j'habitais Paris j'en avais jamais entendu parler, et ma liaison avec une dromoise m'a totalement ouvert à la raviole (bon c super passionnant et poétique ce que je raconte, non? :o). bref, on a le choix entre 5 recettes de ravioles différentes et j'opte pour la plus....légère : une tartiflette de ravioles avec reblochons et lardons à outrance...c'est qui qui va le mieux digérer devant le film de la soirée? En tout cas, je garderais un souvenir ému de cette soirée, non pas pour les ravioles, mais pour l'intensité des conversations échangées. Tiffany Tavernier nous parle de son frère, le oh combien torturé et talentueux Niels, Gaël évoque à mots feutrés son paternel, et je prends ces confidences vraiment intimes comme une belle marque de confiance, et la preuve qu'une vraie complicité s'est instaurée dans le groupe.

21 heures : Il est temps de laisser la place au 6ème film de la compétition, et accesoirement dernier de la journée. C'est Parked, unParked-film film irlandais, que le directeur artistique du festival, nous présente avant la projection comme "un film bouleversant et drôle à la fois", et, dont l'acteur principal est assez connu puisqu'il s'agit de Colm Meaney, acteur anglais connu surtout pour ses rôles dans les comédies de Stephean Frears, The Van ou The Snapper. Ici, il joue un SDF qui a tout perdu et qui est obligé de vivre dans sa voiture, et qu'une rencontre avec un jeune toxicomane, drogué lui aussi, va tout chambouler. Sujet encore une fois casse gueule, mais contrairement à Roméo parkedOnze, le réalisateur se prend les pieds dedans : à part les deux premières minutes, où je me dis qu'on va avoir à faire à un très beau film digne et trés émouvant, rien ne fonctionne vraiment : la faute à plusieurs élèments : une musique, pas désagréable au demeurant, mais absolument omniprésente, même dans des scènes où elle apparait totalement superflue, à un jeune acteur irlandais (qui joue dans la série Merlin qui passe sur canal plus) pas trés convaincant, et à des situations trop clichés. Le problème principal du film, à mon sens, vient du fait que sur un sujet très proche auquel on pense forcément, le film français Louise Wimmer, plus sobre, plus juste, plus fin, est cent fois supérieur!!! Bref, une cruelle déception que ne vient pas atténuer la fougue du réalisateur irlandais, Darragh Byrne, qui défend son film avec ferveur devant une salle bien plus convaincue que moi. Encore une fois un prix du public possible pour ce film, et je note d'ailleurs que les films diffusés à 21H sont les plus populaires, et dans le traitement, et dans l'accueil qui leur est réservé...

Minuit :Bon, aprés le dernier film, qu'est qui nous attend? Le dernier débrief, of course, et je sais pas pourquoi, je sens qu'il va encore y avoir  forte dissenssion entre nous...et effectivement, le débat qui suit est, malgré (ou à cause de?) la fatigue, assez houleux, certainement le plus vif depuis le début: certains ont été trés touchés par le film (Constance, Thomas,notamment) et d'autres l'ont trouvé trés mauvais, le Président du Jury en tête, qui ne mache pas ses mots... pour ma part, je parle longuement de la comparaison avec Louise Wimmer, me fait même un peu reprendre par Raphaël car je m'éloigne de Parked, même si visiblement, il est tout fait d'accord avec moi : il a vu aussi le film de Cyril Mennequin et lui aussi avait fait penché la balance du mauvais coté...personnellement j'aurais sauvé l'histoire d'amour qui m'a (légerement) touché, mais les détracteurs du film n'ont pas mon coté fleur bleue :o) bref, il est possible que demain soir, ca s'empoigne sévère sur ce film...

jacoulotMinuit 30 : on avait prévu d'aller rejoindre notre chambre, comme les soirs précédents, mais une malheureuse phrase de l'équipe du festival va nous (du moins une partie d'entre nous) faire changer d'avis,  En effet, Gaëlle, l'une des organisatrices, nous provoque en nous disant que le jury de l'année dernière n'était pas composé de petits vieux comme nous et allait boire un coup jusque tard dans la nuit...Ni une ni deux, on joue les outrés (vieux nous?), et on décide d'oublier notre fatigue et d'aller veiller à l'Etape - (et d'ailleurs, seuls les plus jeunes, certainement moins piqués au vif que nous, iront se pieuter) : bonne pioche, car ce moment est bien agréable : c'est à cette occasion que je parle plus qu'à l'accoutumée avec Raphaël (photo), que j'ose le questionner sur le cinéma et son parcours de cinéaste : ses rêves de gosse, ses études aux Beaux Arts, ect...bon, il ne se départ pas vraiment de sa réserve naturelle, et d'ailleurs, heureusement (j'aurais été géné qu'il me tape sur l'épaule comme à un copain de régiment), mais le fait qu'il me réponde à ma mitraille de questions sans jamais afficher une éventuelle irritation me touche beaucoup... Ei j'échange également avec Pascale, la routarde du cinéma, qui me dit être déçue par la sélection officielle de cette année, nettement inférieure selon elle aux précédentes, mais m'annonce que les deux films que je vais voir demain sont ses préférés... a la fois une bonne nouvelle (chic, des bons films) et une mauvaise (moi qui avait commencé à me faire mon classement,ca va tout bouleverser)...tiens c'était définitivement la journée des bonnes et mauvaises nouvelles ce samedi !o)

2 heures : tiens on passe de la musique maintenant : L'aventurier d'Indochine (c'est quoi le rapport avec le cinoche?), puis quelques BO de films, notamment celle du temps des gitans (là ,je le cerne mieux le rapport :o)...on se dit que la soirée est loin d'être finie, mais en fait, si : la musique s'arrête aussi vite qu'elle était arrivée... il est  donc temps de rentrer, les vieux ont leur rhumatismes, et surtout doivent se préparer au lendemain où ils palabreront pendant 3 heures pour choisir un palmarès qui tiennent un peu la rampe, quand même...Allez, zou, tous à l'hôtel,  et on va essayer de ne pas trop surfer sur la toile si demain je veux éviter de jouer dans le remake de la nuit des Morts Vivants ( to be continued)