maurice-bejartJe l'avoue sans rechigner: avant de connaitre ma compagne actuelle, qui a pratiqué la danse (moderne) pendant de longues années, autant je fréquentais assidument les salles de spectacle pour les pièces de théatre ou les concerts, autant je boudais ostensiblement les ballets, qu'ils soient classiques ou contemporains.

 Je conservais,en effet, et comme beaucoup, je pense, une image un peu intello, un peu slérosante de la danse: je me disais qu'elle était réservée qu' àceux qui possédaient les armes et les références pour entrer dans cet univers, bref, uniquement à ceux qui avaient déja pratiqué la discipline.

Or, possédant un manque de souplesse assez effarant (je me suis encore récemment essayé pour la Saint Patrick à la danse irlandaise de groupe, ce fut un grand moment de rire pour les spectacteurs, et de souffrance pour moi:o), je m'étais auto-interdit d'accéder au monde de la danse.

Mais tout cela, c'était donc avant la rencontre avec la femme de ma vie, qui m'a donc initié à la danse (enfin aux spectacles, à la pratique, elle a vite laissé tomber) et qui m'a notamment emmené voir plusieurs spectacle du Dieu des Chorégraphes, Maurice Béjart en personne.

Je me souviens notamment d'avoir au Palais des Sports, à l'aube des années 2000, vu une pièce magnifique autour de la vie deballet Freddie Mercury, le Presbytère. Je découvrais ainsi que la danse moderne pouvait ainsi proposer des tableaux boulerversants, et mélangeant avec une grande magnificience, musique classique et compositions plus modernes (ceux de Queen en l'occurence), et je me rappelle avoir également remarqué que cette pièce offrait un écrin magnifique à un danseur de la compagnie en particulier, un certain Gil Roman, largement au dessus des autres, qui étaient pourtant évidemment ce biens prodigieux danseurs.

Bref, j'ai été bouleversé lors de l'annonce de la mort de Maurice Béjart, survenu en 2007, dans sa 81ème année, et si j'avais un peu perdu de vue le milieu de la danse et la compagnie créée par Béjart, le Ballet de Lausanne, je m'étais demandé comment la compagnie pouvait survivre à la mort de son maitre.

Du coup, lorsque Cinétrafic m'a proposé de voir et de chroniquer le DVD du film Aprés Béjart (édité par Zylo et dont la sortie est prévu le 17 avril), je n'ai pas hésité un seul instant.

apres bejartTourné quelques mois après la disparition de Maurice Béjart, le film d'Arantxa Aguirre "Après Béjart, le Coeur et le Courage" (son titre exact, finement trouvé) pose en effet de manière frontale la question de l’héritage laissé par son créateur au Béjart Ballet Lausanne. Comment continuer à transmettre l’esprit du maître, ses idées, ses valeurs ?  Tout simplement (enfin simplement, c'est une façon de parler) en poursuivant l’œuvre de création, sans Béjart, mais sous l’impulsion de son ancien élève et successeur, Gil Roman, et avec toute la fougue et la ténacité de la Compagnie.

Le film peut se voir ainsi comme un témoignage essentiel sur les questionnements qu'une telle institution peut se poser après le décès de la personne qui était forcément une idole pour tous les danseurs de la compagnie, et un vrai maitre à penser.

De façon naturelle, Gil Renan fut désigné héritier légitime du maitre, car lui seul pouvait reprendre le flambeau, et ce, même si, évidemment, il ne sert à rien de vouloir copier Béjart, totalement unique dans son domaine.

Le film aborde donc cette transmission de relais, de bien pertinente façon, en donnant la parole à tous les acteurs concernés de près ou de loin par cette question. Après Béjart suit les coulisses de la première création de Gil Renan, forcément angoissé de connaitre les conséquences de cette oeuvre sur l'avenir de la compagnie sur la troupe. Si le ballet est une réussite, alors Renan pourra s'affranchir du poids de l'héritage de Béjart, si c'est un échec, alors, il faudra juste reprendre les oeuvres du maitre de façon le plus fidèle possible.

Le film se terminant au moment où le spectacle est présenté pour la toute première fois, nous n'aurons pas forcément la réponse à cette question (mais j'ai appris aprés la vision du documentaire que le Béjart Ballet Lausanne sera à Paris du 3 au 7 avril 2012 au Palais des Congrès, donc c'est plutôt un bon signe), mais la réalisatrice nous aura offert de très belles scènes de danse, car Arantaxa Aguirre, passionnée par cette discipline, sait admirablement la transmettre aux spectacteurs et mettre en valeur des corps de danseur en exercice.

Gracieux, intelligent et laissant intact une grande partie du mystère Béjart, Après Béjart est un excellent documentaire, que je suis ravi d'avoir découvert.

En bonus du DVD, nous est offert un intéressant court métrage de 20 minutes de la réalisatrice  réalisé quelques années avant le long et qui annonce ses prémisses.

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