légitimusLorsqu'on va voir le tout premier one man show de Pascal Légitimus, alors que cet artiste a 30 ans de scène, scène toujours partagée en trio ou en duo, on se dit que forcément on va sortir de la salle en s'étant beaucoup tenu les côtes....

En effet, pour tous les trentenaires et plus, le nom de Légitimus est forcément lié, sinon au théatre de Bouvard, en tout cas à la fameuse Télé des Inconnus que tous les adolescents des années 90  connaissent par coeur ( en se répetant dans la cour du collège jusqu'à plus soif les meilleurs trouvailles: "je suis plus Robert que Mitchum", "Ingrid est ce que tu baises?", "bijurrrrr monsieur Vincent,...... j'en passe et des meilleurs) .

Et des trois compères du groupe, Pascal Légitimus est le seul qui n'est jamais vraiment sorti des rails de l'humour, alors que Bernard Campan ou même Didier Bourdon se sont essayés, notamment au cinéma, à des chemins un peu plus plus graves. D'ailleurs, un peu à l'instar d'une Muriel Robin (avec lequel il a joué dans Saint Jacques la Mecque de Coline Sereau), le cinéma a tendance à sous employer cet acteur au potentiel comique (mais pas que) qu'on devine immense.

Ainsi, ne sachant pas grand chose du spectacle comique de Légitimus qu'il a joué pendant de longs mois à Paris, je suis allé le voir il y a une dizaine de jours sur Lyon, car je trouve le personnage éminement sympathique. Et ce que je peux en dire, c'est que je fus supris de sortir de la salle bien plus ému que rigolard.

Il faut dire que le spectacle de Légitimus est avant tout l'occasion pour lui de parler de ses racines.  Le troisième larron des Inconnus est en effet né d’un papa antillais ( ce dont nul n'ignorait), et d’une maman arménienne  (ce qu'on savait beaucoup moins). Ces deux cultures sont  tellement différentes qu’il lui a fallupascal-legitimus-alone-man beaucoup de temps pour en maîtriser parfaitement les paramètres. Comme il le dit lui même, pour paraphraser Tonton David ( au fait,  si quelqu'un aurait des nouvelles de Tonton, me le faire savoir ) l'humoriste est "issu de deux peuples qui ont beaucoup souffert". L’esclavage pour l’un, le génocide pour l’autre. Et Et c'est bien dans ces circonstances particulières que l’humour, la distance et l’auto-dérision deviennent totalement salvateurs.

Bon, tout çeci, c'est un peu sur le papier, car, sur scène, hélas, cette bonne volonté et ce côté si intime ne transparait pas toujours. La faute à une volonté de toujours désarmorcer par le rire un moment qui pourrait être vraiment trop personnel.

Cela ne serait évidemment pas ennuyeux (après tout, on est quand même venu pour se marrer) si l'écriture était  plus subtile, ce qui n'est pas vraiment le cas, en multipliant les jeux de mots lourdauds et les personnages stéréotypés (le beauf, l'ado gothique), malgré des personnages parfois bien campés ( sa vieille tantine antillaise avec toujours un aphorisme à portée de bouche) et des passages musicaux assez enlevés.

L'ensemble manque aussi de fluidité, Légimitus passant d'un sketch à une anecdote personnelle sans réelle continuité. L'artiste donne ainsi vraiment l'impression de n'avoir pas osé aller trop loin dans les confessions, pour ne pas dérouter son public, et du coup nous propose un show plus attendu, mais jamais assez drôle pour se démarquer des autres spectacles du genre.

Malgré cela, au fil du spectacle, et notamment à la fin où Légitimus se livre plus profondément, notamment sur la mort de sa mère lorsqu'il avait 15 ans, et sur le racisme dont a fait preuve sa famille maternelle arménienne par rapport à son père, une vraie émotion affleure. En nous confiant à la toute fin du spectacle que son père et sa belle mère étaient présents ce soir là dans la salle, on sent une vraie émotion le tenailler, et nous tenailler.

J'ai donc quitté la salle de spectacle avec une petite larmichette au coin de l'oeil, pas des sanglots du fait d'avoir trop ri, mais qu'importe le flacon de l'émotion si on en a l'ivresse, non?

 
Pascal Légitimus "méconnaissable" dans son show