3D_IciBasFin 1943, sous l’Occupation. Soeur Luce, une religieuse exemplaire, est infirmière à l’hôpital de Périgueux. La rencontre d’un aumônier, Martial, passé dans les rangs du maquis, bouleverse son existence. De l’amour du Christ à celui d’un homme, Soeur Luce vit une passion pour laquelle elle finit par quitter le couvent et ses soeurs.

Jean Pierre Denis est un de ces cinéastes rares, dont les films ont pourtant été très bien acceuillis par la presse et le public, mais qui prend généralement beaucoup de temps entre deux tournages. Il faut dire que son profil est vraiment particulier, puisqu'entre deux films, il a une autre profession, celui de douanier our le département audiovisuel et relation presse, prenant parfois quelques mois de disponibilité pour sa passion cinématographique.

De lui, j'avais vu au cinéma Les Blessures assassines, une adaptation du faits divers des soeurs criminelles Papin, qui avaiT aussi inspiré Chabrol pour La Cérémonie,ainsi que la Petite Chartreuse, adaptation d'un très beau roman de Pierre Péju. Les deux oeuvres n'étaient pas exemptes de défaut, mais elles témoignaient d'une vraie exigence et d'une vraie profondeur dans la mise en scène de Denis.

La reconnaissance quasi unanime de ses immenses qualités de cinéaste n'ont pas empeché son dernier film, qu'on attendait donc depuis 2005, de sortir en début d'année dans l'indifférence quasi générale. Et comme j'ai voulu savoir si cette sortie en catimini 857936_sortie-cinema-du-18-janvierétait justifiée ou non, je me suis précipité sur le DVD proposé par Cinétrafic dans le cadre de son opération "Un dvd contre une chronique".

L'histoire était pourtant passionnante, et, à l'instar des Blessures assassines, puise sa source dans un fait divers assez incroyable, celui de Soeur Philomène (nommée dans le film soeur Luce; le réalisateur souhaitant s'écarter largement de la réalité des faits), une religieuse au centre d'une affaire passionnelle qui va semer le trouble dans les rangs de la Résistance et connaître un épilogue tragique.

On voit donc ce que ce fait divers recèle en lui de tissu romanesque, idéal pour en faire un grand film d'amour soulevant un certain nombre de profondes interrogations existentielles, notamment sur leurs relations respectives à Dieu.

iciEt d'ailleurs, ce sont essentiellement ces questions qui intéressent Jean Pierre Denis car Ici-bas n'est pas, comme les sous titre sur la jaquette pourrait nous le faire penser ("Un amour absolu, une passion sans retour"), le récit d'une folle histoire d'amour fusionnelle et interdite entre un homme et une femme, mais  plutôt celui du parcours et du questionnement de ces deux personnes face à leur foi. Ceux de Martial, jeune aumônier, que les horreurs de la guerre ébranlent,  et qui se demande  comment il peut continuer à croire dans un tel chaos? Et ceux de Luce qui va quitter le couvent et rompre son lien avec Dieu par amour pour Martial, mais qui vit cet amour comme le prolongement de celui qu'elle éprouve pour Dieu.

Cet affrontement entre les tourments amoureux (et ses incontrolables désirs charnels  inhérents) et l'attachement à la foi donnait donc matière un film troublant et passionnante, assez proche de Sous le soleil de Satan, le film palmé et néanmoins contreversé de Pialat adaptant du Georges Bernanos, le grand maitre de ces questions existentielles et philosophiques sur la religion.

Mais Denis n'est pas Pialat et se contente de filmer son histoire platement, sans audace formelle ni prise de risque particulière. On se croirait hélas parfois devant un téléfilm de "qualité France" comme nous en propose régulièrement le service public. Passé la première demi heure, assez captivante, l''intrigue se dilue car l'auteur et son coscénariste ne savent pas trop sous quel angle aborder ce scénario qui embrase certainement trop de thématiques différents (la religion, l'amour, la résistance, les secrets, la trahison...) malgré les beaux efforts d'Eric Caravaca (Martial) et de Céline Sallette (Luce), jeune actrice qui monte au visage fragile et à l'assurance déjà sensible.  

C'est d'autant plus regrettable que les comédiens sont excellents, ce qui ne dément pas la grande maîtrise  que Jean-Pierre Denis  a toujours affiché enici bas terme de direction d'acteurs ( Sylvie Testud n'a jamais été aussi bonne que dans Les blessures assassines)Toute la place ou presque est faite au jeu des acteurs. Céline Salette, une actrice que l'on remarque de plus en plus dans le cinéma français ( Avant l'aube, L'appolonide, Un été brulant) révèle un indéniable potentiel dans un rôle pas évident à jouer.  Et Eric Caravaca, acteur que j'adore depuis la Chambre des Officiers de François Dupeyron propose une interprétation tout en nuances  d'un homme profondément tourmenté et assez ébahi par cet amour qui lui tombe du ciel si j'ose dire. Son personnage n'est pas vraiment sympathique,  loin de là, mais on n'arrive jamais à vraiment le haïr, grace avant tout à l'humanité que lui confère l'acteur. Et dans les personnages secondaires, si quelques uns sont un peu sacrifiés, le toujours parfait Jacques Spiesser offre une très touchante composition d'évèque partagé entre la défense de sa paroisse, et une humanité bienvaillante.

Bref, Ici Bas est un film qui possède des qualités évidentes, mais il n'est hélas pas le grand film auquel il aurait pu prétendre être.

A noter que le DVD du film, qui sort le 6 juin prochain, propose une version en sous titre pour sourds et malentendants ( que j'ai utilisé, je n'ai pas de casque et des enfants qui dorment près du salon) ainsi qu'une audiodescription du film,  et ces 2 initiatives sont à fortement saluer, car elles sont encore loin d'être généralisées par l'ensemble des distributeurs (Merci donc à l'éditeur en question, Pyramide Vidéo). En revanche, le making off du film de 25 minutes est, lui, assez anecdotique.


ICI-BAS : BANDE-ANNONCE Full HD de Jean-Pierre Denis

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