N’étant pas forcémen2012-03-31-cambodge-1t un féru d’histoire, et m’étant certainement un peu assoupi devant des cours dans cette matière au lycée, je cultive quelques lacunes historiques criantes, notamment dans le secteur international.

Ainsi, j’avais vaguement entendu parler de Pol Pot et des Khmers rouges, mais, à part savoir que Pol Pot était un tyran qui avait fait couler du sang de plusieurs centaines de milliers d’innocents, j’avouais mon ignorance crasse sur ce sujet- entre autres périodes politiques importantes.

En 2003, une partie des cinéphiles  avait découvert S-21, La machine de mort khmère rouge, du cinéaste cambodgien Rithy Panh présenté hors compétition au Festival de Cannes. Un film documentaire, coproduit  également par Arte, qui ouvre le travail de construction d’une mémoire cambodgienne et mondiale sur ce « génocide sans image » j’avais raté ce film et ait décidé de faire une séance de rattrapage en visionnant ces 3 DVD.

C’est  donc dans le but de combler cette carence que j’ai demandé à recevoir le DVD sur les Khmers rouge qui était proposé par Cinétrafic dans le cadre de son opération un dvd contre une chronique. Ce que j’ignorais c’est que ce DVD ne comportait pas un seul volume, mais trois, comportant chacun souvent plusieurs documentaires. Bref, au total 6h30de documentaires sur le sujet des Khmers rouges…Autrement dit, à la fin de la vision L-ancien-pr-sident-du-Kampuch-a-d-mocratique-la-dictature-communiste-des-Khmers-rouges-qui-ensanglanta-le-Cambodge-entre-1975-et-1979-a-t-arr-t-en-2007-de ces documents, je ne pourrais plus dire que je ne connais rien sur le sujet, ou alors c’est vraiment à se taper la tête contre les murs.

Arte Editions propose en effet  dans sa collection Histoire un opus de 6 heures, sorti le 4 avril dernier,  consacrées à l’histoire contemporaine du Cambodge à l’occasion de la condamnation à la prison à perpétuité de l’ancien tortionnaire Khmer rouge connu sous le nom de Duch. Le durcissement de la condamnation prononcée en première instance, pour crimes contre l’humanité, violations graves des conventions de Genève, homicide et torture, plus de 30 ans après ces atrocités, souligne la gravité des crimes subis par les victimes du régime Khmer rouge mais aussi la détermination des Cambodgiens à affronter leur passé.
Ce coffret documente en profondeur les différentes facettes du génocide cambodgien : l’essor de l’organisation de Pol Pot depuis les années 60, la personnalité de Camarade Duch, bourreau impitoyable et bras armé du système génocidaire, jusqu’aux récentes tribulations de la mission d’enquête internationale qui aura instruit, non sans mal, le dossier qui débouchera sur le procès des Khmers rouges

Si je résume ce que j'ai vraiment retenu de ces plus de 6 heures de documentaire, c'est à quel point, en à peine 5 ans, (de 1975 à 1979), le régime communiste des Khmers rouges a provoqué un véritable génocide au Cambodge. Près de deux millions de personnes - sur une population de sept millions -  ont succombé aux déplacements, aux travaux forcés, aux tortures et aux exécutions.  

Ce coffret traite la question des Khmers Rouges en 5 films réunis et trois réalisateurs. Pour y voir un peu plus clair dans mon analyse, je vais essayer de diviser les 3 DVD en 3 parties distinctes :

khmer-rouge DVD 1 POL POT ET LES KHMERS ROUGES

Les deux premiers DVD du coffret sont l'oeuvre d’Adrian Maben,  documentariste à qui l’on doit déjà rien de moins que Pink Floyd à Pompéi, concert avec le célèbre groupe sur le site archéologique en 1972. Et avant de s’intéresser aux Khmers Rouges, il réalisait une série de documentaires intitulée Mao, une histoire chinoise en 2006. De la Chine de Mao au Cambodge des Khmers Rouges il n’y a qu’un pas, comme le montre ses documentaires réunis dans ce coffret.

 Le premier  DVD contient lui même 3 DVD, chacun contenant un épisode de 52 minutes comportant une thématique différente.

1/ Khmers rouges : pouvoir et terreur. il raconte l’histoire de l’arrivée des Khmers Rouges et leur régime meurtrier.

Le film raconte l'essor de l'organisation de Pol Pot depuis les années 60, la prise de pouvoir en 1975, la politique de "ruralisation" fanatique qui aboutit au régime de terreur, jusqu à la défaite en janvier 1979.
Au Cambodge, le 17 avril 1975, commence l’année zéro de la révolution. Les Khmers rouges veulent faire table rase du passé. L’argent, les banques, les marchés sont abolis. Les écoles, les universités, les pagodes sont fermées. Les Khmers rouges entendent supprimer les inégalités sociales et la corruption. Mais surtout, ils veulent s’attaquer aux  villes, symboles du luxe et de l’étranger décadent, en les vidant entièrement. Le jour même, la population urbaine, appelée « Peuple du 17 avril » ou « nouveau peuple », reçoit l’ordre de partir immédiatement à la campagne. Elle va subir un régime de travaux forcés d’une dureté et d’une cruauté inimaginables. Sur une population totale de 7 millions d’habitants, il y eut au moins 1 700 000 morts. Les survivants n’oublieront jamais. Les purges, les tortures et les exécutions sommaires.
 2/ Le Mystère Pol Pot.

 Le deuxième volet est consacré à l’histoire de la figure émergente qui symbolise ce régime effroyable : Pol Pot.Un portrait de Pol Pot qui s'appuie sur des archives et des témoignages inédits, dont la dernière entrevue de Pol Pot avant sa mort avec le journaliste Nate Thayer. Qui était Pol Pot, leader criminel des Khmers rouges ?
Cet être capable d’envoyer quelqu’un à la mort avec de douces paroles…  Aucun autre leader révolutionnaire n’a laissé aussi peu de traces. Pol Pot a presque toujours refusé de donner des interviews quand il était au pouvoir, mais également après, quand il est parti se réfugier avec ses troupes dans la forêt cambodgienne. Toute sa vie, il a soigneusement entretenu son image d’homme mystérieux. De cette façon, il pouvait mieux contrôler, mieux tenir à distance ses ennemis réels ou supposés.
Ce film montre des documents totalement inédits sur la vie de « Frère numéro un », de sa naissance à sa mort en passant par ses études au Cambodge et en France, ses débuts politiques et militaires, ses rapports compliqués avec la Chine et le Vietnam.


 3/ Crime sans châtiment.

Dans cette troisième partie, c’est la société cambodgienne contemporaine qui est présentée, à travers l’impunité totale du régime qui a conduit son peuple au génocide. En l'absence d'un procès du régime khmer rouge, comment parvenir à la réconciliation du peuple cambodgien ? Un film réalisé dix ans avant la constitution du Tribunal International. Le cauchemar du régime des Khmers rouges est encore très présent pour la plupart des Cambodgiens nés avant 1970. Le travail de mémoire sur les crimes de Pol Pot et de son organisation est plus que jamais nécessaire. Dirigé par Youk Chhang à Phnom Penh, le Centre de documentation sur le génocide essaie de jouer ce rôle de façon efficace.
Malgré tout règne un climat d’impunité généralisée - tous les Cambodgiens l’admettent - et l’absence d’une vraie justice indépendante laissaient craindre à l’époque qu’il n’y ait jamais de procès digne de ce nom des dirigeants khmers rouges.

 Mon avis sur ce DVD :

Les 3 films d’Adrian Maben permettent de faire un point détaillé et trés complet sur l’histoire dans son ensemble des Khmers Rouges, l’investigation historique est très poussée et instructive. De nombreuses archives ont été savamment utilisées, la masse de travail du documentariste est vraiment très impressionnante. En revanche, d’un film à l’autre, Adrian Maben utilise les mêmes images d’archives pour raconter la même chose, ce qui à la longue, donne quand même une impression de répétitivité assez regrettable, à tel point qu'on ne se perd un peu dans les explications et qu'on ne sait plus trop si une information que l'on recçit  est nouvelle ou pas.


 ,2012043002_majaq DVD 2 : CAMARADE DUCH - BIENVENUE EN ENFER UN FILM D'ADRIEN MABEN 

Duch est le directeur de Tuol Sleng ou S-21, la prison de Haute Sécurité de Phnom Penh. Des 14.000 prisonniers contraints de se confesser et torturés à S21, seuls 7 ont survécu. Ce film raconte l histoire de Duch, de son enfance jusqu à sa comparution devant les tribunaux internationaux. Le portrait d un discret professeur en mathématiques devenu un bourreau impitoyable. 
Duch, contrairement à Pol Pot, Eichmann et Barbie, n’a jamais nié avoir programmé la torture à Tuol Sleng et les exécutions à Choeung Ek. Il savait que les fichiers de Tuol Sleng n’avaient pas été détruits et qu’ils contenaient la preuve écrite de ses crimes contre l’humanité. Quatre des sept témoins qui ont survécu à S-21, de nombreux gardiens et interrogateurs de la prison ainsi que l’écrivain français François Bizot sont toujours en vie pour témoigner de l’histoire de Duch, de son ardeur dans la poursuite de l’idéal révolutionnaire dans des circonstances extrêmes.
Plus de vingt heures d’archives de propagande réalisées par des cameramen chinois pendant les années du Kampuchéa Démocratique ont été triées. Des extraits du film tourné par Ho Van Tay du département audiovisuel de l’armée vietnamienne. En janvier 1979, ce cameraman était le premier à pénétrer à l’intérieur de Tuol Sleng et à tourner en 16 mm ce qu’il a vu : cadavres en décomposition, instruments de torture et, miraculeusement, cinq enfants encore en vie, cachés sous des couvertures souillées.
Un film 16 mm de François Bizot a été retrouvé, alors qu’il travaillait pour l’ambassade de France en avril 1975. Cetcambodge-khmer-rouge-douch épisode dramatique se déroulait après l’évacuation forcée de la population civile de Phnom Penh quand l’ambassade de France était la dernière ambassade autorisée à rester ouverte.
Beaucoup des confessions des prisonniers, annotées par le Camarade Duch. témoignent de la violence et de l’horreur de S-21 et de l’incompréhension des victimes qui ne savaient pas pourquoi elles avaient été arrêtées. La plupart des confessions sont totalement inventées. Duch, lui-même, reconnaît aujourd’hui qu’il savait qu’elles étaient fausses.

Mon avis sur ce DVD : De loin,  c'est le DVD qui m'a le moins intéressé des 3 . L’approche documentaire montre vite ses faiblesses et sur une approche trés similaire,  le même sujet , et d'après ce que j'ai pu lire, est ytraité de façon bien plus pertinente dans  les films de Rithy Panh, qu’il s’agisse  S-21, la machine de mort Khmère rouge ou de son récent qui touche l’actualité judiciaire du moment Duch, le maître des forges de l’enfer..

France_ART_Khmers_rouges__une_simple_question_de_justice__Khmersrouges-UnesimplequestiDVD 3 : KHMERS ROUGE : UNE SIMPLE QUESTION DE JUSTICE  

Un film de Remy Lainé et Jean Reynaud

L'histoire particulièrement dramatique et complexe du Cambodge a fait que ce n'est qu'en 2008, grâce à un tribunal international créé par l'ONU, que se tiendra enfin le procès du génocide. Sous la direction du juge d'instruction français Marcel Lemonde, accompagné d'une équipe d'enquêteurs venus de tous horizons. C'est à présent, dans une instruction qui couvre 2010 et 2011 que s'ouvre le crépuscule des bourreaux...Le documentaire de Rémi Lainé et Jean Reynaud concerne exclusivement le Tribunal international qui a débuté seulement en 2009. Ce dernier événement place indubitablement l’ensemble de cette histoire cambodgienne dans une très proche actualité, d’autant plus que l’un des derniers jugements de Duch lui-même a été rendu en 2012.

Grâce à une autorisation exceptionnelle, ce film suit cette aventure unique qui conduira à un jugement historique. Pour la première fois un documentaire dévoile de l’intérieur une enquête menée par la justice internationale. Le film suit les investigations d’un juge d’instruction et de son équipe, nommés par l’ONu pour traquer les principaux responsables des crimes commis au Cambodge sous le régime khmer rouge au cours duquel, d’avril 1975 à janvier 1979, près de deux millions de personnes ont péri. Parès trois ans de tournage au coeur même du dispositif judiciaire, l’horreur du régime apparaît au fil des interrogatoires et des reconstitutions sur les lieux de torture. En présence des hauts-dirigeants de l’époque devenus accusés et aujourd’hui octogénaires, s’élabore le dossier qui débouchera sur le procès des Khmers rouges. une occasion unique de découvrir le fonctionnement et les enjeux de la justice internationale, avec en arrière-plan l’une des plus grandes tragédies du xxème siècle.
En 2006, après des années d’atermoiements et d’âpres négociations entre les Nations Unies et le gouvernement cambodgien, une mission d’enquête internationale associée à la justice cambodgienne est mise sur pied pour traquer les responsables des crimes constatés durant les trois ans, huit mois et vingt jours de régime khmer rouge. Objectif : les déférer devant le tribunal spécial créé à Phnom Penh.
Préalable au procès, une procédure d’instruction inspirée du droit français, est confiée à deux juges, un haut magistrat cambodgien, You Bunleng, et Marcel Lemonde, figure de la justice française. Entourés d’une équipe d’enquêteurs multidisciplinaire, le juge français et son collègue cambodgien doivent déterminer, au vu des éléments à charge et à décharge recueillis durant leur instruction, si oui ou non, les responsables présumés encore en vie peuvent être déférés devant le tribunal.
En l’absence de Pol Pot, mort de maladie en 1998, les juges ordonnent l’interpellation de Khieu Samphan, ex-chef de l’Etat du Kampuchéa démocratique, Nuon Chea ex-premier ministre et président de l’assemblée populaire, Ieng Sary, ex-ministre des Affaires étrangères et son épouse Ieng Tirith, ex-ministre des Affaires sociales. Duch, directeur de S-21, principal centre de répression du régime khmer rouge est également mis en examen. Considéré comme un responsable de rang inférieur, il fait l’objet d’un dossier disjoint.


Vingt ans après le génocide, l’ONU s’est enfin prononcée pour la poursuite pénale des principaux responsables de massacres, en proposant son aide au gouvernement cambodgien. Un rapport d’expert préconisant la création d’un tribunal international ainsi que la mise en place d’une commission vérité, a été rejeté par le Cambodge, celui-ci se réfugiant derrière l’argument d’une atteinte inadmissible à sa souveraineté. Après quatre années de dures négociations, les Nations Unies et le Cambodge ont réussi à se mettre d’accord en mars 2003 sur la création de « chambres extraordinaires » rattachées au système judiciaire déjà existant. La composition des organes d’instruction, de poursuite et de jugement prévoit la participation tant de Cambodgiens que de personnalités étrangères.
La lente émergence de ce tribunal international hybride n’aura pas permis de juger un certain nombre de Khmers rouges, morts entre-temps, tels que Pol Pot ou Son Sen (ministre de la défense et responsable du Santebal, la police politique).
En trois ans, ce qui s’annonçait comme une procédure bien balisée s’apparente à une course d’obstacles. Résistance du pouvoir cambodgien-le Premier ministre ne cesse de critiquer la justice internationale dès qu’elle « menace la réconciliation nationale »-, stratégie d’opposition des principaux suspects, défense de rupture de certains avocats de la défense dont le Français Jacques Vergès, témoins rétifs, difficulté à recueillir des preuves trente ans après les faits : la mission des enquêteurs tourne au parcours du combattant.

Mon avis sur ce DVD : Au final, la bonne surprise de ce coffret reste le dernier film consacré au Tribunal International, coréalisé par le grand documentariste Remi Lainé ( qui a notamment travaillé avec Daniel Karlin) : dans sa manière de montrer une justice en train de se faire, il permet de montrer que la justice ne va certes pas de soi,  mais elle a le mérite de s’inventer en fonction des crimes commis et des accusés interrogés.Centré autour de la  passionnante personnalité du juge Marcel Lemondle et des interrogations très pertinentes qu'il soulève, ce documentaire prend le temps de traiter en images ce qu’a pu être ce Tribunal et c’est tout à son honneur, car il nous permet de réfléchir à l’histoire qui s’écrit également  et peut-être avant tout grâce au sérieux et au travail de fourmi des professionnels judiciaires. Minitieux et très pédagogique, ce film est celui que j'ai regardé avec le plus de plaisir et d'interêt. 

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[Les khmers rouges]

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