el_gustoAllez: une fois de plus,  et deux jours après la fête nationale, je décide de  vous raconter un peu ma vie, et surtout de mes origines (je suis sur que vous en mourez tous et toutes d'envie).

Fils d'une pied noir  d'origine espagnole, qui a vécu 10 ans en Algérie avant de quitter le pays, à cause de la guerre, j'ai souvent baigné, tout au long de ma vie, dans une athmosphère orientale, où la musique du Maghreb, notamment, était trés pregnante, même si c'était plus la musique commerciale (Cheb Khaled, Cheb Mami) que le vrai raï traditionnel.

 Par nostalgie pour cette période et pour cette musique que j'écoute toujours avec un grain de tendresse, j'ai voulu voir, grâce à Cinétrafic, et en compagnie de ma mère, le film documentaire El Gusto ( sorti le 5 juin dernier, édité par Zylo),  réalisé par Safinez Bousbia.
Ce film, sorti en début d'année au cinéma, est un véritable cri d'amour à la musique chaâbi.  Inventée au milieu des années 1920 par Cheikh-Le Maître-El Anka, la musique Chaâbi mêle emprunts, mélanges, métissages et adaptations de cultures musicales diverses. Un style musisal original et personnel est né et remporte un franc succès auprès du public. Musulmans, Juifs,Italiens, Espagnols vivent au rythme de cette musique populaire, au rythme du chaâbi.

El Gusto c’est l’histoire d’une rencontre entre une réalisatrice et un musicien du quartier de laCasbah d’Alger. Il lui raconte son Gusto – sa joie de¨vivre, pour la musique Chaâbi qu’il pratiquait au conservatoire d’Alger dans les années 1990 entouré d’amis, juifs et musulmans, avant que l’Histoire necles sépare. 50 ans plus tard, cette jeune réalisatrice fait le pari de les retrouver et de les faire remontersur scène. Le film vient donc après une longue tournée ( le band est d'ailleurs passé aux Nuits de Fourvière l'année passée), et surtout a le grand mérite de revenir sur une période oubliée de l'histoire de l'Algérie.el_gusto_photo

Mais El Gusto est bien plus qu'un simple documentaire musical : par le biais de témoignages et d’images d’archive,  le film révèle aussi  le rôle méconnu qu’a pu avoir cette musique pendant la guerre d’Algérie. Et il dit également de jolies choses sur la tolérance, le partage, par le prisme de cette entente sincère entre communautés qui a pu exister entre Musulmans, Juifs et Chrétiens autour de cette même musique populaire et solaire.

Ce film est également l'occasion de revoir Robert Castel, comédien phare des années 70, et que je connaissais surtout pour ses apparitions potaches dans l'émission de Jean Pierre Foucault l'académie des 9, émission que je regardais  tous les midis avec ma grand mère ( encore unec-passionnante- parcelle de ma vie que je dévoile :o). Ici, il nous montre une autre facette, celle de musicien et fils d'un grand musicien du chabi Lili Labassi. Il se montre d'ailleurs pertinent dans ses interventions, notamment sur les injustices du statut d'artiste d'une rive à l'autre (quasi-nul en Algérie, très valorisé en France).

 Mais plus encore, le film est avant tout un superbe portrait du quartier de la Casbah à Alger, berceau de la musique  chaâbi. Jamais je n'ai vu Alger aussi magnifié dans ses prises de vue, et je pouvais voir, du coin de l'oeil ,de l'autre coté du canapé, ma mère voir à l'écran, les yeux aux bords des larmes l'Alger de son enfance.

Le film instille il est vrai  une vraie et profonde nostalgie, mais une nostalgie qui n'est jamais empreinte de tristesse et de mélancolie, puisqu'à la fin de l'histoire ( ce n'est pas un spoiler,tout le monde la connait), tous ces artistes se réuniront pour faire ce qu'ils préfèrent, jouer leur musique de tout leur coeur et de toute leur âme, sur scène.

Bien plus qu'un vague rescusé de Buena Vista Social Club, auquel il peut évidfemment être comparé sur le fond, El Gusto est un très beau documentaire salutaire et digne sur une musique que j'aurais regretté de ne pas connaitre de ma vie.

 En bonus du DVD, un documentaire de 20 minutes nous apprend la génèse du projetsigne son tout premier long-métrage basé sur des entretiens avec la réalisatrice, mais également avec sa monteuse et un coproducteur du film. On apprend que la réalisatrice, née en Algérie, n’y a jamais vécu avant de s'y rendre avec une amie pour découvrir le pays. C’est au hasard ’une rencontre qu’elle fait la connaissance d’un artiste miroitier mais aussi artiste musicien qui lui faitpart de son parcours. Mais que sont devenus ses acolytes ? C’est la question que se pose Safinez. Elle décide  alors de lui proposer son aide pour les retrouver, sans pour autant avoir l’envie première d’en faire un long métrage.

Ce sont près de deux années de travail intense que Safinez et son équipe ont entrepris. Chacune des rencontres aborde sa vision de l’Histoire et de son vécu. C’est alors que Safinez Bousbia décide de porter cette histoire hors du commun à l’écran.  L’ensemble, très instructif,  permet de mieux prendre conscience des enjeux d’un tel projet, mais aussi des nombreuses embûches rencontrées.

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