brioche-caroline-viéAutant je pense connaitre un certain nombre de plumes de journalistes de cinéma plus ou moins célèbres, autant le nom de Caroline Vié, journaliste cinéma dans le quotidien 20 minutes ( que je lis pourtant tous les matins) m'était totalement inconnu. Cela est d'autant plus inexplicable que la dame a chroniqué dans Le cercle cinema, la seule émission dont je ne manque aucun numéro. D'ailleurs, dans Brioche, il y a un passage autour des coulisses de cette émission, passage pas vraiment reluisant sur ses chroniqueurs ni pour son animateur, Fédéric Beigbeder.

Mais outre Le Cercle, c'est tout le milieu du cinéma qui est mis à mal dans ce Brioche, roman bien plus acide que la viennoiserie du même nom.

Caroline Vié porte en effet un regard acéré et sans concession sur son métier mais aussi les acteurs  qui gravitent autour de son univers : ainsi attachées de presse, stars (Bruce Willis et Robert de Niro sont les moins épargnés par ce jeu de massacre) et les autres journalistes, perdent, si besoin était,  totalement de leur superbe.

Caroline Vié ne va pas bien chercher loin pour le personnage de son premier roman, puisqu'elle se met dans la peau d'une critique de cinéma , mais espérons le pour elle, un peu plus misanthrope qu'en réalité, tant la narratrice du roman déteste tout le monde, et surtout...les acteurs de cinéma!!!

Caroline Vié.

L'héroine de son premier roman est en fait une vraie sociopathe  qui ne ressent rien pour ses proches sauf un ennui profond et un vague mépris et surtout, encore plus étonnant pour moi qui aurait rêvé d'en faire son métier, n'épourve aucune motivation pour cette profession qu’elle pratique dépourvu de la moindre motivation, celle de critique ciné.

Mariée et mère parce que ça se fait, critique de cinéma par la force des choses, elle n'est pas du genre à s'affoler parce qu'elle doit interviewer une star Hollywoodienne. Et pourtant, alors qu'elle nous raconte ce début d'existence plutôt maussade, le récit est entrecoupé de passages où elle s'adresse à l'objet de tous ses désirs qui vient de débarquer dans sa vie. ' ex: '"Je me penche sur ton lit et te regarde dormir. Tu fais des bulles en ronflant doucement. Je te parle et tu ne m'écoutes pas. Ce n'est pas grave. Il faut que je mette les bouchées doubles. Tu sais si peu de choses sur moi. Je connais tant sur toi. C'est injuste, voilà pourquoi je m'engage à la sincérité. Je le dois à ton sourire. Je le dois à cette moue délicieuse, à ces grands yeux. Je pourrais te regarder des heures. Laisse-moi jouer les Shéhérazade, mon bébé. Qui a dit que quand on aime, on ne conte pas ? Tu te berceras de mon histoire".)

Et cet objet de fantasme prend la forme d'un acteur américain  de seconde zone, et que la narratrice dépeint elle meme comme étant objectivement pas beau, avec plein de gras autour de la taille... on essaie pendant tout le film d'imaginer quel acteur peut être représenté sous cette image là (Caroline Vié a elle même visiblement eu un coup de foudre du même genre, même si on espère qu'elle n'a pas fait le même passage à l'acte), mais cette recherche fût bien vaine (j'ai pensé à Jack Black, mais l'acteur est cité par ailleurs).

Ce qui est sur, c'est que cet acteur va se retrouvé ligoté et soumis à tous les gestes les plus fous de sa tortionnaire, madame la critique de cinéma, qui a un peu pété un plomb devant la force de son désir et l'indifférence de cet acteur à son égard!!!

Bref, le livre, qui m'a laissé perplexe dans les 20 premieres pages car l'intrigue met un peu de temps à se mettre en place, a très vite emporté mon adhésion devant cette intrigue à la  "Misery à la french sauce".

 Caroline Vié sait nous embarquer avec elle dans ce court chemin vers la folie destructrice. Grace à son écriture fluide, dynamique, plein de drolerie et de fantaisie, et une histoire tragi comique qui fonctionne parfaitement, voici une "brioche" vraiment savoureuse à conseiller à tous ceux et toutes celles qui ont parfois tourné la tête devant une star de cinéma... La liste est longue, me semble t -il...