bus 678Pur hasard de calendrier, mon cinéma de quartier (le Ciné Saint Denis à la Croix Rousse) a programmé, à une semaine d'intervalle, deux films pas de toute première jeunesse, mais qui ont un gros point commun, celui d'avoir comme décor principal, un seul et même moyen de transport, le bus....

Pour moi, qui suis à fond transport en commun, je ne pouvais qu'être sensible à cette coeïncidence, et aller voir  ces deux films, qui a part le bus, ont peu de points communs, à part le fait d'être tous deux trés réussis. Petit aperçu de ces deux voyages cinématographiques :

1. Les femmes du bus 678 : Voyage dans une Egypte machiste et révoltée

Ce cinéma a parfois un choix de programmation un peu étrange, comme celui de passer mi octobre un film sorti en mai.... Certes, c'est tout à l'honneur de ce genre de cinéma d'art et d'essai de ne pas suivre le rythme de folie de distribution des films, mais il prend également le risque de se voir confronté simultanémement à la sortie du films en salle en même temps que sa sortie DVD, le film sortant d'ailleurs le 6 novembre prochain en DVD.

Du coup, peu de monde dans la salle, et c'était fort dommage, tant ce beau film, venant d'un pays dont peu de films sortent en France, vaut largement le coup

Ces "femmes du bus 678", ce sont trois femmes issues de milieux différents,  Fayza, Seba et Nelly, qui vont s’insurger contre un état de fait, tabou en Égypte, le harcèlement ordinaire et quotidien. Ces trois femmes s’unissent pour combattre ce machisme impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Elles refusent de se laisser humilier en silence et décident que, dorénavant, elles répliqueront à ceux qui les humilient.

Personnellement, j'ai entendu parler de ce phénomène de harcélement sexuel en Egypte à travers le fait divers concernant Lara Logan, journaliste de CBS News au Caire, violée sur la Place Tahrir le soir de la chute d'Hosni Moubarak. Le jeune réalisateur Mohamed Diab  a eu l'idée du film en assistant au premier procès égyptien sur le harcèlement sexuel (l'affaire Noha Rushdi en 2008)

Le sujet est extrement tabou en Égypte, et du reste, le film a provoqué de nombreux débats et a eu un impact important sur le public musulman.

Film engagé, féministe et inspiré de faits divers réels, ce film porte un regard fin et critique sur la société, et ancré dans une réalité souvent hélas bien trop niée.

Partant de ce climat sous haute tension, où la menace est permanente ( dans un bus, mais aussi dans un stade ou devant chez soi), Mohamed Diab signe un film coup de poing où l'écriture cinématographique est constamment présente. Très habilement construit avec le principe d'une mème scène vues sous différents angles (on a beaucoup parlé d'Innaritu, et on y pense effectivement un peu), le scénario décrit parfaitement les nuances humaines et la complexité de ce problème de société.

Beaucoup moins démonstratif que j'aurais pu le craindre sur un tel sujet, le film est en outre servi par une interprétation abssolument remarquable des 3 actrices principales, et offre un portrait personnage d'inspecteur qui apporte un peu de légereté à l'ensemble, même si la fin du film verse dans l'émotion pure.

Un très grand film à voir sans plus attendre!!!

2. The We and the I : Voyage dans un Bronx survolté et juvénfile

Contrairement au film précédent, le bus est bien plus que le point du départ du film, car c'est carrément le personnage principal. En effet, le film est un huis-clos qui se déroule presque intégralement dans un bus qui ramène les élèves d'un lycée du Bronx le jour des vacances scolaires.

8-THE-WE-AND-THE-I-PICSLe film durant 1h43, je me suis dit que les lignes de bus new-yorkaises sont quand même sacrément longues et j'ai pensé à ceux qui l’empruntent matin et soir tous les jours.

Mais cette durée de trajet, sans doute peu réaliste, permet aux relations d' évoluer formidablement au fur et à mesure du trajet, dépeignant les aléas de l’adolescence, riches en histoires et en émotions.

Ici, le dispositif est tellement criant de vérité que j'avoue avoir eu,surtout au début du film, un peu mal au coeur, comme dans un vrai bus (je suis un peu choupinette), d'autant plus que les protagonistes jouent avec de la nourriture, le genre de chose que mon estomac tolère mal (qu'est que je vous disais-je?).  L’exiguïté du lieu donne au film un sentiment de plongée dans un monde très fermé, dont le spectateur semble être le seul élément extérieur autorisé à y accéder.

 N'étant pas, comme bon nombre de mes confréres bloggeurs, un fan du cinéma de Michel Gondry, j'allais voir celui ci sans énormément de conviction et j'ai été totalement bluffé par ce film, qui est à mes yeux, le meilleur de son auteur, car le plus abouti, malgré la relative modestie de l'entreprise. On retrouve cependant le  "style Gondry" , notamment dans sa façon d'insérer des scènes suédés ou tournées comme sur YouTube comme illustration des récits des lycéens.

Les jeunes acteurs sont de vrais lycéens et portent leur vrai prénom, et la conductrice de bus est vraiment conductrice de bus, les dialogues sentent tellement le naturel qu’ils ont l’air improvisés; tout ceci renforce l’aspect « docufiction ». Pourtant, tout a été écrit et préparé, Gondry s’inspirant de sa propre expérience et du vécu de ses jeunes interprètes. Et si le résultat donne l'impression d'une grande fluidité malgré l'enchainement des vannes, des déplacements des uns et des autres, on a affaire à un scénario extrêmement rigoureux et précis.

Le film nous démontre très brillamment une évidence dont j'ai souvent été lé témoin : le changement d'attitude de l'individu face au groupe,  car à la fin du film, les leaders découvriront à leurs dépens qu’il leur est difficile de sortir du personnage qu’ils se sont forgé au sein de ces groupes. 

Le film fait aussi, à sa façon, penser à un "slasher movie"; les personnages « disparaissant » un à un, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux dans les derniers intants.  The We and the I impressionne par la justesse de ton de ses acteurs, tous amateurs.

 Extrêmement rythmé et énergique, il se passe, durant ce trajet  une quantité importante d’évènements en tous genres. Et pratiquement l'ensemble de ces jeunes vont nous paraitre, à la fin du voyage bien plus sympathiques et attachants qu'au départ de l'aventure.

A la fin du film, on se dit qu'on a été ravis de faire cette heure trois quarts en compagnie de ces jeunes gens qui en valaient bien la peine.

En conclusion, et ayant vu Cosmopolis et Holly Motors qui, de leurs cotés avaient un autre moyen de transport en commun, je dois avouer que les films ayant un bus pour cadre me séduisent plus que ceux qui prennent la limousine comme point d'ancrage... je n'ai donc qu'une chose à dire : vive donc les transports en commun au cinéma (et dans la vie aussi)!!!