dans la maisonGrand soulagement pendant la vision du dernier film de François Ozon, Dans la maison : je me suis en effet dit (enfin pas tout le temps quand même, tant j'étais pris par l'histoire) : "Ah, enfin un film dont j'ai fait gagner des places, et qui ne me déçoit pas!!

Au contraire, je pense même que, si j'avais vu le film avant d'organiser mon concours, j'aurais bataillé pour que tous mes lecteurs puisse gagner ces places, tant j'aurais envie que tout le monde entre avec moi dans cette si éblouissante maison "ozonienne".

Cependant, je commencerais ma chronique par une petite mise en garde : pour entrer dans cette maison, il faut préalablement accepter de se laisser guider, car c'est bel et bien le maestro (adverbe dont le jeune Claude affuble ironiquement son professeur de français) Ozon qui en possède les clés, même s'il nous laisse la si agréable impression qu'on pourrait faire partie de la mise en oeuvre du plan de sa maison.

Le film fait en effet partie de ces rares oeuvres qui joue constamment avec le spectacteur, et qui lui donne l'impression qu'il est intelligent, parce qu'il pourrait avoir compris les rouages du scénario, alors que seul le maitre d'oeuvre les possède.

Dans la maison est en effet un très déléctable jeu de Cluedo hypnotisant le spectateur avec un récit à tiroirs, ou si vous préférez, un jeu de chat et de la souris, passionnant de bout en bout. J'adore être manipulé au cinéma, mais évidemment seulement quand c'est bien fait, et ici, les rouages du scénario et de la mise en scène sont tellement prodigieuses qu'on assiste à ce cours de manipulation avec une vraie jubilation.

Evidemment, le thème central du film est de ceux qui me passionne le plus au départ : l'élaboration d'une fiction, et toutes les questions inhérentes  y sont déroulées avec un vrai fil narratif : la construction d’un récit, le choix d’un style ou d’un genre, les intentions de l’auteur, les motivations des personnages, créant à l’écran des retours incessants sur les scènes et semant un peu plus le trouble dans une intrigue où réel et fiction deviennent de plus en plus, difficiles à démeler. L'une des grandes forces de ce film réside tout particulièrement dans cette ambiguïté de la relation qui unit l’écrivain et son lecteur, et qui est de plus doublée d’une réflexion sur la mise en scène des situations narratives.

Quel plaisir de voir un film où les personnages sont si finemement écrits (certes, ce n'est pas forcément le cas pour le personnage du père Rapha joué par un Denis Ménochet qu'on a vu plus sobre cette année, mais comme cela est délibérement caricatural, je n'ai pas bloqué dessus), possédant tous un halo de mystère et des zones d'ombre qui ne seront pas toutes éclaircies à la fin. L'ambiguïté de plusieurs situations et des deux personnages principaux constituent un véritable régal pour le spectateur, partagé entre malaise réel et plaisir presque pervers, obligé de jouer les voyeurs contré son gré...

A la fin du film, je n'ai qu'une envie, aller tirer un coup de chapeau à François Ozon, dont tous les films ne sont pas aussi réussis que celui ci, mais qui a le mérite de tenter toujours, au risque d'échouer parfois, (mais pas du tout cette fois ci).

Car ils sont peu nombreux, les réalisateurs contemporains (on pense pendant la projection à Almodovar ou à Allen) capables de tant d'imagination et d'inventivité avec un talent incroyable, mélangeant avec une extrême habileté réalité et fiction pour nous offrir une réflexion fascinante sur le sujet de la création artistique.

Ambitieux, audacieux, et porté des acteurs éblouissants (Lucchini, de retour en très grande forme, mais aussi la grande révélation Ernst Umhauer, magnifique en créature pasolinienne plus vrai que nature), Dans la Maison est une vraie petite merveille, qui est incontestablement un des très grands films de cette année 2012, année cinématographique qui semble, en règle générale, mieux finir qu'elle n'a commencé! :o)