burton Je l'ai déjà dit une ou deux fois: au risque de passer pour un grincheux sans grande capacité d'émerveillement, et contrairement à nombre d'autres blogueurs cinéma, Tim Burton ne fait pas partie des cinéastes qui figurent tout en haut de mon panthéon personnel. Trop fantastique, trop déconnecté de mon réel, trop fasciné par les monstres et bestioles bizarroides pour me toucher autant que d'autres

Mais en même temps, et je l'ai encore pensé en voyant le début de Frankeenweenie  (je vous reparle du film très bientôt), je suis obligé de reconnaitre que les cinéastes qui possèdent un tel univers qu'on reconnait dès les premières scènes d'un film ne sont pas légions. D’Edward aux mains d’argent à Sweeney Todd, en passant par L’Étrange noël de Monsieur Jack ou encore Batman et Les Noces Funèbres : Tim Burton fait  incontestablement partie de ces rares visionnaires du septième art qui ont réussi à créer à l’écran un véritable univers, à la fois novateur et complètement original. 

Et, devant un tel monde, on a forcément envie de s'y plonger pour essayer d'en posséder un double des clés qui nous permettrait d'y entrer plus facilement.

En lisant son livre d'entretien qu'il a fait en collaboration avec le journaliste Mark Salisbury (réédité en poche aux éditions Points), je me suis finalement dit, en toute modestie, que j'avais quand même quelques points communs avec Burton : comme lui je me suis toujours senti un peu isolé,  peu à ma place dans le monde des enfants avec ses règles, sa violence. Le cinéma de Burton glorifie toujours celui des loosers, des marginaux sympathiques, et c'est quelque chose qui ne peut que me toucher.

Et la seule différence entre nous deux (outre le fait qu'il est un génie de la réalisation, et moi....euh...non), c'est que, si, pendant mon enfance pas forcément follichone, je me suis réfugié dans l'amour de l'art,  tandis que lui s'est réfugié tout naturellement dans ses dessins et le monde fantastique des monstres et des squelettes. Contrairement à moi, Burton n'a jamais aimé lire, et il le confie sans gêne à Salisbury, il est bien plus un visuel qu'un littéraire. Mais il possède un tel don pour l'illustration et l'élaboration de monde nouveaux et jamais existant que je ne pourrais jamais dénigrer son travail.

 Tim Burton aime par dessus tout les freaks et a d'eux une vision extrêmement romantique? Burton est tant passionné par les monstres et les marginaux qu'il  arrive à les rendre attachants et  à les glorifier comme nul ne l'a fait avant lui.

Et la lecture de ces 400 pages d'entretien, truffé (cerise sur le gâteau) de croquis inédits  faits de la main de Tim Burton lui-même a été un immense bonheur, tant j'ai pu me plonger dans les abimes de la création d'un génie du cinéma. D’ordinaire avare d’entretiens, Tim Burton parle ici pour la première fois à cœur ouvert. La complicité qui le lie à Mark Salisbury nous permet d’entrer avec ces conversations dans l’intimité du créateur, et de découvrir son jardin secret, peuplé de rêves et de cauchemars.

 

De façon chronologique, de ses débuts à l'orée des années 80 à 2009, l'ouvrage de Salisbury nous permet de pénétrer dans l’intimité de Tim Burton à un degrès qu'on aurait osé imaginer. Burton ne nous épargne pas ses pensées les plus profondes autour de son oeuvre (seule sa vie de couple ne sera pas ou très peu traitée, par contre ses difficiles relations avec ses parents donneront lieu à un passage émouvant), les choix qui l’ont influencé, et même certaines des erreurs qu’il a pu commettre.

Connaissant mal l'homme et l'artiste, j'ai donc pu découvrir, au cours de cette passionnante lecture, énormément d'élements, comme l’influence importante de Vincent Price sur sa carrière, sa vision de son travail chez Disney et également sa relation avec ses acteurs et les studios. Burton est une personne qui considère, et c'est tout à son honneur, que l’émotion, l’amitié et les rapports humains prédominent largement sur les quantites d'argent qui sont mis en jeu dans un film.

Une telle vision ne peut que s'opposer à celles des grands studios hollywoodiens qu'il n'épargne du reste jamais tout au long de ses entretiens, et on comprend mieux pourquoi certains projets ont eu tellement de mal à voir le jour quand d'autres n'ont pu carrément aboutir (une adaptation de Superman notamment sur lequel Burton a planché durant 2 ans).

Je voyais Burton un peu comme un artiste lunaire un peu déconnecté du réel, mais ces entreteiens démontrent en fait à quel point il a conscience de la partie commerciale de son travail. Ses films doivent rapporter de l’argent, il essaie simplement de faire ça en y apportant une touche personnelle.

 Cette biographie possède aussi la particularité non négligeable de bénéficier de deux préfaces de Johnny Depp, l’une datant de septembre 1994 et l’autre de mai 2005, une façon pour Johnny Depp de rendre hommage au réalisateur en comparant ce qu’il est devenu grâce à lui. Depp fait preuve d'un humour très efficace, tout en ne cachant jamais l'admiration qu'il a pour son réalisateur fétiche :En face de moi, j’avais un homme pâlot, apparemment fragile, l’œil triste et les cheveux encore plus hirsutes que si on les avait filmés au réveil. Au vu de la tignasse de ce type – une touffe à l’est, quatre brins d’herbe à l’ouest, une minivague, et le reste éparpillé du nord au sud -, même Jesse Owens n’aurait pas pu battre un peigne avec des jambes. Je me rappelle avoir pensé instantanément : “T’as besoin de sommeil, mec !”

 Bref, pour les fans et pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur ce cinéaste hors du commun, ce livre est un très beau cadeau de Noel à  un prix trés abordable!!!