L-Entetement_spectacle_saisonJe n'ai tellement plus l'habitude d'aller voir des pièces de théâtre que, lorsqu'on me donne cette possibilité,  je ne me fais pas prier pour l'accepter.

Ainsi, lorsque le théâtre de la Croix Rousse, situé à quelques rues de chez moi m'a invité à une représentation de la pièce L'entêtement, dans le cadre du festival Balises dont j'ai déjà parlé , je n'ai pas hésité, et suis donc parti pour 2H15 d'une pièce riche en surprises et en virtuosité.

L'entêtement est au départ une des pièce qui a marqué le festival d'Avignon en 2011, et qui est l'oeuvre de l'auteur argentin Rafael Spregelburd,  adaptée et mise en scène par son compatriote, Marcial di Fonzo Bo .

Si je ne connaissais pas du tout Spregelburg, Marcial Di Fonzo Bo ne m'était par contre pas vraiment inconnu. En effet, même si ce comédien est un grand habitué des planches, j'ai pu le voir quelques fois au cinéma, notamment dans Peau Neuve d'Emilie Deleuze ( fille de Gilles) en 1998, puis, plus récemment dans Travaux de Brigitte Rouan, ou encore  dans Minuit à Paris, de Woody Allen ou il incarnait avec fantaisie le jeune Pablo Picasso. Di Fonzo Bo est un comédien absolument exceptionnel, au phrasé bien particulier, en décalage avec son physique un peu trapu.

Dans l'entetement, il joue le rôle de Jaume Plane, un commissaire de police plus préoccupé obsédé par la mise au point d'un langage universel, le Katak, que par le climat paranoiaque instauré par la guerre civile.

Car nous sommes en 1939 en Espagne, autrement dit au plus profond de la guerre civile. L'action se situe en effet dans une petite ville près de Valencia, dernières heures du dernier jour de la guerre civile espagnole où les catholiques réactionnaires s’opposent aux républicains.

 Le premier gros atout de cette pièce, L'Entêtement , c'est qu'elle s'appuie sur une scénographie fascinante d'Yves Bernard. Le décor est  en fait une maison installée sur une tournette qui est l'un des protagonistes principales de la pièce. 

Et si on parle de scnénographie, je dois évidemment parler de  l'utilisation de ce procédé rarement vu au théatre, mais beaucoup plus au cinéma du montage parrallèle : la pièce est en effet divisé en 3 actes différents,  qui démarrent à la même heure en trois points différents .

Ainsi, les scènes se répètent, vues du point de vue de protagonistes différents. Trois fois nous allons parcourir les mêmes heures vues d’une pièce différente de la maison du commissaire . Cela donne au spectacteur un vrai sentiment de jubilation, l'impression de reconstituer petit à petit les pièces du puzzle, même si tout ne sera pas forcément trés clair à la fin de la pièce.

Les personnages vont ainsi montrer leurs traits de caractère progressivement, mais pas de façon chronologique, puisque cela dépendra du lieu où ils se trouvent .  On comprend ainsi mieux les motivations au départ opaques du  curé  (  joué par l'extraordinaire Pierre Maillet, qui joue également une partition féminine), ou  de la jeune fille  du commissaire, dont la raison vacille ( épatante  Judith Chemla),  et qui semble hantée par la mort d'une enfant, au fond d'un puits...

Bref, on est un peu perdu ( derrière moi une spectatrice n'arretait pas de répter : bon dieu que c'est compliqué), mais délicieusement perdu :on ne sait jamais ce qui est vrai et ce qui est fantasmé, mais cela importe peu Rafael Spregelburd aime égarer le spectateur, ménager du suspense comme seul un auteur de polar pourrait le faire.

Et la mise en scène de Di Fonzo Bo achève de rendre le spectacle assez fascinant : le mélange entre vidéo,  lumières, son, musiques ajoute au mystère et à l'ivresse que procure le sentiment de pénétrer dans un labyrinthe dont il ne sait comment ressortir.

En bref, L'entement est une pièce  instructive, ludique et intelligente que je suis ravi d'avoir pu aller voir.  Vivement la prochaine sortie théâtre!!!