nino ferrer

Pour ma toute première chronique musicale de cette année 2014, je ne vais pas vous parler d'une révelation de la scène française qui risque de cartonner cette année, mais au contraire, remettre un coup de projecteur sur un artiste qui fait partie du  "patrimoine de la chanson française", un peu comme je l'ai fait récemment avec mes chroniques sur Jacques Brel ou Léo Férré.

Mais contrairement à Brel ou Férré, Nino Ferrer, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'a pas exactement la même renommée, et surtout, je reconnais qu'ill est connu uniquement non pas pour son répertoire en entier comme c'est le cas pour ces deux artistes pré cités, mais pour deux ou trois chansons récurrentes qui sont loin de réfleter l'éclectisme de l'univers de l'artiste.

Nino Ferrer souffrait d'ailleurs visiblement pas mal de ce sentiment de n'être célébré que pour les éternelles chansons les plus populaires, à savoir Le Téléfon Mirza ou dans une moindre mesure le Sud (grand standart remis au gout du jour par tous les télé crochets de France), il s'en plaignait assez souvent à qui voulait l'entendre.

Et personnellement, comme je l'avais dit il y a plus de deux ans maintenant lors de mon billet sur un de ces morceaux que je venais juste de découvrir à l'occasion d'une compil hommage, le superbe" Rua Madeira" (une des plus belles chansons françaises jamais écrite à mes yeux), je ne connaissais pas plus que cela le répertoire de Nino car j'avais tendance effectivement à bloquer sur ces tubes là trop rigolards et pas assez profonds pour moi.

Heureusement, cette carence a été réparée il y a quelques semaines, lorsque Emilie de Barclay m'a envoyé ni plus ni moins que l' intégrale de Nino Ferrer. Une intégrale digne de ce nom, regroupant  pas moins de 14 CD, édité pour le quinzième anniversaire de sa disparition et qui comprend près de 200 titres.

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Pour commémorer les 15 ans de sa disparition, voici une nouvelle intégrale 14 CD présentés dans un élégant coffret incluant l’intégralité des enregistrements de Nino Ferrer et, pour la première fois en CD, les 12 titres de Nino et Les Gottamou. Un CD bonus propose des versions alternatives, des titres inédits (comme Le téléfon en anglais et en allemand) et une version longue de Je vends des robes…

Ce coffret comprend également 9 versions inédites récemment mastérisées, dont un exceptionnel Rua Madureira en version espagnole.

  J'ai pu ainsi aller piocher dans chacun de ces disques, remplie de pépites,  prouvant à quel point l'artiste était inclassable, original et  doté d'un univers extrèmement rîche, allant dans tous les genres musicaux possibles,  du pop au jazz, du rock au swing, de la soul au rythm and blues.

 Didier Varrod, qui signe la présentation de l’artiste dans le livret accompagnant ces 14 CD  nous donne les clés pour comprendre cet artiste qui avait un degrès d'exigence et de perfectionnisme assez fort. Des qualités sans doute négligées qui ont fait que l'artiste fut tant sous estimé de son vivant que cette intégrale permet de le réhabiliter. 

Heureusement, depuis quelques années, Nino Ferrer tend à être justement réhabilité et des artistes que j'adore tel que Louis Chedid ( qui chante une chanson hommage à Nino Ferrer dans son dernier album dont je parle ici même) a notamment loué les mérites de l'artiste en ces termes :  " Nino Ferrer, je l’aime beaucoup car c’est un artiste très large, capable de faire des chansons comme « Mirza », « Les cornichons », puis « Le Sud » ou « La maison près de la fontaine »… J’aime son personnage, sa voix, ce qu’il a été, c'est tout"

En effet, Nino Ferrer est certainement l’artiste français le plus éclectique qui soit, et ce coffret est donc, et à un prix vraiment très interessant ( 29 € les 14 , soit 2 € le CD), la meilleure façon de découvrir ou re-découvrir les chansons de Nino ferrer, avec ce très beau voyage musical fantastique dans l'univers de cet artiste l aux textes parfois absurdes, parfois burlesques, et parfois bien plus poétiques ou mélancoliques.  

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Un voyage qui permet de saisir l'évolution musicale de l'artiste, de son commencement très yéyé, à un tournant bien plus rock dans les années 70, avec guitares et rythmiques qui sonnent, gros son  à foison dans un registre plus intime que les textes de ses débuts, pour arriver en fin de carrière,  à des univers plus jazzy, plus bluesy.

 Et si je devais citer mon préféré parmi ces 14  CD que j'ai écouté un à un, en mettant le temps qu'il fallait, je dirais sans doute , Nino And Radiah,  publié en 1978, un opus dans lequel Nino Ferrer livre une prestation de très haute tenue, un album aux accents de rock progressif et psychédélique, avec dans cet album, ce titre, qu'il a d'abord chanté en anglais (ce que j'ignorais totalement) avant de devenir un de ses tubes mythiques,  South, devenu le Sud.

Mais le CD de son concert chez Harry en 1995 est également un beau joyau, dans lequel il chante les plus grands succès de sa carrière, mais avec une orchestration souvent très réussie, et dans lequel il glisse au public quelques jolies phrases pouvant laissant paraitre le mal-être qui l'accompagnait jusqu'à son suicide.

Et ce coffret est plus que salutaire, car il m'aura aussi permis de faire connaitre Nino Ferrer à mon fils qui commence, à mon grand bonheur,  à s'interesser, grâce à sa maitresse à la chanson française d'époque, de Charles Trenet à Ray Ventura, et nous avons ensemble surtout écouté ce concert au Harry qui reprenait tous ses tubes, évitant que je change constamment, car, évidemment, il était plus interessé par les chansons rigolotes, de Mirza aux cornichons,  que par les raretés.

Mais comme je n'aimais pas particulièrement qu'il joue avec toutes les pochettes des 14 CD ( je peux être parfois un peu fétichiste lorsque l'objet est beau), je lui ai acheté un best of de 15 morceaux comprenant tous les hits qu'il aime, comme cela, je peux écouter quand je veux et tout seul dans mon coin Du coup, il arrive que Nino surgisse des deux coins de la maison, et c'est assurément le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre, n'est ce pas?

Nino Ferrer - L'Année Mozart (La Marche Turque)

 En bonus, une rareté de Nino que j'ai découvert également dans cette géniale intégrale.