Et si, pour une fla petiteois, je parlais également le samedi dans ma chronique DVD d'un film qui m'a beaucoup plu, ca serait pas mal, non?

Et bien figurez vous que ce n'est pas uniquement un film, mais bien deux beaux  longs métrages qui viennent de sortir en DVD  dont je voulais vous parler en ce samedi 12 janvier.

Deux films qui n'ont pas grand chose en commun, si ce n'est leur petit budget, la puissance de leur mise en scène, les deux fois dans un traitement mélangent superbement fiction et approche presque documentariste, et surtout le regard  plein d'humanité que le cinéaste ci porte sur les personnages de ces deux films.

1.La petite Venise d'Andrea Segre

Le tout premier, c'est La petite venise, un très joli film italien sorti un peu en catimini en juin dernier,  même si certaines critiques très positives m'avaient bien titillés, et qui vient de paraitre en DVD édité par Blaq Out (merci à eux pour la découverte). Dans ce film, le cinéaste Andrea Segre, documentariste, dont c'est le premier film de fiction, raconte l'amitié inattendue d'une immigrée chinoise et d'un pêcheur du coin. Dans la lagune vénitienne (magnifiquement photographiée), la rencontre romantique d'un pêcheur slave un peu poète et d'une jeune immigrée chinoise.

Une délicatesse, une amitié ( mais peut etre un peu plus que cela tout de même) entre ces deux oubliés de la vie, une chinoise illégale et un pêcheur depuis 30 ans à Venise, mais qui s'y sent toujours étranger. La petitesse, la peur et le racisme des amis italiens et l'exploitation des filières chinoises vont venir ternir cette relation, un peu comme un Roméo et Juliette mezza vocce.

Au-delà du portrait inattendu d'une ville que  l'on pense connaitre mais que l'on voit là d'un tout autre oeil,  le cinéaste sait absolument camper des personnages pétris de contradictions et d'humanités, et des situations, et le mélange entre documentaire et fiction, souvent un peu bancal ailleurs, est ici merveilleusement équilibré. On a vraiment l'impression d'être parmi ces pecheurs vénitiens, et d'avoir posé ses bottes dans ce bar de la périphérie venitienne, et le réalisateur fait montre d'un talent certain pour nous raconter cette italie là, celle des petites gens et des clandestins.

Mais La petite venise est également, et peut être avant tout, un très beau portrait de femme, celui de Shun Li, la jeune Chinoise, que joue la magnifique Zhao Tao, interprète des films de son compatriote Jia Zhang-Ké.

Le film, pudique, sensible, et qui va crescendo jusqu'à en devenir  totalement bouleversant dans ses dernières scènes, est un vrai petit que je vous conseille ardemment.

 En bonus du DVD, (outre l'interwiew interessante mais pas indispensable du réalisateur), La mer fermée,  réalisé par Andrea Segre lui même , documentaire très interessant sur  le sort des boat-people, des Érythréens, des Somaliens, que l’on suit d’abord grâce à une vidéo amateur, depuis leur bateau, à travers les témoignages que la caméra rend très vivants et instructifs.

dvd sumertime2.Summertime de Matthew Gordon

Le second petit bijou dont j'aimerais vous parler vient de sortir en DVD édité aux éditions KMBO. Ce film, sorti en salles en toute confidentialité cet été a été plébiscité par la critique et a même obtenu le prix du Jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville de 2011.

Avec une extrême justesse de ton et de sentiment, Summertime, de Matthew Gordon est un film indépendant pur jus qui montre qu'avec un budget très limité ( 300.000 dollars) on peut parvenir à réaliser une très grande oeuvre..

Summertime, comme son titre l'indique, nous emmène pendant la durée d'un été, dans la chaleur moite du Mississipi (le titre nous l'indique moins)..

Le film narre les aventures estivales de Robbie, 14 ans, et de son jeune demi-frère Fess, encore enfant. Dans la chaleur moite du Mississipi, ils cherchent à maintenir ou se récreer une famille. Hélas, entre une mère absente, un père inconnu, une grand-mère quasiment autiste et un aîné décevant, l’espoir est fragile. Reste l’ennui des longues journées d’été trompé par des jeux donquichottesques pour lesquels leurs moulins sont des bottes de paille, la recherche de pièces dans la rivière, sésames pour le distributeur de sodas et la stigmatisation collée par les autres jeunes qui vivent dans une apparente normalité, eux ! La crainte principale de Robbie vient des services sociaux qui pourraient s’apercevoir de l’indigence parentale.

 "Summertime" marque certainement les  prémisses d'une belle carrière dans le cinéma pour Matthew Gordon. À travers son premier long-métrage, il fait le portrait de l'Amérique profonde et celui de la fin d'un rêve, emporté par la pauvreté et le chômage.

L’interprétation des trois garçons, non professionnels, est époustouflante Les acteurs  issus d’un casting géant de près de 800 candidats ( comme nous l'expliquele rélisateur dans un des bonus du DVD) dans les campagnes du Missisipi.

Par ailleurs, la photographie, littérallement splendide, accompagne admirablement le déroulé des sentiments du jeune héros.

Comme pour la petite venise, Le film évite les clichés dramatiques en se maintenant à la frange du documentaire, ce qui lui donne toute son ampleur. On est emporté par cette générosité et la joie profonde de cette magnifique scène de la fin ( attention spoiler) qu'on  peut lire sur le visage de Robbie quand il invite la famille au restaurant, avec le fruit de son labeur. Scène oh combien modeste mais oh combien magnifique également.

Un très joli film ( et une belle édition vidéo, dommage simplement que le making off ne soit pas traduit) qui démontre que le ciné indépendant US, après plusieurs autres films que je n'ai pas encore vus mais qui ont également très bonne presse ( Take Shelter, Martha Marcy May Marlene, Winters bone)  se porte  visiblement très bien.