bruxellesL'année dernière- je vous en ai déjà parlé ici même-  j'avais eu la chance d'assister à une rencontre organisée par mon journal local et qui m'avait offert l'opportunité, avec d'autres lecteurs du journal en question, de poser mes questions à un des romanciers français les plus célèbres, Eric Emmanuel Schmitt.

Cette rencontre m'avait laissé de beaux souvenirs; j'avais trouvé l'homme éminémement sympathique et également- et surtout- merveilleux orateur, et je m'étais alors promis en sortant, que, désormais, j'allais sérieusement me remettre à lire cet auteur.

En effet, au début de sa carrière de romancier (commencé assez tardivement, l'auteur étant professeur de philosophie dans sa vie précédente), j'avais énormément aimé ses oeuvres, notamment, le très beau M. Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame en rose  ou bien  encore sa pièce Petits crimes conjugaux.

Ces textes, qui abordent très souvent les grand thèmes universels et intemporels que sont l’amitié,  la mort et surtout  l’amour, sont souvent emprunt de philosopie,  accessible et ludique,  qui savaient me toucher, malgré , parfois une petite tendance à flirter avec la facilité et la naiveté .

Cependant,mon enthousiasme s'évapora au gré mes récentes lectures de Scmitt m'avait un peu laissé sur le carreau,  donnant le sentiment qu'Éric-Emmanuel Schmitt,  certainement un peu trop victime de son succès interplanétaire (c'est simplement l'auteur contemporain français le plus lu dans le monde), et de la pression inhérente à son triomphe, de ses éditeurs, et certainement également accaparé par ses multiples activités annexes ( et notamment sa mission, certainement prenante de co directeur du théatre rive gauche à paris ), baclait un peu vite ses romans et ses nouvelles, et là, il faisait plus qu'y flirter avec la facilité littéraire, mais s'y vautrait parfois complaisement.

Du coup, je l'avais laissé quelque peu tombé depuis un moment, et ( honte à moi), je n'avais meme pas touché le livre la femme au miroir, exemplaire dédicacé par le romancier en personne, que j'avais reçu lors de ma rencontre avec le maestro.

Heureusement, grâce à son éditeur Albin Michel, j'ai pu me racheter et me replonger dans une oeuvre d'Eric Emmanuel Schmitt,  à savoir son tout dernier roman, Les deux messieurs de Bruxelles, qui , en fait, est  un recueil de 5 nouvelles, qui ont toutes une thématique en commun, celle dont je vous ai parlé tout à l'heure, l'amour évidemment, et l'amour sous toutes ses formes : conjugal, clandestin, paternel, filial, mais aussi amour de l’art ou amour de l’humanité.

A travers ces 5 nouvelles, voyage de Bruxelles à Viennes, du 18ème siècle à nos jours. A travers une galerie de personnages dont la psychologie est à chaque fois bien creusée Eric-Emmanuel Schmitt nous pose avec  vraie sensibilité et finesse des questions sur l’amour sous toutes ses formes.

La première nouvelle, la plus originale et réussie à mes yeux, celle qui donne le titre  voit se croiser un couple homosexuel qui vit le mariage et la paternité par procuration dans l’ombre d’un couple hétérosexuel, et cette idée ingénieuse est joliment exploitée tout au long de son récit.

Les autres nouvelles, « Le chien », « Ménage à trois », « Un cœur sur la cendre » et « L’enfant fantôme », on y voit un Beauceron qui redonne foi en l’humanité à un ancien déporté de guerre, un étrange triangle amoureux entre une femme, son défunt mari compositeur et son nouvel époux, une mère qui préfère son neveu à son propre fils, et un enfant qui ne naîtra pas parce que ses parents le savent malade, entre autres.

Toutes ne sont pas de même qualités ( outre ces messieurs de Bruxelles, Ménage à Trois et l'enfant fantome m'ont semblées les plus réussies) mais toutes développent une même idée, ce besoin de compenser nos manques et  nos frustrations par le pouvoir de l'imaginaire qui permet de s'ouvrir à d'autres vies.

 Et comme cela faisait plusieurs années que je n'avais pas ouvert un livre de Schmitt, j'ai découvert avec un vrai plaisir son journal d’écriture que l’auteu prend soin d'insérer depuis quelques années à la fin de ses oeuvres,  et qui en en fait un document où l'auteur consigne les réflexions, pensées et anecdotes à l’origine de l’écriture de ses nouvelles. La genèse de ses  différents textes  est quelque chose d'assez passionnant à lire , on y voit que la première nouvelle a été inspiré par un couple d'amis homosexuel qui leur a raconté ce mariage par procuration, et ensuite le romancier a imaginé la suite de l'histoire . 

De plus ce journal d'écriture est émaillé de réflexions plus ou moins discutables ( la meilleure compréhension de l'infidelité chez un couple homosexuel que chez les hétérosexuels) mais qui a le mérite de prolonger un début de discussion sur les thèmes abordés.

 Bref, Eric Emmanuel Schmitt, qui avait d'ailleurs obtenu prix goncourt de la nouvelle  en 2010, pour son recueil Concerto à la mémoire d'un ange, prouve avec ces Messieurs de Bruxelles qu'il sait manier à merveille l'art de la nouvelle.

Visiblement, l'homme cultive  visiblement pas mal d'inimités dans le Tout Paris (Nicolas Bedos notamment dans son dernier ouvrage ne l'épargnant pas,)  mais qu'on l'aime ( car il a aussi pas mal de fans) ou qu'on le déteste,  ce retour  de Schmitt comme auteur de nouvelles qui compte est forcément une bonne..... nouvelle!!!.