DJIAN-Philippe-COUV-Oh-avec-bandeL'année passée, j'avais consacré, sur ce blog (seuls mes plus fidèles lecteurs doivent s'en souvenir ) un billet chacun à Philippe Djian et Stefan Eicher, deux artistes dont j'aime beaucoup le style, et qui sont amis et collaborateurs de plume depuis maintenant plus de vingt ans.

Il est plus que  temps aujourd'hui que je refasse un billet sur ce duo choc de la culture françophone, mais ce coup ci un billet groupé, vu qu'ils sont revenus, il y a quelques mois de cela, sous les feux de la rampe avec un nouveau livre pour l'un et un nouveau disque ... pour les deux... (Djian est, doit on le rappeller, l'auteur principal des textes du chanteur helvétique)

1. OH... : Djian nous épate.... à nouveau!!!

En mai de l'année dernière, je vous avais décrit ma déception quant à mes dernières lectures de Djian et notamment son roman écrit en 2010, Incidences que je venais alors  tout juste de lire...

Ce que je ne savais pas à l'époque, c'est qu'il nous préparait pour la rentrée à venir un livre qui allait remettre totalement les compteurs à zéro avec ce "Oh", un titre éliptique qui présageait un peu de tout, du pire comme du meilleur...

Heureusement, très vite, les échos de la presse à sa sortie en septembre furent globalement très positifs et, cerise sur le gateau, la saison des prix le couronna d'un prix, l'Interaillé, remis généralement à un journaliste ( profession que Djian a exercé à ses débuts, mais plus du tout depuis qu'il est romancier),  ma copine avait aussi beaucoup aimé et l'avait clamé haut et fort, bref tout cela concourrait à ce que moi aussi, je prenne beaucoup de plaisir à ce roman, et ma lecture a largement été à la hauteur de mes attentes.

Dans Oh..., qui est en fait le tout dernier mot prononcé par son héroïne, Djian se glisse dans la peau d'une femme. La narratrice, Michèle, vient d'être violée. Le roman raconte trente jours de sa vie, où les souvenirs, le sexe et la mort se court-circuitent.

La grand réussite du livre tient au style totalement retrouvé de Djian, et qui cette fois ci ne tourne pas à vide, comme elle pourrait le faire parfois. Il faut dire que Djian s'appuie sur une héroine géniale, plein d'ambivalances et de contradictions.  Michèle est une fille intelligente et sexy. Elle régente la vie des autres, leur dit comment ils devraient se comporter, mais elle-même n'obéit qu'à ses envies. Elle donne l'impression que rien ne la touche, c'est une femme libérée et moderne, mais en réalité, elle n'est pas aussi forte et inébranalable qu'elle puisse le montrer.

Un exceptionnel portrait de femme pour un roman haletant et puissant, qui mérite largement les éloges qu'il a pu avoir.

envolée

 2. Stephan Eicher : une envolée qui se mérite

 Çe nouvel album de Stephan Eicher, je l'attendais avec impatience car comme je l'ai déjà dit, j'adore l'artiste, sa voix et sa sensibilité comme je l'a et lorsque Uiversal me l'a envoyé quelques semaines avant sa sortie, j'avoue l'avoir écouté trés vite, l'avoir bien apprécié mais sans être totalement emporté, et du coup, je l'avais un peu mis de coté.

Et puis, il est sorti, dans la presse a commencé à fleurir pas mal de bonnes critiques, et j'ai pris la peine de le réecouter plus calmement et c'est là que j'ai pu l'apprécier à sa juste valeur.

L'envolée n'est certes pas  un disque dans lequel on n'entre pas du premier coup, ce n'est pas une " machine à tube" ( pas de Dejeuner en paix ou Pas d'ami comme toi), les titres méritent  vraimentplusieurs écoutes pour exprimer totalement leur potentiel d'émotion.

Par rapport à ses albums précédents, Eicher a mis le pied sur la pédale, moins fouilli, plus  apaisé musicalement,  avec en fait une tonalité plus acoustique à ses compositions. Stephan Eicher a opté pour un versant folk souvent dépouillé d'où des cuivres distingués surgissent parfois, comme dans ce Sourire qui est le premier single de l'album à sortir.

 Les textes si finement ciselés ont le mérite d'aller directement à l'essentiel, c'est à dire qu'ils nous vers une réalité sociale dure mais si réaliste.

Et sur ces textes parfois douloureux, Eicher y arrive à imposer sa petite musique, et surtout à nous démontrer que sa collaboration avec Djian est toujours au sommet. On y retrouve évidemment avec plaisir la plume et la rythmique si particulières de son acolyte écrivain. Djian, "son ami masculin le plus proche", comme il aime à le dire, a ainsi trouvé les mots adéquats pour faire résonner du mieux possible le timbre éraillé et  mettre en valeur  encore plus que d'habitude la voix si belle et si particulière de ce chanteur à part dans le paysage musical francophone.

Et cette collaboration va plus loin que d'habitude puisque Philippe Djian, pour la premièe fois, pose aussi sa voix pour un duo , « Elle me dit » qui pullule de puissance.  On y imagine bien dans ce duo nos deux compères accoudés à un bar, se narrant leurs mésaventures successives avec la gent féminine.

Mais sa chanson à mes yeux la plus belle de l'album n'est pas de Djian, elle s'appelle "Donne-moi une seconde », et elle est réalisée par Mark Daumail ( du groupe Cocoon), c'est elle d'ailleurs qui ouvre l'album. Evoquant la difficulté de vivre ensemble, la mélodie oscille entre aigus percutants et gravité dramatique. Accompagnée par des choeurs, la voix d’Eicher lance un vibrant appel au secours, avant de s’évanouir dans les limbes.

Une chanson sombre, dure, qui témoigne d'un monde actuel où la vitesse et l'immédiateté prime sur tout, à l'image d'un album en phase avec notre société, mais également poétique et aérienne comme l'est son auteur.

Bref, un très beau retour en grâce de l'ami Stephan, plus que jamais épaulé par un Djian fidèle à lui même... On croise les doigts pour que leur belle aventure commune continue encore ainsi pendant de longues années, bref qu'elle ne s'envole pas!!