cotéSebastian Barry est Irlandais. S'il a publié trois autres romans, Dunne (2005), Un long chemin (2006) et Le testament caché (2009) tous  parus chez Joëlle Losfeld, j'avais seulement pu lire le dernier, très beau roman qui mélangeait petite et grande histoire. Son dernier roman, Du Coté de Canaan, sorti en France lors de la rentrée littéraire de septembre 2012 (ouf j'arrive presque au bout de cette fournée de septembre), reprend ce mélange de destinée d'une héroine perdu dans les méandres de l'histoire du XX siècle.

Cette héroine, Lilly Bere, a, à 89 ans,  une vie pleine derrière elle : et juste après avoir perdu son petit-fils, Bill, qui vient de se suicider, elle décide de raconter sa vie. Chaque chapitre correspond à chaque jour vécu après la disparition de Bill. 

Chaque jour, elle fait l'effort d'ouvrir son coeur, comme si elle se devait d'écrire ses Mémoires, et au fil des jours qui passent, nous reformons le puzzle de son histoire, et son passé peuplé d’injustices et de guerres qui lui ont ravi les êtres qu’elle chérissait. Les brûlures de l’existence racontées comme un thriller empreint d’une extrême mansuétude.

 Lilly regarde par dessus son passé et voit des moments heureux ou tristes, des personnes sincères, bienveillantes ou non, et avant, son attachement à son pays d'origine.

Le roman  a le grand mérite de soulèver pas mal de thèmes importants: les dépressions post-traumatiques des vétérans des différentes guerres, le terrorisme et assassinats perpétrés par l'IRA, les mères célibataires, les migrants qui arrivent aux Etats-Unis et bien sur la fin de vie des personnes âgées, leur solitude, et également en fliligrane la question de l'euthanasie.

Ce roman est avant tout un superbe portrait de femme, cette Lilly, tout à tour aimante, généreuse et avant tout terriblement attachante, et la vie de cette héroïne, est une épopée pleine de rebondissements à la fois tragiques et drôles aussi parfois. On est rapidement, et sur toute la durée du livre, accroché à ce personnage de femme ballotté par l'Histoire.

Pas de pathos, de roman de gare dans ce livre : Sebastian Barry, comme dans le Testament caché sait user du  le non-dit, de l'éllipse et de la suggestion, et si on aimerait parfois être plus bouleversé par les drames qui se jouent devant nous, le rendu, toujours (trop?) bien distancié reste d'une grande beauté.

Un des beaux livres  étrangers de cette rentrée littéraire qui a dans l'ensemble beaucoup séduit les lecteurs qui ont fait cette belle rencontre avec Lilly.