adjaDepuis plus d'un mois, j'ai beau clamer sur ce blog mon peu de gout pour le cinéma de Tarantino et mon agacement devant le fait que tout les blogueurs ciné ne semblaient attendre qu'un seul film en 2013, son dernier opus Django Enchainedj'ai finalement rendu les armes.

Et je suis  donc allé, avec quelques semaines de retard, allé vérifier sur place, que non, défintivement, ce cinéma là, trop violent, si trash, si plein d'esbrouffe, si second degres,  trop western, trop déserté par les femmes (j'en passe et des meilleures) n'était pas le mien...

Et aussi paradoxal que cela puisse paraitre, Django Unchained a beau être totalement dans l'esprit Tarantino que je dénigre d'habitude, il m'a fait passer un excellent moment tant c'est un film absolument joussif et qui mérite totalement les éloges qu'il récolte ici et là ( sauf chez ma chère Potzina qui joue les raleuses , rôle qui m'est d'habitude dévolu).

Bon, je n'en ferais peut etre pas des tonnes sur ce film, tant j'ai l'impression que tout le monde en a déjà parlé ici et là ( le film vient de dépasser les 3 Millions de spectacteurs et presque autant de chroniqueurs sur la toile), et je ne vois pas trop ce que je pourrais rajouter dessus.

Mais il faut peut etre quand même vous expliquer, pourquoi, moi qui n'ai jamais vraiment adoré le cinéma de Quentin, (et que je n'avais d'ailleurs même pas essayé de voir ses derniers films, notamment Inglourious Bastard,)  j'ai tant été bluffé par le film, et que, dès les toutes premières minute, je me suis dit que quand même, par rapport aux petits films francais si modestes dans leurs formes et leurs fonds vu récemment au ciné, là, j'avais affaire à du cinéma avec un grand C.

N'étant pas du tout fan des rares westerns spaghetti que j'ai pu voir dans ma jeunesse, j'ai été ravi de constater que Tarantino se démarquait quand même largement  des œuvres de Sergio Leone et y imprimer très vite sa marque et son envie de réaliser un film qui marquera forcément l'année cinématographique 2013.

Il suffit de la première apparition de Christophe Waltz au bout de 3 minutes de film pour que j'en fus pleinement  convaincu et que je m'incline devant le talent du maestro  : en pleine forêt, on fait la connaissance de ce  Docteur Schulz, un dentiste un peu particulier et de sa rencontre avec ce Django qu'il semble rechercher. La scène, jubilatoire, épate par son tempo et sa fluidité  et nous annonce le meilleur pour la suite.  Les dialogues claquent  alors comme des coups de fouet,  et les  réparties de ce Dr Schultz nous font d'ores et déjà saliver.

Et d'ailleurs, moi qui ait toujours préféré au cinéma les films superbement dialogués aux autres, j'avoue m'être dit pour une des toutes premières fois ( bon j'avais du me dire la même chose devant Pulp Fiction, mais ca date quand même un peu) que Mister Tarantino était quand même un dialoguiste hors pair; et les  véritables joutes verbales, notamment celle opposant Di Caprio à ChristopherWaltz sont une vraie jubilation de spectateur.

Découpé en trois grandes parties (la rencontre entre Schultz et Django, la conversion de Django en tueur à gages et la découverte de Candieland),  ce film étale ses 2h44 qu'on ne voit absolument pas passer ( sauf peut etre à la toute fin avec la partie de réglement de compte ultra sanglante, qui me fait penser aux Tarantino que je n'aime pas, celui de Kill Bill),

Du très grand cinéma pendant toute la durée de son film, ce n'est pas quand même pas si courant et il est impossible de bouder son plaisir :le réalisateur alterne scènes écrites avec une précision d'horloger et d’autres d’une violence plutôt déconcertante, même j'imagine pour les habitués du cinéma tarantinesque. 

Le film épate également  car il est très riche au niveau des genres ( western, mais aussi thriller, film d'amour, buddy movie, thriller) et des  thèmes abordés et  de par sa volonté de dénoncer une époque, une Amérique sauvage à la veille de la guerre de Sécession dans laquelle l’esclavage est naturel et les nègres considérés comme du bétail. 

Ce sujet de la traite négrière aux États-Unis au XIXème siècle est du coup très justement abordé car le réalisateur fait preuve de la hauteur de vue et de l'intelligence nécessaire: pour  le cinéaste,  la perversité vient des blancs  et du fait qu’ils sont seuls responsables de la révolte noire.

Certes, on pourrait penser que le film développe ainsi un certain manichéisme, puisque les blancs sont tous montrés du doigt pour leur vice et leur manque d’humanité, mais le fameux Docteur Schulz, intérpreté par un Waltz absolument fantastique vient heureusement nuancer ce tableau pas trés joyeux mais de toute façon bien conformes à la réalité de l'époque.

Mais le vrai coup de maitre de Tarantino est quand même de réussir à aller à l’encontre du bien pensant en transformant son "nigger" en cavalier et en tueur à gages  qui arrivera à tenir tête à ces esclavagistes sans scrupules.

Un constat implacable et assez inattaquable déontologiquement, à tel point que je n'ai pas bien compris les polémiques que le film a pu entrainer aux USA, et notamment chez Spike Lee, bon cinéaste ( même si ca date un peu) , mais vraiment trop susceptible sur cette question noire américaine.

Pour moi, lorsque le cinéma veut traiter de questions historiques importantes, il le fait avec plus de verve et d'efficacité lorsqu'il les traite non pas par une voie trop scolaire ou académique ( comme je peux redouter le traitement du dernier Spielberg, pas encore vu à ce jour), mais plus par la voie ludique ou extraréaliste.

De ce fait, cette facon qu'a Tarantino de réinventer l'histoire en le confrontant à ses partis pris créatifs (comme il a du le faire dans Inglourious Bastard que du coup j'ai bien envie de voir) me semble être totalement un des fondements même de l'existence du 7eme art.

Quant à la question de la violence  même du film, si elle a pu me géner dans certaines précédentes oeuvres de Tarantino par son coté second degres permanent qui témoignait d'une vraie complaisance, ici, j'ai trouvé ces scènes effectivement dures, mais totalement implacables et superbements maitrisées et en accord avec le sujet traité : Dans Django Unchained,  l'essentiel est de tenter de différer la violence ( avec notamment un dialogue extraordinaire entre Schulz et Django avant l'arrivée à Candieland) jusqu'au moment où  elle devient inélecutable et explose à la puissance mille.

Bref, ce film est une réflexion terriblement brillante sur la violence avec des scènes très réalistes (la scène  incroyable dans laquelle Schultz oblige Django à tuer un gangster devant son fils, mais aussi celle où la femme de Django est enfermée dans un four en plein soleil) .

Et pour une fois, je n'ai pas eu l'impression que Tarantino regardait de haut ses personnages, chacun, possédant une vraie épaisseur narrative et psychologique digne de ce nom. Pour camper ces personnages, il fallait des comédiens en grande forme, ce qui est totalement le cas ici.

Outre Waltz, déjà cité, et qui mériterait bien évidemment un nouvel oscar tant il jubile à incarner ce personnage,  Jamie Foxx,acteur souvent pénible à regarder est ici excellent, et bien évidemment Leonardo DiCaprio, dans son premier (second) rôle de méchant, semble également totalement s'éclater en jouant pour la première fois sous la direction de Quentin T.

Constamment imprévisible et inventif, ce Django Unchained (sur lequel contrairement à ce que je disais dans mon prolongue, j'en ai fait des tartines, je suis incorrigible) m'a fait voir le cinéma de Tarantino sous un autre angle, et me prouve à mon grand plaisir que je suis heureusement capable de revenir sur mes a priori!!