Le bleu est une couleur chaudeGrace à la sympathique des organisatrices du prix CEZAM, j'ai  droit à quelques privilèges, et notamment celui de pouvoir emprunter quelques anciens titres des sélections-romans et BD- des années précédentes, et, comme ces sélections sont de même qualité que celles de celle de cette année, j'ai pu prolonger mon plaisir de lecteur, notamment grâce aux bandes dessinées.

Une des premières BD sur lesquelles je me suis précipité était cette toute première bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude, dont j'ai entendu parler en de multiples occasions, et qui surtout bénéficiait à mes yeux  de  deux atouts non négligeables.

Le premier, c'était les couronnes de prix que cette BD a pu obtenir depuis deux ans dont celui du public au fes­ti­val inter­na­tio­nal d’Angoulême en 2011, le second que nul cinéphile ne l'ignore désormais, que  cette BD  a fait l'objet d'une adaptation par un des plus grands cinéastes français actuels, Abddellatif Kechiche, avec Léa Seydoux dans un des deux rôles principaux, le film devant normalement sortir dans les mois à venir (un des évenements 2013 du cinéma français). 

Le Bleu est une couleur chaude est la première BD publiée de Julie Maroh,  une  toutejeune auteure BD française qui a fait une partie de ses études à Bruxelles, et dont on peut retrouver tout l'univers sur son blog, Les Cœurs exacerbés.

Le bleu est une cou­leur chaude est également et surtout l’histoire douce amère d’un amour homosexuelle d'une jeune lycéenne, Clémentine,  pour Emma, une fille plus agée aux cheveux bleus le rôle qu'interpretera Léa Seydoux dans le film de Kechiche).

En plus de gérer les aléas de toute relation amoureuse, il faudra apprendre à Clémentine à apprivoiser cette passion hors normes qui s’est emparée d’elle et surtout apprendre à affronter le jugement des autres. La nar­ra­tion, à fleur de peau, adopte le rythme d’un jour­nal intime. Par ce biais, on découvre peu à peu les sen­ti­ments qui tiraillent Clé­men­tine lorsqu’elle découvre son homo­sexua­lité.

L’adolescence est déjà un âge déli­cat, comme tout le monde le sait. Et tout devient encore plus dif­fi­cile quand on risque à chaque ins­tant le rejet de ses amis et de sa famille, et, sur­tout, quand on doit tout à coup remettre en ques­tion sa propre vision de la morale et sa propre image de soi. Heu­reu­se­ment, il y a des amis qui com­prennent et ne jugent pas, et sur­tout il y a Emma.

C’est à travers ses journaux intimes, légués à Emma, qu’on découvre l’évolution de leurs sentiments, depuis leur rencontre éclair quinze ans plus tôt, jusqu’à la mort de Clémentine (je ne dévoile rien, la BD commence ainsi).

On y lit les états d’âmes d’une ado qui se cherche, ne se sentant pas tout à fait « comme les autres ». Certains passages sont assez durs : sans dénonciation particulière, Julie Maroh intègre dans cette histoire les nombreux préjugés et discriminations que subissent les membres de la communauté gay et lesbienne, qui même si l'histoire se déroule au début des années 90, a toujours court actuellement, vu ce qu'on a pu entendre pendant les débats sur la loi PMA.

Parce que cette bande dessinée permet de nous faire com­prendre ce que vivent ces jeunes filles, parce que leur his­toire touche droit au coeur, cet album contri­bue à faire évo­luer la vision de la société sur l’homosexualité. Cette BD nous montre que l’amour est avant tout une affaire de sen­ti­ments, quelquesoit quel est le sexe de la per­sonne que l’on aime. Une évidence sans doute, mais parfois il est de bon ton de rappeller ces évidences.

Ce  récit, délicat et jamais didactique, est admi­ra­ble­ment servi par le gra­phisme. Le trait est à la fois doux et fort, et en cela, il illustre parfaitement bien les sen­ti­ments contrastés des per­son­nages. Si pour Clé­men­tine, son iden­tité sexuelle est donc un bou­le­ver­se­ment intime, un sujet très per­son­nel, presque tabou, Emma , en revanche, reven­dique haut et fort son droit à la dif­fé­rence.

Jouant sur le noir et blanc, Julie MAROH intro­duit dans les moments impor­tants une touche de bleu lumi­neux, inat­tendu, qui réchauffe l’atmosphère. Et l'auteur nous laisse  le temps de se plonger dans l’univers, de découvrir les personnages. Les relations ont le temps de se construire, d’évoluer.

Alors, oui, le bleu est bien une couleur chaude, il suffit de lire cette très belle bande dessinée pour s'en assurer. Et on a  bien hate de voir ce que Kechiche pourra apporter de son univers, a priori assez éloigné de cette BD pour cette adaptation qui  promet pas mal sur le papier.