dvd-le-policierTous les cinéphiles et observateurs du cinéma mondial le reconnaissent aisément : depuis une bonne dizaine d'années, le cinéma israélien a vraiment explosé sur la scène internationale avec pas mal de cinéastes qui propose des films à la fois engagés et avec un vrai point de vue cinématographique. Parmi eux, Erzan Riklis, Eytan Foxx ou Ariel Forman ont réalisé des longs métrages particulièrement passionnants.

A ces noms là, on peut désormais en rajouter un autre,  Nadav Lapid, qui nous a proposé un premier long métrage sorti en salles voila  maintenant un an, Le Policier, qui a été particulièrement remarqué dans les festivals et par la presse spécialisée et qui a malheureusement connu, comme hélas cela arrive trop fréquemment pour les films issus de contrées plus exotiques que les USA ou la France, une sortie salles très confidentielle.

Sa sortie DVD, ce mercredi 20 mars, est donc une magnifique manière de remettre un coup de zoom sur ce film que j'ai pu voir avant sa sortie, gràce l'éditeur BodegaFilms. Et force est de constater, à la vision du film que Le Policier est effectivement un film marquant et passionnant, et sur le fond et sur la forme.

La première originalité du film de Nadav Lapid est de choisir un angle de vue différent de la majorité des récents films israéliens sortis en France . En effet, contrairement aux nombreux réalisateurs israéliens dont j'ai cité les noms Nadav Lapid ne met pas en scène le conflit israélo-palestinien et ses conséquences.

Le cinéaste préfère s'intéresser à quelques valeurs fondatrices de son pays et nous montrer, que contrairement à l'image que l'on pourrait avoir de l'exterieur, l'unité nationale face à la menace extérieure n'est qu'un leurre.  En effet, en voyant le Policier, on s'apperçoit, que comme dans d'autres pays européens, le pays voit se creuser un écart entre les riches et les pauvres  se creuse inexorablement et  qui crée un certain nombre de revendications.

Pour illustrer  cette dichotomie entre les deux classes sociales, le film va donc nous montrer deux regards opposés sur Israël: d'un côté, un pays en guerre, auquel la lutte contre un ennemi extérieur donne une cohésion puissante. De l'autre, un pays miné par des conflits socio-économiques que cette cohésion apparente occulte.

Le réalisateur nous montre en effet, que la société israélienne souffre du même mal que toutes les autres, des inégalités de classe, des jeunes sans opportunités d'avenir, un système qui enrichit les riches, et appauvrit les pauvres.

 Mais plutot que de croiser , comme très souvent dans de pareils cas,  leurs destinées par un montage parrallèle, le film va construire son intrigue en deux parties totalement disctinctes, où, à mi parcours, on abandonne totalement les personnages du début avant de ne les retrouver qu'à la dernière scène pour un duel -forcément- sanglant et inéluctable.

Toute la première partie du film accompagne un policier anti-terroriste (Yiftach Klein, très connu dans son pays) dans son quotidien. Yaron appartient à une unité antiterroriste de la police israélienne. La vie lui sourit, il attend la naissance de son premier enfant, il partage avec son équipe une amitié virile qui les fait goûter ensemble l'exercice et les festivités, affronter ensemble les difficultés professionnelles et les drames personnels.

Dans la seconde partie du film, on suit un groupe de jeunes terroristes  israëliens préparer et accomplir l'enlèvement d'un milliardaire israélien et de sa famille. 

Ce groupe de jeunes israéliens menés par un chef charismatique décidé à rendre la voix au peuple qu'il estime instrumentalisé par les puissants. La caméra s'attache à suivre plus en détails le parcours de Shira ( la jeune et fantastique Yaara Pelzig), jeune bourgeoise poétesse qui voit dans la lutte des classes l'expression d'un cri de désespoir.

 Sans jamais nous rendre particulièrement sympathiques ces deux groupes, Le Policier prend le temps de nous les montrer dans leur quotidien, et  nous les rendre profondément humain avec toutes leurs contradictions intrinsèques : tandis que le flic est sans nuance et sans beaucoup d'états d'ame dans son métier, mais se montre attentionné avec sa femme et un collège malade; les terroristes, cultivés et mélomanes, sont également présentés comme bien plus ambivalents et intéressants que de simples rebelles prets à tuer sans scrupules.

Bref, ce policier est un film à la mise en scène constamment tendue et rigoureuse, mais très intelligent dans son scénario.  La mise en scène et le découpage sont particulièrement brillants parce qu'ils s'attachent à percer la personnalité des protagonistes et en ce sens c'est une très belle réussite, on a l'impression d'avoir pénétrer leurs sensibilités.

 Passionnant sur le fond, Le policier convainc également par son style d'une exemplaire sobriété, qui dispense le cinéaste de tout didactisme.

Au final, un premier film très  impressionnant, et comme je l''ai particulièrement apprécié, suivez bien mes prochains articles, il se pourrait bien que je vienne le redéfendre prochainement, et c'est sans nul doute vous qui pourrez en profiter...