les-amants-passagers-los-amantes-pasajeros-27-03-2013-4-gA l'heure où les anti mariage pour tous se radicalisent (j'ai failli écrire "se ridiculisent") et dans leurs propos et dans leurs actes, j'aurais largement voulu défendre un film sorti récemment sur nos écrans et qui transpire la  "gay atittude" sous tous ses pores, tant l'homosexualité est prégnante du début à la fin du film.

J'aurais d'autant plus aimé le défendre qu'il est l'oeuvre d'un des plus grands cinéastes vivants, Pedro Almodovar himself,  à l'univers si inventif et virtuose dont j'avais adoré les derniers films, des Etreintes Brisées à l'excellent Piel quel habito, véritable claque cinématographique de 2011.

Je savais depuis plusieurs mois (j'en avais d'ailleurs parlé dans mes 10 films attendus de 2013) que son nouveau film, Les amants passagers, provenait d'une veine plus mineure de son cinéma,  avec un retour aux sources aux cinéma de ses débuts, le cinéma movida, qui me touche moins au départ, mais j'escomptais quand même qu'avec le génie de mise en scène de Pedro, j'allais passer un excellent moment de cinéma.

J'ai vu le film le jour même de sa sortie tant j'étais excité par voir un nouveau Almodovar, et si je n'en parle que maintenant, c'est que j'ai mis autant de temps à ruminer ma déception devant ce projet qui m'a vraiment semblé être un ratage complet, pratiquement à tous les points de vue.

Visiblement, cette comédie, si on la regarde avec une seconde grille de lecture,  est sensée être une métaphore de la situation économique et sociale qui touche l'Espagne.  Un sujet grave, et oh combien d'actualité, traité sous forme légère aurait pu être une bonne idée,  mais hélas, ici,  rien ne fonctionne vraiment, tant jamais le réalisateur ne semble croire à son sujet et à ses personnages et tant la machine tourne très vite en rond, comme l'avion du film amené à faire du surplace à cause d'un problème technique.

Pedro Almodovar, pas très fun sur ce coup-là, dépeint en effet de manière  plutot hautaine et assez ridicule le destin  de plusieurs passagers  dont on n'arrive pas du tout à s'interesser, autour d'un pseudo fil rouge lui-même articulé sur cette  panne technique de l'avion auquel personne n'y croit ( surtout si on la compare à celle de Flight vu récemment).

Les dialogues, très mal écrits, sont assez consternants de médiocrité et de vulgarité, les acteurs ne semblent pas particulièrement concernés par ce qu'ils jouent, et surtout cette intrigue manque cruellement d'enjeux fort : le côté farcesque est tellement outré et tellement traité par dessus la jambe que, si l'on sourit une ou deux fois devant quelques petites idées de scénario ( la scène de comédie musicale, pas mal, mais vue 10 fois dans la bande annonce, depuis le temps que je dis que je ne devrais pas voir les bandes annonces même ceux des films que j'attends impatiemment ou cette belle scène de téléphone perdu, la seule qui se passe en dehors de l'avion et d'ailleurs la plus réussie).

Bref, on ne rit jamais car, ce film, dans lequel Almodovar s'autoparodie constamment,  se paye le luxe de ne jamais être drôle, ce qui est vraiment ennuyeux pour une comédie.

Et comme je parlais du sujet de l'homosexualité au début de mon article, je dois dire que j'ai été assez géné par la représentation de la communauté Gay qui tombent allégrement dans la caricature totale pas loin des années qu'on pensait révolues de la Cage aux folles. Tous ces clichés sur les homosexuels ultra féminisés et qui ne pensent qu'à forniquer m'ont rendus assez tristes, et ne sont pas du tout le genre d'humour que j'affectionne.

Alors, j'ai lu dans quelques blogs qui défendaient le film que seuls les coincés n'aimeraient pas ce film, alors je ne pensais pas forcément l'être, mais vu ma réaction devant ce film, il va falloir que je me pose des questions (mais en même temps, les vrais coincés ils sont pas dans la manif anti mariage pour tous !o)?.

Et j'attendrais le prochain film de Pedro pour me poser des questions sur sa carrière car j'ose ésperer que ces amants passagers étaient juste une sortie de route temporaire et non pas une indication pour la suite de sa carrière... 

En tout cas, ce film est assurément, pour moi, mais je suis loin d'être le seul à penser cela, la plus grosse déception cinématographique ( pour le moment) de ce début d'année 2013 ...