JeanGab1Dans la continuité de la fête de la musique de vendredi dernier,  je vous redonne très vite un autre petit billet transversal, mi-musical mi- littéraire, mais on change de cap et on quitte la douce folk de Carla pour aller dans les rives plus "hardcores" du rap français...

Encore du rap, me diriez vous? Je ne vous ai pas habitué à autant de musique urbaine et engagée, n'est ce pas? .. Et pourtant, quelques semaines après mon premier  article sur les livres autour du rap, voilà que je vous livre un second volet de mes lectures liées de près ou de loin au hip hop.

Cependant, pour mon billet du jour, précisons que le rap n'est pas ( forcément) le sujet central des ouvrages en question, mais  plutôt que leurs auteurs sont tous les deux des artistes connus de la scène hip hop et qui ont voulu à raconter leur vie dans un livre, mais de façon un peu plus originale - sur le papier- qu'une autobiographie linéaire et chronologique.

Et le résultat final, me diriez vous, de ce "clash" entre grands noms du hip hop français? Voici mon verdict, évidemment, en toute subjectivité :

 1. Sur la tombe de ma mère, Mc Jean Gab'1 :

 Je connais, un peu comme tout le monde, MC Jean Gab'1,  depuis 2003,  lorsqu'il s'est mis tout le  hip-hop français à dos  dans le cultissime morceau "J't'emmerde", courageux et entrainant morceaux de détestation que je vous joins, histoire de vous rafraichir la mémoire ( je suis sympa, pas vrai?) dès à présent :

Le type était un fidèle client des plateaux télé, les médias étant forcément amusés et aguichés par sa verve et son coté grande gueule qui dit ce qu'il pense un peu comme un Joey Starr (avant que ce dernier ne se consensualise un peu).
Une verve qu'il reproduit à ravir dans son autobiographie largement romancée, parue au tout début de cette année, et intitulé "Sur la tombe de ma mère". 
Pourquoi ce titre; pourquoi la tombe,et non pas la tête?
Tout simplement parce que sa vie a basculé à 10 ans lorsque sa mère est morte, assassinée par son propre père après une dispute familiale. Le petit Jean Gab'1 ( qui évidemment ne s'appellait pas encore comme cela mais Charles), a été alors confié à la DASS, et sans autorité ni contrôle sur sa vie, a vite fait de faire de mauvaises rencontres, et de menus larcins, a basculé dans le grand banditisme. 
Il a braqué une grande banque à Berlin mais trahi par un complice, le rappeur s'est fait arrêter et a été condamné à une peine de 33 ans de prison en Allemagne  ramenée à huit ans en appel.
Bref, la vie de MC Jean Gab'1, arrivé au rap, un milieu qu'il n'aime pas par hasard, est rocambolesque à souhait, et ce livre nous en détaille toutes les péripéties, et toutes les époques ( ah la France des années 80, quelle période !!) dans une langue qui nous fait comprendre le Blaze (le pseudo si vous préférez) du bonhomme: le rappeur adore les tontons flingueurs et l'univers d'Audiard dans son ensemble, et ducoup, son livre restitue très fidélement  la langue d'Audiard en mélangeant l'argot (un peu trop quand même à mon gout ) et les formules imagées dans une langue souvent inventive et il faut le dire, assez réjouissante...
Bref, un ouvrage original, agaçant et attachant,  un peu comme  son auteur, en somme....
 

1081803-explication-de-textes-le-livre-de-passi-620x0-12 Passi, Explications de texte

Contrairement à Mc Jean Gab'1, Passi n'a pas qu'un seul tube à son compteur :  "Je Zappe et je matte" , "Face à la Mer" ( son fameux duo avec Caolgero) ou Bisso No Bisso (avec le collectif du même nom qu'il a crée) sont des chansons que tous les français ou presque ont fredonné une fois dans leur vie.
Passi a une image plus clean, plus policée, que son collègue rappeur dont je viens de parler (il a même été jury de le Star Ac, c'est dire), et pourtant, on a tendance à oublier qu' il a commencé sa carrière avec pas mal de polémiques derrière lui,  du à son groupe Ministère A.M.E.R qu'il a écrit avec le non moins célèbre Stomy Bugsy. 
Saviez vous que l'inénarable Charles Pasqua  avait porté plainte contre le groupe pour le titre Brigitte, femme de flic? . Mais c’est leur titre Sacrifice de poulets, sorti en 1995 sur la bande-originale de La Haine de Mathieu Kassovitz qui sonnera la fin du groupe après une plainte du ministère de l’Intérieur : ils sont condamnés à payer 250 000 francs (environ 38 000 euros) d’amende.
Autrement dit, la musique de Passi était alors plus proche du  gangsta rap que des chansons un peu consensuelles de sa carrière solo.
Cela, je m'en rappellerais, en revanche, ce que j'ignorais, c'est que Passi a fait également de la prison,  en 1994, suite à une histoire de meurtres pour laquelle il a été innocenté depuis.
Cela, je l'ai appris en lisant son autobiographie publiée en mars aux éditions Fetjaine et qui, comme son nom l'indique, se propose d'approfondir les thématiques de certains de ces textes parmi les plus connus de son répertoire.
Chaque chapitre comporte en effet les paroles d'un de ses morceaux, puis une explication de texte, qu'il relie souvent à un moment charnière de sa vie ou de sa carrière.
Ainsi, sa jolie rencontre avec Calogero illustre les paroles de Face à la mer, sa vision (consensuelle pour le coup) de la télévision celles de "Je Zappe et je mate", et ses aveux sur ses mois de prison font suite aux paroles du maton me guette.
L'exercice est donc au départ  plus original qu'une vulgaire autobiographie, et se voudrait , comme le prétend le dossier de presse,  "passionnée, révoltée, poétique, qui est un plaidoyer - presque une plaidoirie - pour ces générations issues de l'immigration".
Inattaquable sur la forme,  le livre, co écrite avec son jeune frère Steeve Balinde, n'est, la plupart du temps, pas grand chose d'autre qu'une compilation de lieux communs et d'idées un peu convenues qui ne nous permettent pas de nous dévoiler  une autre facette de Passi et fait quand même bien pale figure comparé au bouquin de Jean Gab'1.