11 L'affaire Toni Musulin fait partie de ces faits divers récents qui ont marqué la mémoire collective, et encore plus pour nous les lyonnais, puisque l'histoire de ce convoyeur de fonds qui a réussi à empocher,  en novembre 2009, et au nez et à la barbe de ses employeurs, la somme de 11 millions et 600 000 euros s'est passée dans notre agglomération.

 Comme le dit son avocat Christophe Cotter Bretonnier,dans un des bonus du DVD que j'ai pu voir avant même sa sortie,  demain,  le  7 aout, chez Wild Side Vidéo, si le terme de casse du siècle est souvent galvaudé, ici, il est fort à propos.

En effet, avec ce coup de maitre du braquage, on est pas loin d'être dans les mêmes hauteurs des plus grands braquages que sont ceux de Mesrine ou Spanghiero, que le cinéma avait également récemment mis en scène. Et puis l'histoire de Musulin a touché l'opinion publique aussi parce que la motivation première de l'auteur n'était pas purement financière, mais plutot sociale, en voulant se venger de ses employeurs qui l'exploitaient sans aucune considération. Un personnage qui a eu ses fans et que les internautes  notamment ont qualifié de «Robin des bois» à l'époque.

 C'est ce parti pris que choisit  le  réalisateur  Philippe Godeau ( producteur et déjà réalisateur du dernier pour la route, déjà avec François Cluzet qui incarnait  déjà une personne réellement existante médiatique, Hervé Chabalier) en  prenant le contre pieds d'un film d'action et de casse traidtionnel, car il choisit de restituer  ce fait divers dans une dimension sociale qui est d'une grande justesse.

Le fait divers tel qu'on le connait par les médias soulève énormément de questions non résolues : Qu'est-ce qui a motivé son geste? Pourquoi s'est-il volontairement rendu à la police de Monaco? Où sont passés les deux millions cinq cent mille euros qui manquaient dans le fourgon? Finalement toutes ces questions n'en font qu'une, celle de savoir qui est vraiment Toni Musulin?

Comment cet homme, sorte d'employé modèle,  très sérieux, en tout cas très consciencieux,  peut basculer en quelques secondes dans un autre monde faite d'illégalité. Cette question essentielle sur un coup de folie a servi de point de départ, de moteur au scénario élaboré par Godeau sur la base du le livre d'entretiens que Musulin a tenu avec Alice Géraud-Arfi, Toni 11.6. Histoire du convoyeur (paru chez Stock en 2011).

 Et la force et en même temps la limite du film, c'est qu'au générique de fin, le mystère Musulin restera entier. Le film s'attache à retrancrire la psychologie d'un homme tellement mutique et opaque qu'on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans sa tête.

 11.6 est donc un film plus charnel qu'explicatif, très sobre, toujours juste, et parfaitement tenu. Un film, qui  essaie, par le biais de petites touches impressionnistes (avec notamment de belles scènes de complicité avec son collègue, interprété par le toujours épatant Bouli Lanners) essaie et parvient à être le plus objectif possible.

Malheureusement, on aurait aimé certainement avoir plus d'épaisseur psychologique afin de mieux cerner le personnage, ainsi qu' un scénario surement un peu plus étoffé pour se faire littérament happer par ce personnage incarné avec énormément d'à propos par un François Cluzet parfaitement à l'aise dans ce rôle.

A noter dans les bonus, un entretien passionnant et inédit avec l'avocat de Toni Musulin et  le réalisateur Philippe Godeau