tele gauchoA Saint Malo, d'où je suis revenu samedi sor, j'ai passé 15 jours bien dépaysants sans la moindre connexion internet, mais avec pas mal de DVD et de livres dans ma valise, histoire de refaire mon retard en chroniques de livres et surtout ( car j'ai un tout nouveau lecteur DVD portable qu'il me tardait d'inaugurer) en chroniques de films.

J'ai ainsi enfin pu voir Télé gaucho, la nouvelle comédie de Michel Leclerc dont j'attendais énormément après avoir classé son précédent long métrage, Le nom des gens rien de moins que mon film préféré de l'année 2010 .

Mais si Le nom des gens fut un très beau succès public, Télé Gaucho sorti en décembre dernier dans un bel anonymat et déçut quasiment tous les nombreux adorateurs du Nom des Gens. 

C'est pour cela que je n'attendais pas grand chose de ce film, sorti en DVD en avril dernier, et dont TF1 vidéo, l'éditeur m'avait envoyé dès fin mars un DVD test pour cette chronique qui mit donc du temps à venir. D'ailleurs, c'est assez surprenant de voir que c'est TF1  qui éditait ce film vu que la chaine est directement ciblée dans le film ( nommée HT1 mais tout le monde la reconnait aisément), comme une société qui ne pense qu'au blé sans le moindre état d'ame...

En effet, la TéléGaucho en question, c'est une chaine qui a réellement existé, de 1995 à 2000, également sous un autre nom, Télé Bocal, une chaine indépendante de tous les réseaux, très marquée à gauche et dans laquelle Michel Leclerc a fait ses premières armes de vidéaste amateur.

Le film est du coup et en fait extrêmement personnel, puisqu'il raconte son expérience passée à Télé Bocal, et le personnage principal du jeune Victor qui se retrouve embarqué un peu malgré lui dans cette aventure de la télé associative est tout à fait la sienne, Michel Leclerc ayant notamment réalisé à TéléBocal une rubrique "Ces objets qui nous font chier" qu'il attribue à Victor dans le film (et qu'on retrouve avec plaisir dans les bonus de cette belle édition DVD). Tout au long du film, sont parsemées plusieurs petites rubriques différentes, souvent hilarantes et inventives, et qui font beaucoup penser aux idées qui parsemaient Le nom des gens.


Alors, effectivement, comparé à son précédent film,ce Télégaucho manque sans doute  un peu d'unité et de cohérence, et l'ensemble peut donner une impression un peu foutraque (adjectif que l'on a beaucoup entendu pour critiquer le film à sa sortie), mais en même temps c'est assez logique  car on se doute que la télé associative avait cette tendance à compenser une technique parfois approximative par une inventivité foutraque, et puis, incontestablement, ce défaut est faible par rapport au plaisir que l'on prend devant ce film.

Il faut dire que j'ai ri souvent et franchement devant l'excellence des dialogues et des situations ( la scène du plan, les chansons d'Adonis, la scène de la boutique funéraire), on rit comme rarement devant une comédie française. On pense pas mal à l'excellent  "Péril jeune", de Cédric Klapisch, (filiation renforcée par la présence au générique de Zinedine Soualem dans un rôle tordant d'ex porno star des années 70 qui rêve de montrer ses attrbuts à l'antenne), car comme dans ce film, on sent vraiment dans Télé gaucho le poids d'un collectif à travers les différentes individualités.

On voit que Leclerc ( type qui m'a l'air foncièrement sympathique au vu des bonus du DVD) met beaucoup de souvenirs personnels dans sa chronique, car les personnages échappent aux stéréoptypes et touchent juste ( excepté celui de Sara Forestier, dans un rôle certes proche de celui du Nom des gens, mais ici, le curseur est poussé trop loin dans la démesure et l'outrance) et tous ces individus sont suffisaments contradictoires et plein de défauts pour exister pleinement.

Le film montre aussi de façon pertinente que le militantisme de gauche souffre souvent de radicalité et que les personnes qui ont trop de scrupules, tels Victor ont beaucoup de mal à trouver leur place.

Et le film est également joliment nostalgique, puisqu'il nous montre fort justement une époque révolue, celle d'avant Internet, une époque où les gens se réunissaient dans un local pour voir des productions introuvables et trop radicales pour pouvoir passer sur les chaines hertziennes.

Porté par un casting imparable, mené par le toujours formidable Éric Elmosnino, ce Télégaucho est une comédie parfois burlesque, parfois émouvante, et presque consramment réjouissante et drôle que je recommande chaudement, histoire de lui donner cette chance qu'il n'a pas eu en salles.