grand centralCela n'a pas du m'arriver souvent depuis que je tiens ce blog, mais concernant la semaine ciné du 28 aout, j'ai réussi mon pari , celui de voir en salles 3 films que j'avais sélectionné au cours d'une même semaine (parfois, j'y arrive sur le long terme, mais en incluant les films vus en DVD).

Il faut dire que comme je l'avais dit en présentant cette semaine là, les 3 films en question semblaient sur le papier, totalement faits pour moi.

Si j'ai déjà parlé d'Une place sur la terre  et que je reviendrais prochainement sur Alabama Monroe, il est temps maintenant que je vous dise quelques mots sur "Grand Central", ce second film de Rebecca Zlotowski, qui possédait donc énormément d'arguments pour me convaincre.

Pensez donc, un drame français qui tente d'allier à la fois chronique sociale sérieuse  sur des salariés qu'on a peu l'habitude de voir et mélo amoureux autour d'une histoire d'amour impossible ne pouvait que tenter, vu que ces deux genres sont parmi ceux que je préfère. La cinéaste a voulu faire de ce Grand central une romance ordinaire d’aujourd’hui sur fond de chronique sociale, comme dans les grands classiques du cinéma français des années 50-60.

Et le fait que le film avait plu énormément à tous ceux qui ont pu le visionner, soit à Cannes, soit dès sa sortie salles,  était du coup extrêment prometteur.

Or, taisons d'emblée mon pseudo suspens de pacotille: si Grand Central est un bon film qui possède énormément de qualités, je pense être ressorti un peu déçu du film, eu égard aux attentes que j'avais placé dans cette oeuvre.


Je pense avoir réussi, après quelques jours de réflexion, situer la réserve du film qui m'empeche de m'enthousiasmer devant lui. A mes yeux, le (petit) problème du film  réside dans un défaut qu'on retrouve assez souvent dans une oeuvre qui tente de brasser plusieurs genres différents, celui de ne pas réussir à être du même niveau dans les différentes thématiques abordées.

Et ici, dans Grand Central, et alors que je m'attendais plus à vibrer d'émotion pour cette histoire d'amour tragique que pour les conditions de travail de ces employés sans qualification, j'avoue que le versant social du film m'a paru bien plus réussi que la partie sentimentale.

Mais avant de revenir sur ce qui cloche à mes yeux, parlons plutôt du gros atout de Grand Central, et cette superbe idée de la cinéaste d'avoir placé son intrigue au sein d'un monde oh combien opaque et méconnu des travailleurs du nucléaire.

Ainsi l'ensemble du film possède un ton singulier, sous haute tension, avec le spectre d'un danger à la fois invisible et si présent à la fois, Difficile ainsi de ne pas se sentir concerné par le sort de ces salariés intérimaires, sous-traitants de grands groupes industriels du nucléaire.

J'avoue être passé de nombreuses fois devant cette centrale du Tricastin où se déroule l'intrigue du film, et si le lieu imposant et menacant à la fois m'avait interpellé, je ne m'étais pas vraiment posé la question de savoir comment travaillaient ces salariés besogneux chargés de nettoyer au péril de leur santé un réacteur nucléaire durant sa maintenance,risquant ainsi à tout moment d'être les victimes d'une surdose de radiations.

Sans que jamais Rebecca Zlotowski ne verse dans le discours militant, on ne peut qu'être concerné par ce que l'on voit à l'image et quelques soient nos propres convictions sur le nucléaire, le discours récurrent de nos gouvernements successifs sur le bien-fondé de nos centrales nucléaires peut se voir quelque peu remis en question par ce qui nous est montré dans ce long métrage. La scène  au début du film de l'embauche de Gary ( Tahar Rahim, plus convaincant que dans "le Passé") est à ce sens assez édifiante  sur les ( mauvaises) intentions des recruteurs.

Mais comme je l'ai dit au début de mon billet, "Grand Central "n'est pas uniquement une -subtile- charge sociale sur la situation de ces intérimaires. Ce dont il est question, c'est non seulement des radiations qui émane du nucléaire, mais de celles que propage le personnage joué par Léa Seydoux sur ce Gary qu'on suit depuis son arrivée dans la région.

Et c'est là que le bas blesse un peu: Léa Seydoux a beau être effectivement irradiante en garçonne aux attitudes mi provoquantes ( le baiser effronté qu'elle lance avant même d'adresser un mot à Tahar Rahim), on a un peu de mal à croire à cette relation passionnée et passionnelle entre eux deux. Zlotowski a voulu jouer sur une quasi absence de dialogues et sur une mise en scène privilégiant le langage corporel et les scènes contemplatives, il nous manque du coup la ou les scènes clés permettant de mieux comprendre cette relation que l'on devine intense mais que l'on ne ressent pas, et cela est d'autant plus frutrant qu'on ressent bien la peur dans les scènes de central.

Les scènes finales, où la tragédie amoureuse prend corps, devraient totalement nous embraser et nous bouleverser, or, jusqu'au bout du film, cette scène ultime radicale et tranchante, on est trop spectacteur de cette histoire d'amour qu'on aurait aimé plus renversante.

Et pourtant Denis Ménochet en mari cocu et Olivier Gourmet en copain de celui ci prouvent, si besoin étaient, que ce sont de bien formidables acteurs qui auraient mérité de rôles encore plus étoffés.

Bref, "Grand central" n'est pas une déception aussi forte que les films dnt j'ai parlé la semaine passée, mais pas le grand film bouleversant et inoubliable que j'aurais aimé voir.