petites-scenes-capitales-292748Jusqu'à cette rentrée  2013, mes rencontres littéraires avec la romancière française Sylvie Germain ressemblaient quelque peu à des rendez- vous manqués.

J'avais lu d'elle "Magnus" et "Tobie des Marais", et si j'avais apprécié sa maitrise de la langue empreinte de poésie ,son univers, trop proche de la fable philosophique, m'avait toujours paru quelque peu hermétique voire abscons.

 Heureusement, Laura, des éditions Albin Michel m'a présenté, avant même qu'il ne soit mis à la vente fin aout, le nouveau roman de Sylvie Germain, "Petites scènes capitales", de telle sorte que je ne pouvais pas refuser cette nouvelle expérience avec l'auteur.

Et bien m'en a pris car ces petites scènes capitales sont un vrai délice. J'ai en effet retrouve là intact le talent d'écriture de Sylvie Germain, cette plume élégante et racée, mais ce coup au service d'une vrai récit, une saga sur toute une vie.

 Ces petites scènes capitales, ce sont en fait 49 chapitres très courts, dans lesquels la romancière  nous raconte la vie de Lili, auprès d’un père dont elle cherche désespérément à attirer l’attention, d’une belle mère plus préoccupée par son apparence que par la vie familiale, et d’une fratrie un peu particulière.

 Au départ, j'ai été certes un peu déconcerté, car certaines de  scènes capitales choisies par la romancière  m'ont semblé cèlent en fait de l'anecdotique.  La dégustation d'une tasse de thé, une ballade en foret peuvent ils être mis sous le même  plan qu'un accident dramatique ou le moment où Lili rencontre son grand amour de jeunesse?  Pour Sylvie Germain, la réponse est affirmative : l'instant le plus anodin en apparence peut entrainer de grandes incidences sur la destinée de son héroine. Et Petites scènes capitales ne nous ménage pas les rebondissements et coups du destin, un peu comme une vie Française, le chef d'oeuvre de Jean Paul Dubois qui racontait également une vie de la naissance à la mort.


Mais le personnage de Sylvie Germain est au départ moins charismatique que celui d'une vie Française. En effet,  Lili, dont le vrai prénom est Barbara, ( la raison de ce changement d'identité fait justement partie de ces scènes capitales) est une enfant puis une jeune femme timide et effacée, mais qui à l'intérieur  d'elle voit tout un tas de sentiments et de pensées se confronter : la jalousie, les angoisses existentielles, les peines,la colère Comme à son habitude, l'auteur mélange réflexions philosophiques sur le temps qui passe et sur les bonheurs et les malheurs d'une vie, mais sans que cela n'entrave la fluidité du récit, bien au contraire.rentrée littéraire

Alors certes, on aimerait parfois que Lili soit plus actrice de sa vie et moins passive, mais réussir à écrire une saga autour d'un personnage a priori si effacé est une gageure dont Sylvie Germain se sort admirablement bien.

A la fin de son récit, lorsque les ultimes scènes capitales arrivent et qu'on a vu toute sa vie défiler en 200 pages, des dernières scènes où Lili- Barbara trouve enfin un peu de sérénité, on ressent comme une vraie mélancolie à l'évocation de ces personnages qui ont peuplé la vie de cette Lili que Sylvie Germain nous a raconté avec énormément de talent.