liberace Il y a quinzaine de jours, alors que je devais rentrer à l'hopital subir une intervention chirurgicale visant à me remettre droit ma chère cloison nasale, je décida de retarder un peu l'échéance et d'aller me faire une toile juste avant de franchir les portes de l'hopital, histoire de me changer les idées et de me plonger dans une histoire qui allait me mener, je l'esperais, très loin des blouses blanches et des bistouris...

J'opta donc pour le film de Steven Soderbergh, "Ma Vie avec Liberace", que j'avais très envie de voir (j'en donne les raisons dans ma présentation du jeu concours autour du film), en me disant que cet univers de pailette et de grande folle allait totalement me faire penser à autre chose...

 Sauf que, ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'à tiers de film, nos deux héros de l'histoire, ce fameux Liberace, gloire vieillissante tout à son souci du paraitre, et son jeune appolon ephèbe joué par Matt Damon décidèrent tous les deux ( l'un plus contraint que l'autre d'ailleurs)d'aller faire une intervention chirurgicale où tout nous est montré ou presque des détails de l'intervention du chirurgien!!! Autrement dit, votre humble serviteur déglutissait deux fois plus et regardait alors tout sauf l'écran!!


Cette scène du film , plutot drôle au demeurant ( le chirurgien est joué par le revenant Rob Lowe, formidable en médecin complétement botoxé qui ne peut plus cligner les yeux) est d'ailleurs primordiale puisqu'en fait cette intervention va  permettre de transformer le jeune ephèbe en double juvénile de son mentor Liberace. Scott Thorson est en fait un véritable  objets entre les mains lde son amant, jusqu'à lui faire changer de visage.

Car "Ma Vie avec Liberace" est bien plus que ce qu'il promettait d'être sur le papier, à savoir un biopic classique sur une star de Las Vegas des années 50-60 mondialement connu aux USA ( mais pas du tout en France). Dans ce qui serait donc, si on le croit sur parole, son dernier film, Steven Soderbergh nous montre avec cruauté, mais sans jamais que ce soit  pour autantcaricatural, comment un homme possédant tout ou presque (gloire, célébrité, richesse) peut vampiriser totalement, par amour, un homme qui possède le seul bien que Liberace n'a plus : sa jeunesse et sa beauté.

 derrière le " monstre sacré " qu'est Liberace, se pose l'interrogation suprème du besoin de séduire à tout prix malgré le temps qui passe, et son seul remède à cela sera de trouver ce jeune éphèbe qui sera sa créature modelée à son image. 

L'amour comme lien de domination totale, le sujet a de quoi effrayer par son audace, et on regrette un peu du coup que la mise en scène de Soderbergh n'aille pas plus loin dans ce coté pervers, et se contente la plupart du temps d'être assez sage et appliquée, lui qui, dans ses derniers films, semblait plus inventif coté réalisation.

Après la projection, j'ai un peu regretté ce manque de lyrisme dans la réalisation qui aurait certainement donné plus démotion à ces destinées incroyables, mais après réflexion, l'approche du cinéaste est tout aussi louable.


 En effet, Steven Soderbergh a préféré aborder ce thème de manière plus sensible que dérangeante et n'a jamais cherché à prendre de haut ou tourner en dérisison ses personnages, (alors même que j'ai pu parfois lui reprocher un coté un peu trop décalé et cynique dans son approche des personnages). Cette absence de complaisance est une belle qualité du film.

 Ce regard empathique qu'il porte sur ses personnages est également accentué par une direction d'acteurs assez incroyable, portée par un  Michael Douglas aussi sensationnel qu'on l'a écrit ici ou là qui offre à la fois une composition "actors studios" (moumoute scintillante, voix éraillée et diction saccadée), tout en apportant énormément de nuances au coté grande folle qu'on aurait pu redouter de prime abord.

 Matt Damon apparait plus en retrait, mais dans un rôle qui finalement reste assez insaissable,  nous montre une palette de jeu toute en finesse assez épatante.

Bref, après avoir muri longuement dans mon esprit (j'ai eu le temps, sur mon lit d'hopital ,d'y repenser à ce film) ,cette "Vie avec Liberace", qui m'avait un poil déçu en sortant de la salle (j'étais pas non plus dans les meilleures dispositions qui soient ), est finalement une oeuvre qui marque, et qui, accessoirement clot en beauté la filmographie dense et assez épatante (quoique-forcément un peu- inégale).