Blue_Jasmine Il est certainement plus que temps que je vous parle un peu de Blue Jasmine, le dernier Woody Allen en date, sorti maintenant il y a plus d'un mois, que j'ai vu pendant ma convalescence (soit il y a maintenant plus de 3 semaines) et dont je vous ai déjà expliqué toute l'attente que je plaçais en lui.

En effet, après plusieurs oeuvres récentes considérées par beaucoup comme mineures (bien que j'adore notamment "Minuit à Paris" et "Vicky Christina Barcelona"),ce Blue Jasmine", d'humeur et de tonalité bien plus sombres que les derniers opus du maestro, fût de l'avis de tous ou presque, considéré comme un film majeur de sa filmographie, un film qui retrouverait l'excellence, voire le génie de l'auteur de "Match Point", d'Annie Hall, ou de Manhattan.

Et après avoir vu ce Blue Jasmine, certes peut être moins virtuose et inventif de prime abord que ces trois films là, je n'ai pu que me ranger en très grande partie à ces avis, et être assez épaté par la superbe forme du cinéaste de 78 ans (tiens, au fait, c'était une des réponses à mon jeu concours pour gagner des places, vous vous en souvenez?).

Malgré l'abondance de sa filmographie (même lui dit ignorer exactement le nombre de ses films) Woody Allen nous prouve avec ce "Blue Jasmine qu'il peut, et qu'il sait encore nous étonner en racontant une histoire très contemporaine et très noire, d'un degrès de noirceur qu'on n'attendait pas forcément de sa part.

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Car tout le monde ou presque l'a déjà dit, mais tant pis si je rabache (ca m'apprendra à chroniquer des films un mois après sa sortie), Ce "Blue Jasmine" est avant tout un prodigieux portrait de femme, campé par une actrice non moins prodigieuse, l'immense Cate Blanchet qu'on est ravi de retrouver avec un tel rôle à défendre au cinéma ( bien que l'actrice n'ait jamais traversé de passage du désert contrairement à ce que j'ai pu déja dire, n'est ce pas, chère Potzina?)

Pour incarner ce personnage qu'Allen lui a écrit avec un brio fantastique, Cate Blanchet (quelle façon incroyable de modifier son visage rendu distordu par la souffrance) va au delà de la simple composition. On dirait vraiment qu'elle est, dans tous les pores de sa peau, cette femme névrosée et au narcissisme fragile, cette femme prisonnière de son monde doré et  en même temps contrainte de se confronter au monde réel, à ses cruautés, à ses déchéances, à ses mensonges.

Car Jasmine va vivre une descente aux enfers brutale, puisqu' après avoir fait son nid dans les cercles les plus huppés de New-York, Jasmine ( qui n'est pas son vrai nom, mais je ne dévoilerai pas les raisons de cet emprunt) se retrouve du jour au lendemain démunie, dépouillée de tout et obligée de trouver refuge à San Francisco chez sa soeur, de catégorie sociale complètement différente d'elle (d'ailleurs, le seul petit bémol que je pourrais apporter au film réside dans son regard parfois un peu caricatural sur les prolos américains, le coeur sur la main, mais  tous terriblement incultes).

Pour nous montrer finement ce décalage entre ces deux époques, le scénario d'Allen maitrise parfaitement sa narration à rebours, en alternant avec une très grande habileté période actuelle et période antérieure, cette période où Jasmine brillait alors de mille feux. Sous couvert d'un simple portrait de femmes, "Blue Jasmine" est aussi et peut-être surtout une saisissante satire de la violence de notre société contemporaine, une peinture sociale fine et percutante sur le déclassement soudain, qui nous fait si vite  dégringoler, et mentalement, et socialement.

 

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Ce film conserve quelques caractéristiques d'un film de Woody Allen (son générique du début, avec l'apparition des acteurs en ordre alphabétique, le tempo rapide et névrosé des dialogues et de la façon de parler de ses  acteurs, la bande son jazzy...).

Cependant,  plus qu'à ses autres portraits de femme ( Alice, une autre femme avec Gena Rowlands, tout aussi sombre que celui ci), "Blue Jasmine" m'a surtout fait penser à un film que j'avais vu au cinéma il y a maintenant près de 15 ans (au début de mes années étudiantes) , d'un cinéaste américain un peu disparu des radars (euh, pour lui  Potzina tu m'accordes la justesse de mon jugement ou non?), Amos Kollek et son bouleversant "Sue perdue dans Manhattan", héroïne terriblement à la dérive que la caméra ne lachait pas d'une semelle, comme ici avec cette Jasmine qu'on ne peut s'empecher d'aimer et de vibrer pour elle, malgré la liste de ses incroyables défauts...

Et plus Jasmine s'enfonce, plus on aimerait qu'elle remonte à la surface, tout en n'y croyant hélas de moins en moins au fil des situations humiliantes qu'elle subit, et des couleuvres qu'elle avale...

 Bref,et même si j'aime également une bonne partie des films plus légers de Woody (sauf son dernier à Rome, vraiment pas très bon),  et après "Match Point" et même "un rêve de Cassandre" qui m'avait beaucoup plu aussi, je dois reconnaitre, après avoir applaudi des deux mains devant ce Blue Jasmine, que les Allen plus sombres sont certainement, sinon plus épatants, mais en tout cas de qualité plus constante que les autres!!

Plus noire que bleue, cette Jasmine peinte par Woody est en tout cas un excellent cru 2013 ( et j'attends avec la plus grande impatience le film qu'il tourne actuellement dans le Sud de la France)!!!

 Blue Jasmine - Bande-annonce VOST