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Contrairement à pas mal de cinéphiles (et notamment Michel, mon cher partenaire de blog ), les frères Coen sont loin d'être positionnés tout en haut de mon panthéon personnel.

J'ai du mal à saisir pourquoi leur cinéma, certes inventif et reconnaissable entre tous, me touche généralement si peu, mais, en y réfléchissant un peu, il me semble que c'est lié à leur refus de psychologiser les situations et les personnages, et de privilégier toujours la dimension burlesque à la dimension "humanisante" de ceux ci.

C'est d'ailleurs un peu le même reproche que j'adressais au cinéma d'Albert Dupontel et dans ma récente chronique de Neuf Mois ferme, je vous disais à quel point son inclinaison vers une humanité plus manifeste, sans renier les spécificités de son cinéma, ne pouvait que me rejoindre et me réjouir.

Et en allant voir, quelques jours après, "Inside Llewyn Davis", le dernier film des frères Coën, auréolé d'un Grand prix lors du dernier festival de Cannes, j'avoue avoir eu un peu le même raisonnement, même si là, ce fut à ma grande surprise, tant je pensais, en lisant les critiques, avoir plus à faire à une comédie bien dans le style des frères Coën.

Or, il est incontestable en voyant leur dernière oeuvre que la dimension comique de leur cinéma a laissé place à un versant mélancolique qui pourrait en laisser certains sur le carreau (le film n'a en cela pas grand chose de populaire et la salle semblait peu réceptive au film), mais qui m'a personnellement beaucoup touché.

Les personnages inquiétants et bigger thant life ,si présents dans la filmographie des Coen sont certes toujours au rendez-vous (notamment  celui interprété John Goodman, dans la partie la moins interessante du film), mais, sous ce vernis comique, qui tient aussi grâce à des dialogues totalement décalés et vraiment brillants, ce "Inside Llevyn Davis"  possède sous la surface un vrai fond mélancolique, voire désespéré, un portrait  en creux de l'Amérique  des années 60 où les laissés-pour-compte  du rêve américain existaient déjà.

Oeuvre sur l'errance, sur le mal de vivre, sur une rébellion qui au final ne débouche sur rien de constructif ni de positif, Inside Llevyn Davis est l'anti biopic holywoodien par excellence.

Llewyn Davis, à contre emploi des winners du cinéma US traditionnel, est un  personnage assez fascinant qui résiste à tout stéréotype. Alors, certes, comme dans les autres oeuvres des frères Coen, et comme je le reprochais au début de mon billet, les cinéastes refusent de nous donner les clés psychologiques permettant d'appréhender le personnage, mais en même temps, comme le fond est plus tragique que d'habitude, j'ai eu plus de facilités à palper son désarroi et son cheminement intérieur.

Aussi bien tête à claque pathétique que loser touchant, la révélation Oscar Isaac, tout autant bon acteur qu'excellent musicien (car il intreprète lui même les chansons du film) nous livre une prestation absolument remarquable qui renforce cette capacité à appréhender ce personnage, pourtant insaissable sur le papier.

Les chansons, justement, on les écoute avec  une attention et une émotion indéniables. Certains morceaux sont des reprises de celles écrites par Dave Van Ronk ; un musicien qui a sensiblement connu la même trajectoire de vie que celle de Llewyn Davis, et dont l’autobiographie ‘’Manhattan Folk Story‘’ a été une grande source d’inspiration pour les Coen.

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Mais si Inside Llewyn Davis touche autant, c'est aussi et surtout  grâce à sa bande-son, la Folk music, genre que je préfère dans l'anglo saxon, et qui est ici, est vraiment mise en valeur, transposant à l’écran une atmosphère faisant ressortir les moindres nuances de l’ambiance du New York des années 60

Pour magnifier ce genre musical, les frères Coen prennent l'option de nous donner à entendre les chansons en intégralité (ce qui est vraiment rare dans un film musical), et après le superbe Alabama Monroe, confirment la belle union entre le folk et le cinéma.

Par ailleurs, ce portrait d'un musicien raté nous dit en filigrane des choses belles et pertinentes, toujours d'actualité, sur la condition d'artiste, sur le degrès  d'intégrité qu'on peut avoir, et sur les difficultés à s'intégrer à la société sans "vendre son âme", pour ne pas passer à coté de sa carrière et de la notoriété.

 Bref,récit réaliste et touchant sublimé par son ton désabusé, son acteur principal, sa bande son et son impeccable reconstitution, cet "Inside Llewyn Davis"  fait d'une pierre deux coups : non content de me  réconcilier avec le cinéma des Coen Borthers, il confirme également l'excellence du millésisme du cinéma américain de cette année 2013.