En 1986, l'adaptation du roman 37°2 le matin réalisée par Jean-Jacques Beineix braquait les projecteurs sur un jeune auteur du nom de Philippe Djian, soudain happé par un succès public assez phénoménal.

Les journalistes et autres prescripteurs y scellaient alors les premières pierres de sa future réputation, celle d'un écrivain rock bombardé porte-parole d'une génération, lui-même héritier de la Beat Generation.

Si j'ai souvent parlé de Djian sur ce blog, je n'avais jamais lu autant d'ouvrages le concernant directement en si peu de temps. Entre son dernier roman, sa première biographie qui lui est consacrée, ainsi que le catalogue de l'exposition qu'il a présenté, je me suis vraiment fait ma cure "djianesque"..

La preuve en ces 3 courtes chroniques : 

1. La biographie, Djian en marges ( Le Castor Austral)

livre-CouvDjianOKVoilà une vraie biographie, complète et extremement enrichie, loin du travail de commande, comme on voit assez souvent dans le domaine de la biographie d'artistes. 

"En marges" constitue un boulot vraiment conséquent, composé de moults temoignages sur la vie de l'auteur. David Desvérité apporte un éclairage inédit et complet sur Philippe Djian. Il faut dire David Desvérité  est un fan de la première heure de Djian dont il découvre l’univers  avec Zone érogène à la fin des années 1980 et il commence par créer un site dédié à l’auteur de 37°2 et se poursuit dans la publication de cette première biographie parue en octobre dernier.

David Desvérité revient longuement sur l’enfance de Djian, ses années d’errance, les premières publications, la relation avec les éditeurs, le rapport à l’argent, la construction d’une cellule familiale très préservée, la rencontre avec Stephan Eicher… jusqu’à la remise du prix Interallié pour "Oh" en 2012.

C’est tout un parcours richement documenté qui dévoile un homme plein de contradictions, tout en conservant une certaine ligne directrice dans sa vie et sa carrière.

On y voit au fil des pages que ce qui a toujours le plus intéressé Djian, c'est le style évidemment, ce qu'il appelle "la musique de l'écriture", celle que possédait les auteurs américains qu'il venère par dessus tout, de Faulkner à Bukowski.

Pour Djian, « N'importe quel crétin est capable de raconter une histoire. La seule affaire est une affaire de rythme, de couleur, de sonorité. ». L'écriture de Djian possède de fait quelque chose de très cinématographique qui ne pouvait me laisser indifférent,  et chacun de ss romans est l'opportunité pour lui d'essayer de nouvelles approches stylistiques.

Cette biographie permet de cerner le long et patient cheminement d'un homme qui a toujours remis en question les fondements de son travail.   L'humilité de l'auteur dit beaucoup de son travail et du respect des lecteurs.

Cette biographie constitue par ailleurs une référence bibliographique quasi-exhaustive, la totalité des textes écrits par Djian en dehors de sa production romanesque ayant été retrouvés à l'occasion de la rédaction de cet ouvrage. Les témoignages de ses proches ont permis d'affiner ce portrait tout en nuances et en paradoxes.

Un livre référence pour consacrer cet romancier français à part,  pour qui chaque nouvelle œuvre est l'occasion de faire progresser la langue.

 2. Le  roman;  Chéri Chéri ( Gallimard)

 

product_9782070143184_195x320 Dans "Chéri Chéri", le dernier roman à ce jour de Philippe Djian, publié en octobre dernier, on suit Denis, personnage central. Denis diurne, Denise nocturne, écrivain le jour, chanteuse de cabaret la nuit, voici un homme qui essaie d'arrondir ses fins de mois car le métier d'écrivain ne nourrit pas son homme. Denis mène plusieurs vies : le jour, il est écrivain et critique littéraire, la nuit, il s’habille en femme pour faire un numéro de chant et de danse dans une boîte de nuit. Il n’est pas homosexuel, mais depuis qu’il est enfant il aime la sensation très particulière de la soie sur la peau… Tout cela est un peu trouble, mais ne va pas plus loin.

L’écrivain aborde ce thème du travestissement, qu’il dissocie de l’homosexualité,  mais le traitement de ce sujet complexe m'a personnellement, un peu laissé sur ma faim. Contrairement à son précédent roman l'excellent OH, le style flamboyant de Djian tourne un peu à vide, et son personnage principal est bien moins passionnant à suivre.

Après, on reste admiratif devant la capacité de Djian à renouveller sans cesse son style: ici, les dialogues incorporés dans le récit, le mélange de temps, l'absence de point d'interrogation, d'exclamation, tout cela distille une petite  musique, un souffle littéraire d'une intelligence qui ne pourra que séduire les  amoureux de littérature.

Et Djian parsème comme à son habitude son récit d'un humour ravgeur qui commence par  des dialogues truculents, avec pas mal d'autodérision, et se poursuit par un regard assez désenchanté sur le monde et l'époque qui l'entourent, mais il n'empeche on a un peu de mal à croire à son sujet et à ses personnages, et le livre n'est pas, et loin le meilleur de son auteur.

3. Le beau livre : Philippe Djian, Voyages

voyages djian

Ce livre accompagne l’exposition du même nom présenté dans les salles Sully  du musée du Louvre Arts du 27 novembre 2014 au 23 février 2015.

Pour cette exposition, l’écrivain a choisi des œuvres hétéroclites dans les arts et la littérature avec  quelques thèmes récurrents, sources de réflexion et parfois d’inspiration pour lui.

En parcourant le livre, on saisit la richesse de la signification du mot voyage : évasion, dernier voyage, voyage aux enfers, exil intérieur, fuite à travers des papyrus égyptiens, des éléments de sarcophage, des eaux fortes de Rembrandt, extrait de sur la route de Jack Kerouac par exemple.

Avant la présentation des œuvres, Philippe Djian parle de son rapport au voyage, initié par son père qui l’a toujours poussé à partir, à se mettre en danger, à noircir des carnets …un texte très dense sur le travail d’écriture aussi, un autre voyage peut-être...

Bref, trois ouvrages pour tout savoir sur un des plus grands romanciers français vivants!!