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Fruitvale station, sorti le 1er jour de cette année 2014 (histoire de faire coiencider sa sortie avec l'histoire qui se déroule aussi un 1er janvier),  a connu un peu, du moins dans ses prémisses, la même destinée que les bêtes du Sud  sauvages avait connu l'an passé.

Récompensé à Sundance  en début 2013 par un Grand Prix du Jury, Fruitvale Station  a fait ensuite sensation à la section Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, exactement comme bêtes du Sud sauvages. Et comme ce dernier, Fruitvale station, est également un premier long  réalisé par un jeune metteur en scène américain ( celui de Fruitvale station , Ryan Coogler, n'a que 27 ans), et traitant d'une communauté afro américaine.

Hélas, les similitudes s'arretent là concernant les destinées de ce film, notamment par rapport à leurs sorties françaises. Si le film de Benh Zeitlin a connu un bien beau succès public et critique à sa sortie en décembre 2012, Fruitvale station malheureusement n'a pas vraiment convaincu les critiques qui ont trouvé souvent le film trop larmoyant et racoleur, et pas plus le public qui l'a largement boudé dans les salles ( on était 3 à la séance à laquelle je l'ai vu, une semaine après sa sortie).

Et pourtant, alors que je n'ai pas forcément toujours envie de ne pas faire comme les autres, j'avoue avoir été plus séduit par ce Fruitvale station que par les bêtes du Sud Sauvage, qui, personnellement m'avait un peu ennuyé ( voir chronique ici même).

En effet, pour moi ce Fruitvale station  a été mon  premier vrai choc émotionnel cinématographique de ce début d'année 2014 ( j'en ai eu un ou deux autres depuis, j'espère vous en reparler rapidement) une vraie pépite de cinéma à la fois en prise avec le réel et avec un vrai langage cinématographique digne de ce nom.

 Vous le savez peut-être, Fruitvale station reprend un fait d'hiver qui avait fait sensation aux USA, notamment en entrainant pas mal d'émeutes protestant contre cette effarante bavure policière survenue aux petites heures du 1er janvier de l'année 2009, dans une station de métro de San Francisco. Oscar Grant est victime d’une balle tirée par un agent de police et il y succombera quelques heures plus tard.

 

" Fruitvale Station" retrace en effet les dernières heures de la vie du jeune homme de 22 ans. Le cinéaste choisit donc ne suivre qu'un seul protagoniste de l'histoire,  cet Oscar Grant,en le suivant au début du film, et 24 heures seulement avant sa fin tragique. Alertés dès le début du film de cette fin tragique qui l'attend, sans que l'on ne sache précisemment ce qui se passera dans les détails, on assiste ainsi de manière impuissante à l’enchaînement des événements plus ou moins anodins (des achats de crabes dans un supermarché, une fête de famille,  une dispute avec sa copine, des jeux avec sa fille, un deal de shit avorté...) menant au drame, et ce compte à rebours vers une mort annoncée rend les élements de l'intrigue, même les plus anodins, vraiment passionnants à suivre, sous la caméra alerte et rythmée de ce si jeune et si épatant Ryan Coogler.

Car  Ryan Coogler maintient ses personnages dans un cercle routinier, afin de faire de la scène finale un véritable uppercut final qui laissera KO le spectacteur, mêmesi on l'avait préalablement anticipé.

La caméra de Coogler laisse ainsi toute sa place aux différents sentiments que ressentiront les protagonistes du drame ( crainte, angoisse, espoir, solidarité), laissant une vraie empathie s'immiscer chez le spectateur(du moins les sensibles comme moi :o).

Certains choix de mise en scène ( tels que les SMS s’affichant directement sur l’écran) amplifient l’aspect humaniste de la réalisation de Coogler, et nous rendent encore plus complice de ces personnages. Une complicité d'autant plus facile à mettre en place que les acteurs sont irréprochables, la prestation de  son acteur Michael B. Jordan (qui avait notamment joué dans Chronicle que je n'ai pas vu)  est vraiment ébouriffante. Apparaissant dans chaque plan, avec la caméra qui ne le lache pas d'une semelle, il redonne une seconde vie au véritable Oscar Grant, présenté comme un jeune homme  au parcours peu sinueux,  mais ayant quand même la volonté de repartir du bon pied.

Alors, bien sûr, on pourra toujours chipoter et trouver un peu facile que Oscar Grant  est un peu canonisé, et qu'il décide justement de prendre la décision revenir sur le droit chemin quelques heures avant sa mort. On  imagine que la réalité était un peu différente,  et que l'homme était surement plus vicieux, mais on accepte parfaitement  ce parti pris assez romanesque, qui rend forcément plus attachante la destinée de ce jeune homme.
Car en vertu de cette part d'humanité primordiale à tout bon film social, Fruitvale station est un film qui revendique sa vertu militante mais qui évite le côté froid et didactique des films à thèse pour prvilégier l'émotion, et ce pari est complétement réussi.

Fruitvale Station constitue donc  une poignante expérience et  assurément un premier film prometteur pour Ryan Coogler,  qui a annoncé avoir été bouleversé à l’annonce du fait divers qui l’a inspiré et qui arrive parfaitement à nous communiquer cette émotion à travers cet excellent premier long métrage.