beaucoup-de-bruit-pour-rien-critique

Je vous l'ai dit hier, lors de la journée évenement de Showeb, le distributeur Jour2fête a beaucoup insisté sur une de leurs pépites de cette année, "le Beaucoup de Bruit pour rien" (Much ado for nothing dans sa version originale) version Joss Wedon,  et il se trouve que ce film sortait dès le lendemain de cette journée évenement, et alors, que je n'avais pas forcément prévu de voir cette nouvelle adaptation du chef d'oeuvre de Shakespeare, le discours très enthousiaste de cette excellente boite de distribution m'a convaincu d'aller tenter l'expérience.

Une expérience assez intriguante sur le papier puisque ce "Beaucoup de bruit pour rien "est le fruit d'un réalisateur qui nous habitué à trainer dans de toutes autres sphères de cinéma, puisque il est le créateur de la série Buffy et les vampires, ainsi, évidemment que le cinéaste du premier volet (et du second en préparation) des fameux " Avengers", donc a priori pas du tout mon genre d'univers, mais la génèse du film, singulière à souhait, m'a cependant donné envie d'en voir plus.

Le dossier de presse du film (que j'ai reçu en allant à la projection) nous indique en effet que Joss Wedon a utilisé ses vacances (contractuellement obligatoires après la fin du tournage d'Avengers, c'est bien les américains, ca) non pas pour se reposer, mais, plutôt, et visiblement largement poussé par sa femme, productrice de ses films, pour réaliser, en 12 jours seulement, et en compagnie de ses amis, une adaptation d'une de ses pièces préférées du repertoire classique, dont il se servait beaucoup pour des lectures privées avec ses dits amis.

Bref, cette adaptation d'une pièce que j'ai vu plusieurs fois et sur scène (avec notamment l'épatant Xavier Gallais dans le rôle de Benedict) et bien sûr au cinéma avec l'excellente version de Kenneth Branagh il y a maintenant une vingtaine d'années) a ici un coté "fait à la maison " qui sert le film, car on ressent bien à quel point Joss Whedon et ses comédiens  partagent une belle complicité et une belle énergie ensemble. Et finalement, la simplicité de moyen et l'unité de lieu sert la beauté du texte initial. On est loin par exemple, du faste et l'esbrouffe du Roméo+ Juliette de Baz Luhrman.

Certes, je reconnais,  il faut bien un petit temps d'adaptation pour se mettre dans l'ambiance (on n'entend pas parler en vers tous les 4 matins), de comprendre qui sont tous ses personnages (surtout que j'ai raté les 5 premières minutes du film, ca aide pas à se mettre dedans), on est vite pris par  la beauté du texte, absolument pas dénaturée par les anachronismes (les personnages conduisent des voitures, sont en costard cravate, ont des téléphones) et la véracité de ses personnages pris dans le pièges des sentiments et des trahisons amoureuses, un texte qui 400 ans après- on fête cette année les 450 ans de la naissance du maitre- n'a pas pris une ride, comme on a coutume de le dire pour tout et n'importe quoi.

  Amy Acker, Beaucoup de bruit pour rien . DR

J'avais beau connaitre la pièce, je suis resté bluffé par ces dialogues si brillants et si enlevés (dans le genre comédie romantique entre deux personnes qui se balancent des horreurs pour ne pas dire qu'ils s'aiment, on a rarement fait mieux). On peut penser que Whedon ait voulu réaliser ce film pour prouver qu'il peut faire des oeuvres totalement différents, plus adultes qu'Avengers ou Buffy, en même temps, le cinéaste garde le même souci de distraire le spectacteur et d'offrir une mise en scène rythmée, enlevée, qui ne laisse jamais une seconde d'ennui et de répit au spectateur.

En plus d'être rythmée, on apprécie l'élégance de la réalisation (aidé notamment  par une très classieuse photo noire et blanc) apportent l'intensité et la sensualité qu'il faut pour ce projet, avec quelques scènes (la scène de trapéze notamment) particulièrement belles à regarder.

Les comédiens, dont quelques habitués des précédents séries et films de Whedon (bref, autant dire que je n'en connaissais aucun) sont d'une grande beauté,et, ce qui ne gâte rien, excellents, notamment Amy Acker, particulièrement pétillante dans le rôle de Beatrice.

  Bref, une version vraiment plaisante qui apporte à la comédie de Shakespeare une modernité et une intensité, et qui fait de ce Beaucoup de bruit pour rien une des agréables surprises de ce début d'année 2014!