Quoi de commun entre Michael Cimino, réalisateur maudit d'Holywwod, porté aux nues avec Voyage au bout de l'enfer, puis jeté aux loups avec son film d'après et Sylvie Testud, actrice écrivain français lyonnaise, à part peut-être, pour le cinéphile lyonnais que je suis, leurs venues régulières au Festival Lumière?

Réponse : un même rapport compliqué aux producteurs et financeurs du cinéma, et une même difficulté à tourner un film, comme tout cela est raconté dans deux livres parus récemment et que nous avons lu tout aussi récemment pour vous :

1. « Michael Cimino   les voix perdues de l’Amérique »  de Jean-Baptiste Thoret

 cimino

 Jean-Baptiste Thoret, critique et historien, aime  la route au cinéma, on se souvient de  « Road movie  U.S.A » beau livre co-écrit avec Bernard Benoliel paru chez Hoëbeke en 2011. Aujourd’hui c’est avec Michael Cimino qu’ilembarque pour un périple de 4000 km, départ Los Angeles direction le Montana en passant par les montagnes du Colorado.

 « Si vous voulez comprendre mes films, il faut que vous voyiez les paysages de mon Amérique, les endroits où j’ai tourné, il faut que vous regardiez les ciels immenses du Montana et les premières neiges sur les montagnes du Colorado » Il faut le reconnaitre, Cimino, le secret, le pudique, une fois lancé se livre avec générosité, et de road-movie, le livre devient un buddy-movie.

Cimino sait mieux que personne combien son nom relève aussi bien du mythe que de l’épouvantail. Jeunedébutant, en 1974, il convainc Clint Eastwood alors l’acteur le plus important d’Hollywood, star du box-office de jouer dans son premier film « Le canardeur » faux film de gangsters, mais vrai film mélancolique. Il signe ensuite trois chef-d’œuvre indiscutables : « Voyage au bout de l’enfer »  cinq oscars et une réputation de réactionnaire,  « La porte du paradis » magnifique  western fleuve, énorme échec commercial et une réputation de marxiste,  « L’année du dragon » et une réputation de raciste.

Des heures de conversations enregistrées sur la route, Cimino raconte son admiration pour le cinéma de John Ford et de Sam Peckinpath, son amour de la littérature  russe. Il sera question de Franck Loyd Wright et de David Hockney, architecture et peinture ses deux autres passions.Il évoque ses projets avortés sans amertume ni colère. Jean-Baptiste Thoret se livre à une analyse brillante de ses filmssous l’œil admiratif du cinéaste :   « Tous ses films ont mis en scène la stupéfaction de ceux, qui devant les temps qui changent réalisent brutalement qu’ils n’ont plus leur place ».

Beau livre sur un réalisateur,rare, qui a toujours sa place dans le cœur des cinéphiles comme l’a prouvé l’accueil chaleureux qu’il a reçu l’an dernier à l’Institut Lumière.

2. C'est le métier qui rentre , Sylvie Testud

9782213681047-X

Sylvie Testud, je l'apprécie autant comme actrice que comme romancière. Dans une chronique de près de 3 ans, je vous disais que derrière cette comédiene nature et tonique, se cachait aussi une écrivain bourrée de talent. J'avais notamment beaucoup aimé son tout premier livre, "Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir," séries d'anecdotes de ses premières années d'actrice qui nous permettait d'approcher les coulisses de tournage d'un film avec autant d'authenticité et de saveur.

Après plusieurs autres romans plus ou moins éloignés du milieu qu'elle connait le mieu, elle profite de son 5ème livre pour revenir à ses premiers amours dans un roman intitulé C’est le métier qui rentre, et sorti en tout début d'année 2014.

Sybille, son héroïne, actrice qui lui ressemble sur bien des points ( elle a commencé à jouer en Allemagne, elle a deux enfants et un compagnon en dehors du milieu...)  est un jour contactée par des producteurs,  un frère et une soeur, Gundrund et Blaise, des tyrans au nom prédéstinés de "Ceaucescou", afin de signer un contrat sur le scénario qu'elle a écrit.

Malgré leur terrible réputation dans le milieu, et bien que tout le monde la dissuade d’accepter, Sybille ne peut laisser  passer l’occasion de pouvoir transformer son scénario révé en film.

Alors Sybille dit oui et en même temps dit oui à tout un tas de compromis, notamment aux multiples remaniements du scénario qui très vite en ressemble à rien au matériau d'origine  au changement de casting....ect...

Bien que rien dans le roman nous fasse rappeller la seule  expérience de Testud à la réalisation ( le médiocre Vie d'une autre chroniqué ici même), même si ce film laissait paraitre des concessions évidentes de la part de la cinéaste (vaut mieux penser cela au vu du résultat), on imagine qu'il ya énormément de vécu dans ce livre, d'autant plus qu'après la vie d'une autre, elle s'est essayé à un second long métrage qui n'a pu voir le jour, et c'est ce récit dont elle parle ici .

Même si cela aurait été impossible à écrire en l'état, j'aurais largement préféré un récit détaillé avec la vraie identité des personnes incriminées, car en l'occurence, le trait parait tellement outré qu'on va plus à faire à des personnages de BD qu'à de vrais personnages de romans crédibles. "C'est le métier qui rentre" est parfois croquignolesque, mais le trait est trop gros pour qu'on suive cette histoire avec autre chose qu'une distance parfois amusée.

Au final, tout le monde parait assez peu à sauver dans cette histoire, à commencer par Testud elle même, qui accepte tous les aléas sans libre arbitre ni conscience. Et même son compagnon, le seul  à conserver le sens des réalités, apparait trop systématique dans sa critique à boulets rouge du milieu. C’est le métier qui rentre jette un regard parfois caustique et cinglant sur a grande famille du cinéma, mais manque de nuances et de subtilité pour dépasser le stade de la simple pochade.

Bref, la vision de Cimino sur ses expériences malheureuses de cinéaste nous a paru nettement plus convaincante... :o)