violette  J'ai beau modestement tenter de jouer de temps en temps au blogueur littéraire, j'ai de grosses carences dans ma connaissance des auteurs classiques, et si je connais bien peu l'oeuvre de Simone de Beauvoir ou celle de Jean Genet, deux monstres de la littérature française, que dire de ma connaissance de celle de Violette Leduc?

En effet, j'avoue avec un peu de honte avoir entendu parler pour la première fois de cette romancière en novembre dernier, avec la sortie dans les salles du dernier film de Martin Provost, qui après sa biographie multicésarisée-à la surprise générale- de la peintre Séraphine Senlis, a choisi de mettre sur le devant de la scène un auteur qui a justement cotoyé d'assez près ces deux auteurs là, et qui a écrit une oeuvre littéraire certes peu vendue de son vivant du moins une bonne partie de sa vie, mais qui a énormément apporté à la littérature féminine, et qu'on peut considérer comme une des premières écrivains qui ont fait avancer la cause des femmes, notamment en parlant homosexualité et avortement des sujets pour le moins tabou dans cette France d'après guerre.

Si je n'ai pas réussi à attraper le film à sa sortie, j'ai profité de sa sortie en DVD jeudi dernier, le 6 mars ( édité chez Diaphana et TF1 vidéo) pour enfin en savoir plus sur la vie et l'oeuvre littéraire de cette Violette Leduc.

 

 Et en voyant le film de Provost, on s'aperçoit que Violette Leduc est un peu l'ancêtre de Christine Angot ( toutes proportions gardées) en inventant à sa manière l'autofiction, quand même un peu plus romancée.

Car tous ses écrits se sont appuyés sur des rencontres ou des éléments importants de sa vie (notamment L’Affamée publié peu de temps après sa rencontre avec l'immense De Beauvoir, ou bien encore un de ses chefs d'oeuvre, Ravages dont le thème central est son avortement). 

Pour retranscrire fidèlement ce parrallélisme entre oeuvre et vie privée, le metteur en scène a décidé de découper Violette en chapitres, à la manière d’un livre. Ainsi, on dénombre chronologiquement les chapitres suivants : " Maurice" (Sachs), celui qui lui donne envie d’écrire, par la haine renvoée. "Simone" ' De Beauvoir), qui la lance,et la soutient dans ses projets littéraires. "Jean" (Genet), son ami, avec qui ils partagent la même origine et le même coté un peu à part dans la littérature de l'époque.  "Jacques" (Guérin), le parfumeur qui deviendra son mécène. "Berthe" (Leduc), sa mère, objet de son premier livre, et avec qui les relations sont particulièreent ambiavlentes. "Faucon", du non de l'endroit de Provence qui la revèlera à elle.  Et enfin, "batârde",ce statut malgré elle qui a construit  et plutot déconstruit Violette, assez inlassablement.

On comprend donc l'idée du metteur en scène, mais on a néanmoins un peu de mal à y adhérer, du moins dans les premiers chapitres de son existence, car ce procédé se fait quelque peu au détriment de la fluidité de l'histoire, et confère un côté un peu haché, un peu scolaire, et malheureusement, même si on a tendance à mettre cette expression à toutes les sauces dès qu'il s'agit de biopics, un peu trop " académique". 

Mais en même temps, si ce découpage est un peu maladroit niveau réalisation, il fonctionne bien au niveau du scénario, puisqu'on arrive à bien cerner cette personnalité oh combien complexe et torturée.

 

En effet, seule, très difficile à aimer- "on ne peut pas être l'amie de quelqu'un comme Violette Leduc", rétorque de façon péremptoire Simone de Beauvoir à Jacques Guérin- et à éprouver de l'amour pour quiconque, à part peut -être pour de Beauvoir, Violette n'aurait pas été ce qu'elle est sans ses proches, sans le soutien inconditionnel de Simone de Beauvoir,  sans l'aide pécuniaire de Jacques Guérin, et même sans la relation d'amour-haine avec sa mère (traumatisée par son enfance et en particulier sa mère à laquelle Violette va lui reprocher dans une scène clé du film d'en avoir fait une bâtarde et donc d'exister tout simplement).

Bref, Violette est un biopic très interessant qu'il faut voir, parce ce qu'il dit sur pleins de thèmes passionnants tels que la création littéraire, sur la cause des femmes, sur les relations mère/ fille, sur la folie créatrice....

Et surtout, Violette le film gagne son pari grâce à l'interprétation exceptionnelle de tous les acteurs, même les secondaires (on ne dira jamais assez à quel Point Olivier Gourmet est un acteur épatant), mais c'est évidemment à son duo d'écrivains vedette que le film impressionne durablement.

L'idée d'avoir demandé à Emmanuelle Devos de lui prêter ses traits (une idée que Provost a voulu avant même de plancher sur le scénario, comme il le dit dans le long et passionnant making off du film), est une excellente idée du début à la fin du long métrage.

Blonde, dôté d'un nez orné d'une prothèse (3 heures de maquillage chaque matin nous dit le même making off), perché d'une voix aigue qui témoigne qu'elle n'est jamais vraiment devenue femme, elle se montre largement à la hauteur du délicat challenge en rendant toute la complexité du caractère de l'écrivain, sa force et sa fragilité...

Et pour lui donner la réplique, saluons aussi comme il se doit la toute récente césar de la meilleure actrice- pour un autre rôle-  Sandrine Kiberlain qui nous montre une facette de son jeu comme aucun cinéaste ne nous l'avait montré, loin de sa fantasie habituelle. On sent vraiment la tension, la rigueur de l'écrivain goncourisée,  et elle est vraiment formidable dans ce rôle de guide à distance mais qui tient à  soutenir coute que coute sa protégée.

Bref, un film, qui par son sujet, son scénario et son interprétation, mérite d'être vu par plus de monde que les faibles entrées qu'il a connu lors de sa sortie salles. Et la sortie de ce DVD constitue donc une excellente façon de le rattraper au vol.

VIOLETTE Bande Annonce (2013)