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De la littérature à l’estomac, un livre organique qui sue, glaviote,suinte et même pire, Hubert Selby jr avait 36 ans lorsqu’il publie « Last Exit to Brooklyn ».

Six ans à frapper sur sa machine à écrire, six ans qu’il en bave, transpire et même pire, pour lui l’écriture est une question de survie car il est lui-même un survivant. Né en 1928, il contracte la tuberculose à 18 ans, les médecins lui annoncent qu’il n’a plus que deux mois à vivre, après l’ablation d’une partie des poumons il reste quatre années à l’hôpital c’est là qu’il découvre la lecture et ressent le besoin de l’écriture.

Portrait de groupe avec marginaux célestes, merveilleux démiurge, Selby Jr donne vie à une armée de paumés, de putes, de travelos, de lascars dans un cloaque fétide nommé Brooklyn. Chaque chapitre commence par une strophe tirée de la Bible, et chaque chapitre nous conte le chemin de croix de héros aux prise avec leurs démons, drogue, alcool, sexualité hors normes, violence, frustration et pauvreté.

Pour Selby, Adam et Eve deviennent Georgette et VInnie : un travelo et un repris de justice caractériel tous les deux défoncés à la Benzédrine et Marie-Madeleine devient Tralala prostituée à peine sortie de l’enfance dont le calvaire se terminera dans un terrain vague jonché d’ordures.Selby résume ainsi son roman : « les horreurs d’une vie sans amour » ...

Ecriture hachée, style syncopé à la ponctuation réinventée, la nouvelle traduction que nous offrent les Editions Albin Michel nous donne l’occasion de découvrir ou redécouvrir ce monument de la littérature américaine qui a influencé un grand nombre d’écrivains contemporains.  Bref, une chose est certaine quand on pose le livre : « Last exit to Brooklyn » a cinquante ans et pas une ride. ( et merci à Michel pour son excellente tribune)!