mise au pas Hasard de la publication, alors que des responsables politiques s’émeuvent devant l’irrespect de certains ouvrages de la littérature jeunesse, les éditions Fayard publie « la mise au pas des écrivains », sous-titré : «  L’impossible mission de l’abbé Bethléem au XXe siècle »

 L’abbé Bethléem a publié en1904 un catalogue qui rappelle « L’index » du XVIe siècle mais réactualisé : « Romans à lire et Romans à proscrire », catalogue où tout bon père de famille catholique trouvera matière à nettoyer sa bibliothèque d’œuvres impies : dehors Molière, Diderot, Voltaire, Rousseau, Zola,…..ennemis destructeurs de la famille chrétienne.

Né dans une famille de paysans désargentés, il est humilié tout au long de ses études. Lorsque le pape Pie X le recevra en audience privée, en 1912, pour le féliciter de diriger si bien les fidèles dans le choix  important des lectures, l’abbé perçoit cela comme une formidable reconnaissance et un encouragement. La séparation de l’église et de l’état est une plaie ouverte pour les catholiques français et convaincu que c’est le livre qui fait les révolutions, Bethléem engage une équipe d’abbés qui vont lire tout ce que la presse et les maisons d’éditions publient et, les répertorier en bonne ou mauvaise littérature dans un mensuel : « Romans et revues ».Il a l’ambition de protéger la France et les Français de la conspiration Juive, Franc-Maçonne, anarchiste ,bolchevique et Laïque. Vaste programme.

Grâce à un très méticuleux travail d’historien, Jean-Yves Mollier suit à la trace L’abbé qui s’est donné mission de nettoyer la France. Nous vivons avec lui les grands bouleversements idéologiques, philosophiques et politiques de la première moitié du XXe siècle : l’affaire Dreyfus, la laïcité, l’action Française, le front populaire …... Après sa mort il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui demeure à ce jour toujours en vigueur. 

Voilà un livre passionnant,  dense et touffu , pas forcément très facile d'accès de prime abord, mais incontestablement un  vrai  et beau boulot d’universitaire, forcément nécessaire comme tout travail d’historien, surtout lorsqu'il résonne aussi bien avec l'actualité.

 La mise au pas des écrivains     Jean-Yves Mollier; Ed Fayard- février 2014

 Un grand merci à mon comparse Michel pour cette bien belle chronique!!