Lors de ma récente chronique du film Diplomatie, cette si convaincante adaptation de la pièce de Cyril Gély, je disais qu'un des points passionnants du film était de voir à quel point le consul de Suède avait cru percevoir une faille dans l'attitude du général chargé de détruire Paris, et que c'était en s'appuyant sur cette faille, qu'il avait réussi à le manipuler et à le faire changer d'avis.

Je me suis alors rappellé le procès d'intention qu'on avait fait au cinéaste allemand de la Chute, Olivier Hirschbiegel, qui avait osé montrer Hitler  sous un jour différent que celui d'un monstre sanguinaire, incarnant le mal absolu, et il semblait à l'époque inconcevable aux yeux de beaucoup- que l’homme responsable de la Shoah apparaisse sous les traits d’un être humain ordinaire. Or, je trouve qu'au contraire, faire ressurgir d'Hitler une facette moins monstreuse ne remet nullement en cause l’atrocité des crimes qu’il a pu commettre, et qu'au contraire, cela renforce le côté inacceptable de ses actes.

Et cette question de l'humanisme qu'un cinéaste peut appréhender chez un criminel de guerre a continué à me titiller quelques jours après avoir vu Diplomatie, puisque j'ai en effet choisi de voir un des DVD Test que j'avais dans ma pile, à savoir le film argentin "Le médecin de famille", sorti en DVD chez Pyramides depuis le 7 mars dernier.

J'étais un peu passé à côté de cette sortie ciné en novembre dernier. ( c'est rare, mais ca m'arrive parfois).

Je ne connaissais absolument pas le sujet du film et je me suis aperçu, au fil de l'intrigue(c'est d'ailleurs ce qui contribue pour beaucoup au charme de ce film, on ne dévoile le mystère de ce film et de son personnage que petit à petit), qu'un des personnages principaux de cette histoire n'est autre que Josef Mengele, surnommé l'ange de la mort, qui était plus concrètement le médecin nazi qui dans les camps faisait des expériences, soit-disant médicales, sur les déportés adultes et enfants en leur faisant subir les pires choses sous des prétextes faussement scientifiques.

Sur un sujet que je connaissais pas du tout, cette traque de certains grands criminels nazis qui se sont réfugiés en Amérique du Sud après la guerre, cet excellent film adapté d'un roman écrit par la cinéaste elle même (qui nous démontre ainsi son talent protéiforme) nous présente ce monstre à travers le regard que pose  la jeune héroïne, Lilith, proie -plus ou moins consentante- de ce médecin dont on ne devinera que la véritable idendité- Mengele donc- qu'à la toute in du film.

Lucia Puenzo, qui après un troublant XXY (sur les états d'âme d'un hermaphrodite), aime décidement  les sujets dérangeants,s'est totalement immergée dans la prose du scientifique nazie pour la réalisation de ce Médecin de famille, et on y voit d'ailleurs vers la fin du film  des carnets, notes et "études" de celui que l'on surnomma l'ange de la mort, bien visibles à l'écran, sont édifiants et effrayants.

Mais malgré ce souci de véracité, Lucia Puenzo choisit donc, et de manière fort habile, de nous présenter Mengele loin des stéréotypes  habituels de monstre ou de barbare, comme il pourrait apparaitre dans une fiction moins subtile. Le scénario, parfaitement bien écrit, le montre ainsi sous les traits courtois d'un homme séduisant qui parviendra à s'imposer par un jeu de séduction malsaine au beau milieu d'un couple uni.

On sent au contraire pendant tout le film à quel point l’homme est charismatique (très belle interprétation d'Axel Brendemühl), et ce charisme nous laisse intrigué quant à ses intentions, même si les ambiguités et les attitudes étranges apparaissent au fur et à mesure dans la personnalité du médecin, et que l'on se demande de plus en plus quelles sont ses réelles motivations, en dépit de son apparente bienvaillance. 

Même si la belle mise en scène de Penzo, bercé par une belle lumière mettant en valeur ce désert situé en pleine Patagonie, donne un côté un peu fantasmagorique à ce film, Ce Médecin de famille fait un peu froid dans le dos justement par cette certaine douceur et ce vrai mystère enrobant ces actes atroces de ce médecin qui ne révelera que sa vraie nature qu'en toute fin de scénario.

Bref, un film intelligent qui soulève de vraies et profondes questions et qui nous prouve une nouvelle fois que l'humanisation des monstres de guerre rend paradoxalement leurs actes plus terrifiants encore.

LE MEDECIN DE FAMILLE Bande Annonce (2013)