her-joaquin-phoenix-153Ce film là, il me semble en avoir entendu parler pour la toute première fois sur Twitter, en octobre ou novembre dernier, lorsqu'un cinéphile américain de ma TL, qui venait tout juste de sortir de sa projection en avant première à New York (so class, isnt'it?) nous racontait, en 140 signes, à quel point cette histoire d'amour entre Joaquin Phoenix et son ordinateur, incarné par la voix de Scarlett Johanson était magnifique... 

D'un coup, fortement intrigué par ce simple tweet, j'ai cherché à en savoir plus sur ce film dont j'ignorais tout à l'époque, et lorsque j'ai su que le film sortait en France plusieurs mois après, soit le 19 mars dernier, je comptais les jours qui me séparaient de cette sortie, tant ce film était pour moi de plus le plus attendu de ce début d'année 2014.

En effet, j'ai beau clamer haut et fort que je ne suis pas un grand fanatique de science fiction, la thématique de l'amour virtuel m'a en revanche toujours passionné depuis longtemps ( au moins depuis que je suis devenu un accroc des forums et des chats, à la fin des années 90) et je me souviens notamment avoir adoré que j'avais vu dans le cadre du Festival de Paris, un film belge passé presque totalement inaperçu, "Thomas est amoureux" d'un certain Pierre-Paul Renders (tiens, qu'est il devenu celui-là?), qui interrogeait justement cette question d'un amour à distance entre un agoraphobe et un(e) être qui n'est pas fait de chair et d'os, et si le résultat n'était pas convaincant à 100%, la problématique m'avait vraiment passionné et fait vibré..

Et je me doutais qu'avec de moyens beaucoup plus grands, une technologie bien plus avancée et un casting diablement excitant- Joaquin Phoenix dont les choix cinématographiques sont au moins aussi judicieux que ceux de Di Caprio, et un scénario récompensé aux Oscars, ce "Her" allait évidemment jouer dans la cour au dessus, d'autant plus que les critiques juste avant la sortie du film confirmaient l'avis de mon twittos américain et semblaient, mis à part un ou deux éternel grincheux, considérer le film comme un vrai chef-d'oeuvre du genre.

Et évidemment, comme souvent lorsque j'attends énormément d'un film, j'avais peur que mes attentes soient un peu déçues à l'arrivée, or, comme le titre de mon billet l'annonce à toute berzingue, il n'en fut rien du tout, tant "Her," splendeur visuelle à la reflexion philosophique étonnamment riche et profonde, m'a ébloui de bout en bout (malgré peut-être, si je veux chipoter un quart d'heure certainement un peu superflu, situé aux 3/4 du film qui rompt très légèrement l'équilibre du film) .

Car, à mon grand bonheur, alors que je redoutais quand même le film trop futuriste et trop cérébral ( reproche que je ferais aux autres oeuvres de Spike Jonze, et même son cultisisme "Dans La Peau de John Malkovith" qui m'avait perdu à peu près à mi parcours) je me suis rendu compte, pendant la projection du film, à quel point "Her" est en premier lieu le superbe récit d'une romance entre un homme et une machine et s'avère particulièrement brillant sur le fond comme sur la forme (ma chère adéquation entre le fond et la forme que je recherche en vain dans 95 % des longs métrages qui sortent actuellement).....

En effet, la puissance émotionnelle incontestable de cette fiction réside aussi bien dans les personnages, les dialogues, dans les thèmes abordés, ainsi que dans l'ambiance, parfaitement raccord avec l'univers habituel du cinéaste, mais qui est ici, pour la première fois, à mes yeux en tout cas, pleinement aboutie. 

Loin d'être centré sur un univers exclusivement visuel dans lequel les écrans et les machines prendraient toute leurs places, Spike Jonze nous propose un décorum où la voix et les dialogues deviennent l’outil de prédilection, au cœur d'un futur marqué par l’hyper-communication, dans lequel, malgré ce besoin évident de communiquer,  jamais la distance entre les hommes n’aura semblé aussi conséquente.

Et pourtant, dans ce monde où l'ultra moderne solitude chère à Souchon (Spike Jonze écouterait il notre Alain national à ses heures perdues?) fait naitre plein d'âmes solitaires recherchant vainement un lien social,   Théodore Twombly, le "héros" du film, veut paradoxalement croire quant à lui à l'existence d'un sentiment amoureux, et à défaut de porter cet amour pour un être de chair et de sang, vu son expérience douloureuse avec son ex femme, va plus ou moins consciemment tomber amoureux de Samantha,  son système d'exploitation à "Intelligence Artificielle", censé améliorer sa vie de tout les jours, et dôté, et c'est évidemment là que ca va se corser, de sa propre personnalité.

Car, et c'est bien évidemment ce qui m'a séduit et bouleversé en premier lieu, "Her" demeure avant tout une histoire d'amour, avec toute la complexité, les sentiments contradictoires (joie, jalousie, angoisse, possessivité, manque...) et les enjeux d'une histoire d'amour plus traditionnelle.

her-joaquin-phoenix-3Mais évidemment, le fait que l'objet de son amour soit purement virtuel fait qu'en réalité, Théodore tombe  amoureux d'un fantasme, d'une idéalisation,  et même, on peut le dire, d'une partie de lui même.

On sait bien que, dans chaque histoire d'amour, on a tendance à idéaliser l'autre, et à vouloir le modeler comme on aimerait qu'il soit, en gommant- volontairement ou non les particularismes qui nous agace, et c'est évidemment encore plus le cas lorsque l'autre est une machine, et pourtant, on voit dans "Her "que même la machine aspire à être plus que cela et avoir ses propres désirs, ses propres gouts, ses propres réflexions personnelles et ce dualisme entre le désir de l'OS et celui de l'homme va forcément aboutir à des nécessaires confrontations.

Entres autres passionnantes interrogations que soulève cette oeuvre qui fera assurément date,"Her" pose la question de savoir si l'amour n'est pas dans son essence proche de la folie, la" seule démence validée par la société" (dixit la meilleure amie de Théodore, incarnée par une Amy Adams aux antipodes de son rôle dans American Bluff), et cette idée, aussi dérangeante et terrifiante soit elle, n'en est pas moins une des riches et pertinente réflexions qui peuplent cet immense film .

Mais le côté fable métaphysique sur l'amour de demain n'oblitère jamais la puissance émotionnelle de son histoire, avec une palette visuelle vraiment de toute beauté (on notera notamment la superbe photographie de Hoyte Van Hoytema et la non moins magnifique bande sonore d'Arcade Fire, qui rajoute au côté envoutant et magique du film)

Incontestablement, ce personnage  de Théordore est le plus intéressant et le plus complexe que l'on ait vu dans le cinéma américain depuis bien longtemps, et toutes les facettes que l'on perçoit de lui (entier, romantique, associal, jaloux, cultive, drôle, bougon) rendent très facile l'identification et l'empathie.

Et Théodore, c'est Joaquin Phoenix, quasiment de tous les plans, et son jeu, étonnamment- vu ce qu'il faisait dans The Master et à un degres moindre dans the Immigrant, est prodigieux de nuance, de retenue, d''émotion, est tout simplement stupéfiante. Il faut voir simplement dans quelle(s) mesure(s) il parvient à combler visuellement, avec une grande aisance, les moments de parole de Samantha, sa compagne virtuelle. Et dans ce rôle de Samatha, Scarlett Johannson, prête à son personnage, uniquement par le biais de sa voix, une vie et une émotion là aussi proprement stupéfiantes...

Je m'arrête là car je pourrais écrire des lignes et des lignes sur les vertus de ce presque chef d'oeuvre- presque à cause de ce fichu 1/4 d'heure qu'on oublie néanmoins bien vite- qui, incontestablement, fait partie à coup sur des films les plus importants de 2014...

 HER - Bande-annonce VO