mauvais_genre_couverture Un peu comme "Her" ou "la vie d'Adèle" dernièrement pour le cinéma, il arrive parfois que, concernant la littérature ou la BD, je puisse être du même avis que l'opinion générale, et que, lorsqu'une oeuvre fait l'unanimité à son sujet, je n'essaie pas de trouver la petite bête, et me range aussi totalement à l'avis de la très grande majorité.

Prenez " Mauvais Genre", cette bande dessinée -ou plutot ce roman graphique d'ailleurs- de Chloé Cruchaudet dont j'entendais énormément d'échos favorables depuis plusieurs mois, et sa parution à la rentrée 2013; des échos qui se sont amplifiés lors du dernier Festival d'Angoulème où l'oeuvre a récolté le prix ...

 Je ne pouvais absolument pas passer à coté, ainsi lorsque j'ai vu que l'album figurait dans la liste des BD à choisir lors de l'opération Price Minister, la BD fait son festival, c'est forcément vers celle là que mes yeux se sont posés, en me disant qu'il existait quand même une certaine probabilité que je sois un peu déçu eu égard des critiques dithryrambiques que j'avais pu lire..

Mais en même temps, je ne m'étais pas attardé sur ces critiques,et du coup, je ne savais pas vraiment de quoi parlait cette BD.  J'ai donc été agréablement surpris de découvrir l'audace de cette intrigue qui nous ballade sur plusieurs décennies, avant et après la 1ere guerre mondiale, et dans une histoire mélangeant confusion des sexes et confusions des désirs. 

On y suit dans les prmières pages de l'album,  un jeune homme,  Paul, qui, juste après sa rencontre dans un bal avec Louise , celle qui deviendra sa femme, va , pour fuir l'horreur des tranchées, devoir se travestir et devenir Suzanne durant 10 ans pour  tenter de retrouver une « semi-liberté ». Sauf que ce travestissement va évidemment avoir des impacts importants et totalement déstabilisants et sur l'équilibre du couple et sur l'équilibre psychologique de Paul.

S’inspirant de l’essai historique « La garçonne et l’assassin » (écrit par Danièle Voldman et Fabrice Virgili)i, Chloé Cruchaudet nous livre un roman graphique exceptionnel, dans lequel le fond (une histoire constamment surprenante et inventive) se mélange fort habilement à la forme (des illustrations visuellement splendides avec des tons entre  sépia, noir, blanc et quelques infimes touches de rouge, très habilement réparties, et qui soulignent parfaitement la schizophrénie naissante du personnage principal).

Le tout donne une ambiance oscillant sans cesse entre sensualité, sensibilité, folie, angoisse et servent constamment la richesse psychologique des deux personnages, et notamment de ce Paul, personnage riche et complexe comme j'ai rarement vu dans une BD récente, tantôt touchant et aimant, tantôt odieux et terrifiant...

Bref, une immense réussite, très originale et très belle, sur un sujet oh combien casse gueule, servi par un graphisme  aux petits oignons.

Impossible donc de jouer les ronchons et comme il faut donner une note pour cette opération, un 18/20 me semble être parfaitement appropriée pour ce qui est incontestablement une des meilleures BD lues au cours de ces 5 dernières années!!