24-jours-la-verite-sur-l-affaire-ilan-halimi-zabou-breitman-pascal-elbePour ma traditionnelle avant première du dimanche soir, j'ai choisi de revenir, deux semaines après mon billet concours sur "24 jours, la vérité sur l'affaire Ilan Halimi", qui sort ce mercredi 30 avril prochain sur nos écrans.

Ce filmd'Alexandre Arcady revient bien évidemment sur le terrible fait divers survenu en 2006, lorsque le dénommé «gang des barbares» enlève et séquestre Ilan Halimi pendant 24 jours, jusqu'à ce que le garçon, de 24 ans (on reste sur ce maudit chiffre 24), soit retrouvé mort le long des voies ferrées du RER C.

Cette histoire ayant dépassé le simple fait divers pour devenir un vrai phénomène de société nous interrogeant sur la nature humaine en général, l’affaire dite du « gang des barbares » étant toujours, huit ans après les faits, bien ancrée dans la mémoire collective.

Si j'avais déjà lu une précédente oeuvre sur cette affaire, à savoir le livre de Morgan Sportès, Tout, tout de suite,  24 jours, la vérité sur l'affaire Ilan Halimi,  est basé sur un autre ouvrage, radicalement différent dans le genre et l'angle d'approche. En effet, on est ici, complètement du côté des victimes à travers le récit de la mère de la victime, Ruth Halimi, qui, aidé par la romancière Émilie Frèche, y raconte ses "24 jours" d’angoisse et de calvaire. 

Ainsi, le livre, comme le film, se concentrent sur l’angoisse d’une famille, harcelée de coups de téléphone des ravisseurs, mais contrainte de garder le silence pour laisser travailler la police criminelle.

Du coup, je peux rassurer toutes celles- car c'était uniquement des filles- qui m'ont demandés, suite à la parution de mon billet concours, si le film ne comportait pas trop d'images chocs absolument insoutenables (Alexandre Arcady nous avait annoncé lors de l'avant première que de rumeurs circulaient sur la toile à propos de la violence de ce film).

Si le film est éprouvant, c'est plus psychologiquement parce qu'il nous met totalement dans la peau de cette famille qui se retrouve bouleversée par ce tragique fait divers et qui se sent totalement impuissante, mais jamais physiquement, puisqu'on n'assiste à aucune scène de torture ou violence physique; certes, à une ou deux reprises, on imagine de loin le calvaire qu'il a enduré, mais jamais le cinéaste ne veut s'apesantir dessus car tel n'était pas son propos.

Personnellement, si je craignais un peu avant de voir ce 24 jours : la vérité sur l’affaire Ilan Halimi" ce n'est pas en raison du coté trash des scènes, mais plus du côté didactique et très maladroit de la mise en scène. Il faut quand même reconnaitre qu'Alexandre Arcady a quand même réalisé des films plus que moyens surtout ces dernières années ("Mariage Mixte", ce que le jour doit à la nuit...) et le voir s'attaquer à un sujet aussi délicat pouvait vraiment faire peur.

Or si il y a, de si et là, quelques scènes un peu trop appuyées et pas toujours très heureuses (notamment celles montrant le chagrin des soeurs), l'ensemble reste étonnanement sobre et de bonne tenue.

Alexandre Arcady opte en effet pour une réalisation simple, et s'en tient à la stricte vérité des faits en s’appuyant sur des documents, des déclarations, des rapports de police, et du coup, on retrouve certaines scènes quasiment similaires à celles que j'avais lues dans le bouquin de Sportès (qui est d'ailleurs également en cours d'adaption actuellement par Richard Berry).

Le film est notamment très juste concernant l’investigation policière mené par l'équipe du 36 quai des Orfèvres. On aurait pu penser que les policiers soient ridiculisés vu les erreurs qu'ils ont fait dans cette affaire, or, campés par des acteurs tout à fait convaincants (Jacques Gamblin, Eric Caravaca, Emilie Caen), ils nous paraissent terriblement bien intentionnés,  mais ont préféré prendre toutes les précautions possibles pour ne pas aller trop vite sur la piste du crime antisémite, qui sera avéré et confirmé par la justice quelques temps après.
 
La police n’arrivera pas à au cours de ces satanés 24 jours, à envisager Ilan Halimi comme autre chose qu’une victime ordinaire, et certainement pas comme la victime d’un crime de haine, et c'est certainement cela qui a fait capoter le dénouement heureux de cette histoire, et ce, même si l'indifférence totale des voisins de l'immeuble dans lequel Ilan a été sequestré semble, aux yeux du cinéaste du moins, bien plus condamnable que les hésitations policières.
Bref, ce film, à l'interprétation parfaite (en plus des flics déjà cité, on notera Pascal Elbé dans le rôle du père ou Tony Harisson vraiment effrayant en Youssouf Fofana, le "cerveau" du gang des barbares") ne marquera évidemment pas l'histoire du cinéma, mais reste largement important, au niveau du devoir mémoriel, afin que l'on n'oublie pas les circonstances et les raisons qui ont fait qu'un tel crime effroyable ait pu se produire dans la France des années 2000.

24 JOURS Bande Annonce du Film (2014)